Nicolas Knap

Traversée de Gibraltar: records canadiens et français pour Nicolas Knap

Le nageur en eau libre Nicolas Knap, de Sainte-Foy, avouait être surpris lors de son entretien par vidéoconférence avec Le Soleil samedi soir. Il venait non seulement de devenir le premier Québécois à traverser le détroit de Gibraltar à la nage en solitaire sans combinaison, mais son chrono de 3h17 constitue aussi un record canadien et un record français pour celui qui est né dans l’Hexagone.

«Je suis moi-même surpris! Non seulement c’est la meilleure performance canadienne toutes catégories, à égalité avec une nageuse qui était la seule à avoir réalisé ce chrono jusqu’à maintenant, mais c’est aussi la meilleure performance française», précise avec fierté celui qui possède les deux nationalités. 

La plupart des nageurs qui complètent la traversée du détroit de Gibraltar ont besoin de trois à sept heures pour y arriver et le record mondial est de 2h29, détenu par l’Espagnol Daniel Meca, considéré comme l’un des meilleurs nageurs en eau libre au monde. «C’est un record presque imbattable. En plus d’être un bon athlète, il a probablement traversé dans des conditions optimales où les vents et les courants étaient très favorables», signale Nicolas Knap.

Défi

L’athlète de 45 ans qui travaille dans le domaine de la réadaptation professionnelle s’est remis à la nage en eau libre depuis trois ans après une retraite de plusieurs années. «J’ai réalisé 93 traversées en carrière, ma meilleure performance étant une deuxième place à la Coupe du monde de nage en eau libre de 1997. Mais je voulais vraiment tenter Gibraltar, une épreuve réputée car elle se situe au croisement de l’Atlantique et de la Méditerranée et où il y a un défi additionnel en raison des nombreux passages de bateaux et de la présence occasionnelle de requins», affirme-t-il.

Des requins, Nicolas Knap n’en a heureusement pas croisé lors de son périple, mais il a tout de même nagé à quelques mètres de dauphins, de cachalots et de baleines. «Je ne les ai pas vus, cer sont les membres de l’équipe qui me suivait en Zodiac et qui me ravitaillait qui me l’ont dit», indique-t-il.

«Dans ce genre d’épreuve, tu ne sais jamais à quoi t’attendre. J’étais à Gibraltar depuis le 7 juin et pendant huit jours, c’était simplement impossible de traverser en raison des courants et des vents. Je suis finalement parti à 8h30 samedi. Les trois ou quatre premiers kilomètres étaient plus difficiles avec beaucoup de vagues et une eau plus fraîche. J’ai décidé de partir vite. Les sept ou huit kilomètres suivants, l’eau était beaucoup plus calme et des vagues et des courants d’ouest me poussaient de biais. J’ai croisé quelques bébés méduses, mais rien d’inquiétant», raconte-t-il.

Enfin la côte

Maintenant la cadence, le nageur devait composer avec des ravitaillements moins fréquents qu’il ne l’aurait souhaité et une troisième portion de la traversée beaucoup plus pénible. «La dernière section était beaucoup plus turbulente. Le vent commençait à se lever, je nageais presque à contre-courant, je manquais d’énergie», avoue-t-il. C’est là qu’il a croisé un énorme paquebot que le bateau qui menait sa traversée a dû laisser passer. «C’est quand j’ai commencé à enfin voir la côte marocaine que j’ai eu un regain d’énergie. Pour les 500 derniers mètres, j’ai donné tout ce que je pouvais donner, puis à mon arrivée je suis monté sur le rocher et je me suis dit «Wow! J’ai vraiment traversé ça!»», enchaîne celui dont les yeux brillaient encore de fierté malgré la fatigue.

«Je suis content de l’avoir fait et, maintenant, j’aimerais bien faire d’autres traversées. J’aimerais aussi trouver des partenaires et des commanditaires pour mes projets futurs. C’est que ces traversées coûtent cher et qu’il faut souvent beaucoup de temps avant d’obtenir une autorisation. Pour Gibraltar, j’ai quand même été un an et demi sur une liste d’attente», termine-t-il avant d’aller profiter d’une nuit de sommeil bien méritée.