Le maire de Québec, Régis Labeaume, enlace le cofondateur du Centre culturel islamique de Québec, Boufeldja Benabdallah, à l’occasion de la commémoration du troisième anniversaire de la tuerie de la Grande Mosquée.
Le maire de Québec, Régis Labeaume, enlace le cofondateur du Centre culturel islamique de Québec, Boufeldja Benabdallah, à l’occasion de la commémoration du troisième anniversaire de la tuerie de la Grande Mosquée.

Trois ans après la tuerie à la Grande Mosquée: encore une «grande cicatrice»

Trois cents citoyens, jeunes comme vieux de toutes confessions et origines, réunis dans une église pour partager un repas. Le coup était marqué pour réfléchir sur la manière de faire «tomber les barrières». Jamais loin, le politique a pris le pas avec un discours senti et acclamé du rappeur Webster contre la Loi sur la laïcité de l’État du gouvernement Legault.

L’église Saint-Mathieu du chemin des Quatre-Bourgeois était le théâtre de l’activité phare du troisième anniversaire de la tuerie de la Grande Mosquée. 

«Ça représente l’évolution dans notre façon de penser. On est passé de l’état de réponse à un choc à un moment plus axé sur la réflexion. On veut manger ensemble et se poser les bonnes questions pour amener le vivre ensemble plus loin. Il faut communiquer, faire tomber les barrières et être fier de la diversité du Québec», lance Maryam Bessiri, l’une des instigatrices de cette rencontre citoyenne.

La CAQ critiquée

Le premier ministre François Legault et le cofondateur du Centre culturel islamique, Boufeldja Benabdallah, se sont donné l’accolade lors de la commémoration citoyenne de la tuerie de la Grande Mosquée de Québec organisée à l’église Saint-Mathieu, mercredi.

Bien que l’organisation dit vouloir s’éloigner peu à peu du discours politique, il n’y a peut-être rien de moins vrai. Dernier à prendre la parole, le rappeur, activiste et historien de Québec, Webster, a ouvertement critiqué le gouvernement de François Legault. 

Le cofondateur du Centre culturel islamique, Boufeldja Benabdallah, l’avait fait plus tôt en journée. Ils reprochent à la Coalition avenir Québec l’adoption de la loi 21 qui interdit le port de signes religieux aux employés de l’État en autorité.

«Ne me dites pas que la commémoration de ce soir n’est pas politique. Parce qu’elle l’est. Surtout en ce moment, a lancé l’artiste de Limoilou.

«L’islamophobie existe au Québec. Le racisme aussi comme le sexisme et l’homophobie. Pourquoi on est capable de reconnaître les deux derniers et qu’on a si peur en tant que société de faire face aux deux premiers?» a-t-il lancé à travers une vague d’applaudissements. 

«Est-ce qu’on va laisser l’ignorance dicter qui nous sommes? Est-ce qu’on va laisser les chroniqueurs marchands de haine nous dicter à quoi doivent ressembler nos sociétés? Est-ce qu’on va laisser le gouvernement déterminer ce que les femmes doivent porter, et comment? Malheureusement, c’est ce qui se passe. L’intolérance a libre cours et le racisme est décomplexé jusqu’au sein même de nos appareils démocratiques», a-t-il culminé, accompagné par la clameur de la foule.

Le premier ministre était de la commémoration parce que l’événement vise aussi à «lancer un appel aux politiciens pour offrir les mêmes chances et opportunités à tous», insiste Mme Bessiri. Il n’aura jamais entendu les récriminations portées contre son gouvernement parce qu’il avait quitté la salle avant l’allocution du rappeur à cause d’un conflit d’horaire et d’un retard dans le déroulement de la soirée.

Dernier à prendre la parole, Webster, le rappeur, activiste et historien de Québec, a ouvertement critiqué le gouvernement de François Legault.

Legault prudent

Lors de son discours, il avait lui-même évité tout propos de nature politique. «Je tenais à être ici pour vous dire au nom des Québécois qu’on est à vos côtés. C’est un attentat haineux contre des Québécois musulmans, le genre d’attentat qu’on ne pensait pas possible au Québec. C’est une grande cicatrice pour tout le Québec qui n’est pas à l’abri de cette haine», a-t-il dit en substance. 

On remarque ici le choix des mots différents de ceux de Mme Besseri, qui parlait dans son mot d’accueil de «commémorer l’attentat terroriste et islamophobe perpétré contre la Mosquée.»

À son tour de parole, M. Benabdallah a exprimé sa douleur toujours vive. «Je rêve du jour où moi, qui est ici depuis 51 ans, on ne me demande pas «De quel pays vous venez?» Le jour où on va guérir, c’est celui où on va tous être des citoyens à part entière, où les enfants ne se feront plus dire «Tu es le fils d’un immigrant, mais plutôt tu es le fils d’un citoyen»».

Enfin, le maire de Québec est revenu sur les sentiments qui l’habitaient dans les heures qui ont suivi l’attentat. «Je me demandais comment on allait se sortir de ce drame-là. Je ne voyais pas d’issue. Et le lendemain, avec le rassemblement de 15 000 personnes (lors de la vigie), on s’en est sorti collectivement parce qu’on s’aimait. Il y avait quelque chose de beau malgré l’horreur et la révolte.»