Des dizaines de fonctionnaires fédéraux ont manifesté samedi devant les bureaux du ministre François-Philippe Champagne, à Shawinigan.

Système de paie Phénix: un syndicat déposera une plainte aux Nations Unies

SHAWINIGAN — Écœuré par la lenteur des démarches pour indemniser les fonctionnaires fédéraux affectés par les ratés du système de paie Phénix, un syndicat compte déposer une plainte contre le gouvernement aux Nations Unies.

Un représentant du Syndicat des employées et employés nationaux (SEN) a fait cette annonce pendant une manifestation devant les bureaux du ministre François-Philippe Champagne, à Shawinigan, samedi matin. Quelques dizaines d’employés y ont pris part.

«Le Canada va contre l’article 23.3 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, qui dit que quiconque travaille a droit à une rémunération équitable et satisfaisante», a souligné Daniel Toutant, Vice-président national aux droits de la personne du SEN.

«On a créé un libellé spécifique et c’est rendu au contentieux de l’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC) à Ottawa. La plainte va être déposée éventuellement, on ne sait pas encore le modus operandi. Peut-être que je vais aller la porter directement à l’ONU, à New York.»
Les manifestants ont également réitéré leur demande de commission d’enquête publique pour comprendre comment Phénix, qui a été implanté pendant le règne des conservateurs à Ottawa, a dérapé à ce point.

«On exige une commission d’enquête indépendante, a rappelé Yvon Barrière, vice-président exécutif régional pour l’AFPC au Québec. Il existe au sein des hauts fonctionnaires une culture de “no fault” et on veut que ça s’arrête le plus vite possible. On veut savoir ce qui s’est passé pour que ça ne se reproduise plus jamais.»

Les syndiqués réclament toujours une indemnisation pour ceux d’entre eux qui ont été affectés par les ratés du système de paie, ce que le gouvernement Trudeau avait dit être prêt à faire. Ces compensations pourraient coûter cher à Ottawa, puisqu’une grande proportion des fonctionnaires fédéraux aurait été touchée, d’une manière ou d’une autre. Dans la région, cette proportion varie entre 80 et 90 % des employés, selon le secteur dans lequel ils travaillent, selon M. Barrière.

Un stress continu

Les problèmes du système Phénix continuent d’ailleurs à allonger la liste des personnes qui ont vu leur paie gonfler, diminuer ou qui n’en ont carrément pas reçu pendant une période de temps plus ou moins longue, a rappelé M. Barrière.

«Chaque deux semaines, les gens ouvrent le système et regardent s’ils ont une paie, d’abord, et si leur paie ressemble à la précédente, a-t-il dénoncé. C’est une situation intolérable qui crée de l’anxiété, c’est un milieu toxique et le stress fait que des gens partent en dépression. On dirait que la santé mentale n’est pas considérée à sa juste valeur au niveau du gouvernement libéral.»

Le ministre de l’Infrastructure et des Collectivités et député de Saint-Maurice—Champlain, François-Philippe Champagne, s’est mêlé aux manifestants pour leur signifier son appui. Il a lui aussi qualifié la situation d’intolérable et a promis de continuer à soutenir les fonctionnaires de la région à Ottawa.

«Dans la région, il y a eu des centaines de familles affectées au cours de la mise en place de Phénix et c’est une situation inacceptable, a reconnu M. Champagne. Ce sont des gens que je rencontre à l’épicerie, à la pharmacie, à la station-service, donc je me fais un peu leur voix à Ottawa pour m’assurer que leurs revendications et leur réalité sont bien entendues du côté d’Ottawa.»

Yvon Barrière, vice-président exécutif régional pour l'AFPC au Québec (à gauche), et François-Philippe Champagne, ministre de l’Infrastructure et des Collectivités et député de Saint-Maurice—Champlain.

M. Champagne a d’ailleurs rappelé qu’il travaille avec l’AFPC pour tenter de donner une plus grande priorité à certains dossiers, pour des gens dont la situation est «critique».

«Avec les contacts de M. Champagne à Ottawa, ça fait en sorte que des dossiers sont priorisés, a concédé Daniel Toutant. Il y a des gens au centre de paie de Miramichi qui correspondent avec les bureaux des députés.»

«Mais on priorise les plus gros problèmes et on n’arrive jamais à tout régler», a-t-il ajouté.  

Un nouveau système en 2019?

Dans son plus récent budget, Ottawa a prévu une somme de 16 millions $ sur deux ans pour trouver un autre système pour remplacer Phénix. Un appel d’offres a d’ailleurs été lancé il y a six semaines, mais aucun remplaçant n’a encore été trouvé, selon M. Barrière.

«L’appel d’offres le plus insensé, il y a deux semaines, disait grosso modo: y’a-t-il quelqu’un qui peut nous aider? C’était presque un appel à l’aide, un S.O.S. du gouvernement», s’est-il moqué.

D’autre part, même si un nouveau système était trouvé sous peu, le représentant syndical croit que les problèmes occasionnés par Phénix sont tels qu’il faudra beaucoup de temps pour que la transition puisse se faire.

«Est-ce qu’on aura un nouveau système en 2019? Le gouvernement dit que oui, mais on ne peut pas transférer facilement ce système, qui a encore trop de codes d’erreur en ce moment», a-t-il avancé.

En plus de Shawinigan, des manifestations ont eu lieu dans d’autres villes du Québec au cours du mois d’octobre. Celle de samedi matin était la 10e en trois semaines.