La directrice de l’organisme Mobili-T remarque que les entreprises se tournent de plus en plus vers des solutions de mobilité durable pour attirer et retenir la main-d’œuvre.

Sortir ses employés des bouchons de circulation

Marie-Hélène Coll se souvient encore de l’argumentaire des premières entreprises, il y a une dizaine d’années, qui venaient cogner à la porte de Mobili-T.

«Elles faisaient surtout valoir des considérations environnementales», raconte la directrice de l’organisme sans but lucratif de Québec dont la mission est de favoriser le développement de mesures novatrices en mobilité durable en misant, notamment, sur la gestion des déplacements des travailleurs entre la maison et le boulot.

«Ces entreprises avant-gardistes voulaient diminuer leurs émissions de gaz à effet de serre. Elles voulaient mettre de l’avant des mesures alternatives à l’utilisation de l’automobile.»

Dans la région de Québec, des employeurs comme l’Université Laval, Desjardins, le Groupe Optel et la plupart des grandes compagnies d’assurances, entre autres, ont été des pionniers en matière de mobilité durable. Ils ont ébauché des stratégies touchant l’étalement des horaires de travail, le télétravail, le transport en commun et le transport actif.

Près d’une décennie plus tard, Marie-Hélène Coll dénote toujours cette préoccupation de la protection de l’environnement de la part des entreprises qui consultent Mobili-T.

«Ce qui est nouveau, par contre, c’est qu’elles adoptent aussi de bonnes pratiques en matière de mobilité durable dans un souci d’attractivité et de rétention de la main-d’œuvre», affirme-t-elle.

«Dans un contexte de rareté de ressources humaines, les employeurs tiennent plus que jamais à se démarquer. Puisqu’ils sont de plus en plus nombreux à encourager le covoiturage, à rembourser en entier ou en partie l’abonnement au transport en commun ou encore à favoriser le transport actif en aménageant des douches dans les lieux de travail, ceux qui ne bougent pas sentent maintenant le besoin d’agir afin d’être en mesure de tirer leur épingle du jeu dans la course aux meilleurs talents.»

Employeurs en mouvement

Dans le cadre du projet Employeurs en mouvement présenté par la Chambre de commerce et d’industrie de Québec et la Chambre de commerce de Lévis, Mobili-T accompagne 10 entreprises pendant un an afin de les amener à implanter au moins une mesure de mobilité durable.

Des entreprises de toutes les tailles, de Québec et de Lévis, fournissant un gagne-pain à plus de 5200 personnes : Ambioner, Centre de congrès et d’expositions de Lévis, Centre de recherche industrielle du Québec, DuProprio, Groupe Dallaire, iA Assurance Habitation Le Diamant, Strøm spa nordique, Traduction Sematos et le campus de Lévis de l’Université du Québec à Rimouski.

«Toutes les mesures de mobilité durable que nous mettons de l’avant, nous le faisons évidemment parce que nous croyons à la nécessité de faire notre bout de chemin pour protéger l’environnement, mais aussi pour nos employés. La mobilité durable est devenue un facteur d’attractivité et de rétention de la main-d’œuvre», insiste Yanick Morin, leader du comité de développement durable chez iA Groupe financier. «Nous nous efforçons de proposer à nos employés des mesures touchant le transport en commun, le covoiturage et le transport actif pour leur offrir toute la flexibilité dont ils pourront avoir besoin s’ils veulent faire le choix de laisser leur véhicule à la maison.»

La croissance de l’entreprise a fait grimper à près de 2000 le nombre d’employés d’iA Groupe financier à son siège social situé au 1080, Grande Allée Ouest dans la capitale. Inutile de dire que les espaces de stationnement — payants pour les employés — ne sont pas suffisants.

Les travailleurs d’iA Groupe financier peuvent profiter du programme L’abonne BUS Travailleur du Réseau de transport de la Capitale (RTC) qui permet d’économiser 10 % sur l’achat d’un abonnement au transport en commun. L’employeur, de son côté, fait sa part en remboursant 50 % du montant du laissez-passer mensuel. «En une seule année, le taux d’inscription à cette mesure est passé de 90 à 170 employés», signale Yanick Morin.

«À ce jour, 127 entreprises offrent L’abonne BUS Travailleur à leur personnel», signale Brigitte Lemay, conseillère en relations publiques au RTC. «Individuellement, ça représente environ 10 000 personnes chaque mois. De cinq à sept nouvelles entreprises se joignent au programme chaque année.»

Retour garanti à domicile

À ses travailleurs qui voyagent en autobus, la compagnie d’assurance et de services financiers propose un programme de retour garanti à domicile. «Nous leur offrons trois déplacements en taxi par année. Ça ne coûte pas un bras à la compagnie — 1200 $ par année — et ça permet aux utilisateurs du transport en commun d’avoir l’esprit en paix en cas d’une situation d’urgence.»

Quant au covoiturage, iA Groupe Financier est membre de covoiturage.ca qui compte 150 000 abonnés. «Certains de nos employés font du covoiturage avec d’autres travailleurs de la Régie de l’assurance-maladie du Québec et de l’Université Laval qui sont situés tout près de notre siège social», indique M. Morin en soulignant que les 24 espaces de stationnement réservés au covoiturage sont tous occupés la plupart du temps.

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AMBIONER: CROISSANCE ET PÉNURIE DE STATIONNEMENT 

De deux employés en 2009, Ambioner en compte maintenant près d’une cinquantaine.

«La croissance appréciable de nos effectifs nous a confrontés à une problématique assez criante de stationnement», expose Jean-Robert Wells, conseiller stratégique en développement durable au sein de cette firme d’ingénierie spécialisée en efficacité énergétique.

À Québec, le bureau principal d’Ambioner — l’entreprise a aussi un pied à terre à Montréal et à Saguenay — est situé sur le boulevard Sainte-Anne, à l’est de l’avenue D’Estimauville.

Les espaces de stationnement sont insuffisants pour garer les véhicules de tous les employés d’Ambioner et des autres entreprises qui logent dans l’immeuble certifié LEED niveau platine du boulevard Sainte-Anne, l’une des plus hautes distinctions énergétiques et environnementales décernées par le Conseil du bâtiment durable du Canada.

L’espace étant restreint, il n’y a qu’une seule case de stationnement pour deux employés.

«Sur le plan de la gestion, ça demande une certaine gymnastique», fait remarquer Jean-Robert Wells.

La localisation géographique du siège social d’Ambioner n’est guère propice au transport collectif.

«À l’est de l’avenue D’Estimauville, nous sommes plus ou moins bien desservis par le transport en commun. Nous avons des collègues qui habitent Stoneham et la rive sud de Québec. Pour eux, il n’est pas évident de se rendre au travail en autobus de façon efficace et dans un temps relativement court», souligne M. Wells.

En outre, il ajoute que l’entreprise compte plusieurs parents de jeunes enfants dans ses rangs. «Ils ont besoin de leur véhicule pour aller chercher la marmaille à la garderie ou à l’école.»

Comité de développement durable

Au cours des dernières années, Ambioner a mis sur pied, à l’interne, un comité de développement durable. «Nous tenions à prêcher par l’exemple. La mission de l’entreprise est d’aider nos clients à faire les meilleurs choix énergétiques en matière de chauffage, de climatisation et de ventilation des bâtiments.»

La firme d’ingénierie a d’abord misé sur des mesures visant à encourager le transport actif, notamment par l’installation de douches et de supports à vélo.

Ambioner veut toutefois en faire plus pour inciter ses travailleurs à modifier leurs habitudes de transport.

C’est pourquoi l’entreprise s’est engagée dans la démarche Employeurs en mouvement, une initiative de la Chambre de commerce et d’industrie de Québec et de la Chambre de commerce de Lévis financée par le ministère des Transports (100 000 $).

«Nous sommes à la recherche de moyens pour favoriser le covoiturage. Nous réalisons également une analyse coût-avantage pour évaluer la possibilité de payer une partie de l’abonnement au transport en commun de nos employés. Nous évaluons également l’opportunité de recourir à l’autopartage, ce qui permettrait aux utilisateurs du transport collectif d’avoir accès rapidement à un véhicule pour se rendre chez un client ou encore pour répondre à une urgence familiale. En matière de déplacements de nos travailleurs entre le travail et la maison, nous sommes à la recherche de la juste mesure.»

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ÊTRE PAYÉ POUR SE RENDRE À PIED

Le Mouvement Desjardins paie ses employés de la Cité Desjardins à Lévis qui font du covoiturage ou qui se rendent au boulot à pied ou à vélo.

Le groupe financier coopératif accorde un montant de 100 $ par année à ses travailleurs qui pratiquent le covoiturage.

«Depuis le début de ce programme, 391 personnes formant 186 équipes se sont inscrites», signale le porte-parole de Desjardins, Richard Lacasse, en soulignant que le nombre de cases de stationnement réservées à ceux et celles qui font du covoiturage est passé de 191 à 226 au cours de la dernière année.

Pour les travailleurs qui roulent, marchent ou courent pour se rendre à la Cité Desjardins, la récompense est de 150 $ par année. Selon M. Lacasse, il y a actuellement 160 adeptes du transport actif à Lévis.

«Ces deux incitatifs financiers pour le covoiturage et le transport actif visent exclusivement nos employés de la Cité Desjardins, car nous avons des problèmes importants de stationnement à cet endroit», prend-il soin de mentionner.

Desjardins rembourse également 20 % du coût d’un abonnement au service de transport en commun.

«Depuis juin 2017, plus de 700 employés de Lévis se sont inscrits pour bénéficier de nos incitatifs pour le transport alternatif», fait remarquer le porte-parole en signalant que le programme de transport alternatif de Desjardins visait à encourager les employés de Desjardins à réduire l’utilisation de l’automobile en solo lors de leurs déplacements. «Nous sommes fiers qu’un nombre important de nos employés ait répondu à l’appel.»

Delphine Habel et Simon Fournier, deux employés du siège social de iA Groupe financier, pratiquent le covoiturage pour faire la navette entre la maison et le bureau.