Déjà paralysée depuis quelques jours, l’usine Sural à Bécancour vient de voir son sort être scellé par la décision de son propriétaire de jeter l’éponge.

Sural au bord de la faillite: «Je trouve ça bien triste»

Bécancour — Autre coup dur dans le parc industriel et portuaire de Bécancour. Après le lock-out qui se poursuit à l’ABI, voilà que Produits laminés Sural Canada et Sural Québec inc. ont annoncé l’arrêt de la production aux usines de Bécancour et Victoriaville, provoquant la perte de 100 emplois. Avec des dettes totalisant 142 millions $, dont 40 millions uniquement envers Alcoa, les deux compagnies ont informé le syndicat et les travailleurs qu’elles s’étaient placées sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC), avec PricewaterhouseCoopers Inc. comme contrôleur.

«Je trouve ça bien triste, dans l’optique où notre deuxième créneau de développement, c’était la transformation de produits de base qu’on produit dans le parc industriel. C’est dommage que ça arrive comme ça. Je suis bien déçu de tout ça. On n’est pas capable d’en coller deux de suite. J’espère que l’usine va être récupérée par quelqu’un quelque part. On a des avantages qui font que cette entreprise-là est intéressante et qu’il y a quelqu’un qui va probablement reprendre. En tout cas, je le souhaite beaucoup», a commenté le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois, qui venait à peine de se réjouir d’un éventuel règlement du conflit à l’Aluminerie de Bécancour.

Le Syndicat des Métallos suivra la situation de près, autant dans la perspective d’une restructuration, souhaitable, que d’une faillite. Il fera tout en son pouvoir pour que les travailleurs obtiennent les sommes qui leur sont dues, soit les montants pour les vacances accumulées, les paies en suspens ainsi que toute autre somme due à titre d’indemnité de cessation d’emploi.

«On se doutait un petit peu que ça n’allait pas bien depuis plusieurs semaines. Tant que la clé n’est pas dans la porte, il y a tout le temps de l’espoir. Mais là, il n’y en a plus. On va essayer de trouver des acheteurs si c’est possible là-dedans, s’il y a un marché pour ce genre d’entreprise. On va travailler là-dessus», a confié au Nouvelliste le directeur québécois des Métallos, Alain Croteau. 

«Nous accompagnerons nos membres dans cette épreuve pour qu’ils puissent réclamer ce que la compagnie leur doit. Le programme de protection des salariés devrait notamment leur permettre éventuellement, s’il y a bel et bien faillite, de récupérer jusqu’à 7148 $», renchérit-il.

Les Métallos travailleront également de concert avec Emploi-Québec pour voir à la mise sur pied d’un comité de reclassement afin de soutenir les travailleurs qui pourraient perdre leur emploi, ce qui est exigé par les règles gouvernementales pour une entreprise de plus de 50 travailleurs.

Des vérifications seront faites au cours des prochains jours quant au niveau de capitalisation du régime de retraite. Rappelons que le Syndicat des Métallos mène une campagne pour que les travailleurs et les retraités soient mieux protégés en cas de faillite d’entreprise. Pour l’heure, les créances des travailleurs et retraités en lien avec les retraites et les assurances ne sont pas considérées comme prioritaires.

«Ainsi, si jamais on se rend compte qu’il manque de l’argent dans le régime de retraite, les travailleurs et les retraités se retrouveraient encore une fois loin derrière les banques, les institutions financières et même les villes qui ont des comptes de taxes en souffrance. Le gouvernement libéral a ouvert la porte à une réforme au cours des derniers mois, il est grand temps qu’il accouche avant les élections», ajoute le directeur québécois des Métallos.

L’un des travailleurs chez Sural à Bécancour depuis trois ans, Pierre-Luc Pronovost, parle d’une usine encore rentable. «On s’accroche là-dessus, on espère que quelqu’un va nous reprendre. C’est sûr que ça va être plus dur avec la situation actuelle qu’ABI n’est pas encore partie. On allume un lampion et on espère qu’ABI reparte. On prenait 35 % de leur production», a fait savoir l’homme de 34 ans. 

Celui-ci a appris la nouvelle mardi, à l’heure du souper. «Ça faisait une semaine qu’on n’avait pas eu de nouvelle. Il y avait des rumeurs dans l’après-midi qu’on mettait ça sous la Loi de la protection de la faillite. On avait eu vent aussi que Victo s’en allait vers ça», raconte le père de famille.

D’ailleurs, le député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel, disait avoir «une grande pensée pour les employés». «Je trouve ça très malheureux pour eux. C’était des bons emplois. À partir d’aujourd’hui, ils sont vraiment dans l’incertitude. C’est ma plus grande préoccupation», a-t-il indiqué.

Selon lui, les difficultés financières de l’entreprise étaient connues «depuis assez longtemps». «On se retrouve un peu devant un fait accompli. La compagnie n’est jamais venue nous rencontrer. C’est sûr que les entreprises qui sont là, on va tout faire pour maintenir leurs activités en opération. Mais si elles ne viennent pas nous voir, on ne peut pas faire des miracles», soutient le représentant caquiste.

Car, dit-il, «c’est sûr qu’on va être un gouvernement qui va être extrêmement agressif avec les entreprises qui veulent investir», faisant allusion à une aide financière possible envers ABI. «C’est un dossier que je vais regarder très attentivement parce que c’est encore une bonne usine, mais elle a besoin de modernisation. C’est évident que je vais tout faire pour que cette modernisation se fasse et que l’État soit le plus facilitant là-dedans», a-t-il promis.  

Par rapport à l’usine Sural, le président-directeur général de la Société du parc industriel et portuaire de Bécancour, Maurice Richard, croit que «ce qu’il faut regarder le plus près possible, ce sont de possibles futurs propriétaires».

«C’est une usine qui est à jour au niveau des équipements, avec toute une équipe de travailleurs bien rodés qui sont prêts à continuer à produire de l’aluminium. Ils ont l’avantage principal de recevoir de l’aluminium liquide du voisin, une étape majeure qu’ils  n’ont pas besoin de faire. Au niveau prix, c’est un avantage énorme, ils n’ont pas à fondre l’aluminium, elle arrive déjà en liquide. Ça devient une recherche de clients potentiels pour l’achat. C’est notre démarche actuellement. Est-ce qu’on peut trouver quelqu’un intéressé?», conclut-il.