Émouvantes retrouvailles entre Jean Dubois, pompier à la retraite et Sophie Maisonneuve à la caserne du 475, Cheval-Blanc à Gatineau.

Sauvée de la noyade, elle retrouve son sauveur... 22 ans plus tard

Le 28 novembre 1997 reste gravé dans la mémoire de Sophie Maisonneuve, sauvée d’une noyade quasi certaine par le pompier Jean Dubois, en pleine nuit, dans l’eau glacée de la rivière Gatineau. Près de 22 ans plus tard, un laps de temps pendant lequel elle a refoulé cet événement, elle a ressenti le désir de retrouver l’homme pour lui exprimer clairement sa gratitude.

Grâce à la collaboration du Droit, les retrouvailles ont eu lieu le 18 avril à la caserne de pompiers Joseph-Roy, sur l’avenue du Cheval-Blanc. La victime y tenait, car il lui manquait « des morceaux du puzzle ».

« J’étais traumatisée, j’avais poussé ça très loin dans mon cerveau, je voulais oublier. J’ai gardé ce traumatisme pendant des années. J’ai aussi regretté de ne pas être allé te féliciter, mais au moment où c’est survenu, je n’en étais pas capable. Je me suis dit : il va dire que je suis ingrate, que je n’ai pas gratitude envers lui, mais c’était l’inverse. Sauf que je ne voulais juste plus en parler. [...] C’était important pour moi que tu saches que du fond de mon cœur, je te remercie. Il n’y a pas une journée qui a passé où je n’ai pas été reconnaissante. Je me devais de te le dire de vive voix. Ça me fait du bien », a confié Mme Maisonneuve au pompier aujourd’hui à la retraite.

L’histoire avait fait les manchettes à l’époque et le lieutenant Dubois avait été honoré par l’ex-ville de Hull à titre de citoyen méritant.

La malchance de la Gatinoise Sophie Maisonneuve, alors âgée de 26 ans, a débuté lorsque la voiture dans laquelle elle prenait place avec une amie a manqué d’essence, au beau milieu du pont des Draveurs.

Un patrouilleur de la Gendarmerie royale du Canada les a conduites à la station-service la plus près. Or, pendant leur absence, un policier de la Sûreté du Québec a fait venir une remorqueuse, car le véhicule en panne gênait la circulation.

Témoins de la situation, les deux jeunes femmes ont alors demandé au policier de les laisser descendre de l’autopatrouille le plus rapidement possible. Ce dernier n’a pas eu le temps de les avertir du danger.

La conductrice du véhicule est parvenue à franchir le mètre qui séparait autrefois les deux parapets au centre du pont, mais Mme Maisonneuve n’a pas eu la même chance. Elle a perdu pied puis chuté dans le vide.

« Je me souviens d’avoir eu l’instinct de survie. Quand je suis revenue à la surface, je ne voyais rien, je n’avais pas de repères. Il y avait beaucoup de courant et j’étais en plein centre, je me demandais : est-ce que je vais à gauche, est-ce que je vais à droite ? », se souvient-elle.

Appelé d’urgence en compagnie d’une dizaine d’autres pompiers, Jean Dubois l’a entendue crier et s’est fait lancer une bouée de sauvetage par un policier.

« Avant de sauter à l’eau, j’ai réfléchi pendant un moment. Mais ce fut très court. Le temps d’un flash. Je savais que j’avais une chance de la sauver, alors je n’ai pas hésité. J’ai enlevé mes bottes, mon manteau et j’ai plongé », avait-il raconté aux médias en 1997.

Celui qui ironiquement était en formation ce soir-là a vite réalisé qu’il était trop périlleux de nager jusqu’à Mme Maisonneuve, qui se trouvait à une soixantaine de mètres de la berge.

« Il faisait excessivement noir ce soir-là, j’entendais sa voix, mais je ne la voyais pas. J’ai dû me pencher pour voir les éclaboussures qu’elle faisait dans l’eau, grâce à la lumière sur la rue Jacques-Cartier de l’autre côté », se remémore-t-il.

Le pompier a dû s’y prendre à deux reprises pour parvenir à lancer la bouée dans les mains de la victime. Il fallait qu’elle puisse l’attraper, car le pompier était exténué.

« J’étais dans le désespoir à ce moment-là, tu ne peux pas imaginer. Je me rappelle que c’était les derniers grains de force qu’il me restait. Il y a deux personnes qui m’ont sauvé, M. Dubois et ma fille de six ans, à qui je pensais. Ta voix a été apaisante, elle m’a rassurée, m’a donné envie de m’accrocher », a-t-elle avoué avec émotion à M. Dubois.

Les années se sont écoulées et c’est en allant prendre un café avec une amie que Sophie Maisonneuve a dû raconter son histoire pour la première fois depuis très longtemps. Elle a alors recommencé à faire des crises de panique la nuit, comme dans les mois suivants les événements. Puis, peu de temps plus tard, en marchant sur le bord de l’eau à la pénombre à la marina d’Aylmer, elle a ressenti un malaise. Une sorte de choc post-traumatique, en fait.

« J’ai ressenti le même type de sensation, alors je me suis dit qu’il fallait que je fasse quelque chose », dit-elle.

La Gatinoise a alors fait des recherches puis a retrouvé deux articles publiés dans Le Droit à l’époque.

« Quand j’ai relu tes explications sur la manœuvre de sauvetage, j’ai compris que c’était toi que je devais voir. [...] Le bout où tu dis que tu as seulement fait ton travail, ça m’a pogné au cœur », avoue-t-elle à celui a toujours catégoriquement refusé d’être qualifié de héros.

Des confidences qui ont touché le principal intéressé.

« Il fallait que ça sorte. Je sens une petite guérison, je te sens mieux. Si ça ne sort pas, ça va te rester toute ta vie », conclut-il.