Sabryna Mongeon a passé quatre mois au Centre hospitalier de l’Université de Montréal, dont plusieurs semaines dans un coma provoqué par les médecins, le temps de soigner ses graves brûlures. On la voit ici, accompagnée de sa soeur Samantha qui est longtemps restée à son chevet.

Sabryna: «Comme un papillon pris dans une toile d’araignée»

Le 24 décembre dernier, Sabryna Mongeon a quitté la résidence de sa mère à Luskville, dans le Pontiac, pour rentrer chez elle à Gatineau. Elle n’est jamais arrivée à destination. Que s’est-il passé dans les heures qui ont suivi son départ de Luskville ? Sabryna raconte ici, dans ses mots, le drame qu’elle a vécu cette nuit-là, et la courageuse lutte qu’elle a menée pour sa survie alors que Noël sonnait minuit.

« J’étais allée aider ma mère à préparer le souper de Noël que toute la famille allait prendre le lendemain soir. J’ai quitté à 23 h 30 pour me rendre chez des amis à Gatineau. Habituellement, j’empruntais la route principale (la route 148). Mais il neigeait beaucoup ce soir-là et cette route est reconnue pour les nombreux accidents qui s’y produisent. Alors j’ai décidé de prendre une route secondaire, un chemin un peu plus sinueux. Cette route n’était pas très bien éclairée et j’ai aperçu une courbe à la toute dernière seconde. J’ai tenté de tourner, mais trop tard, j’ai foncé dans un poteau d’Hydro-Québec.

«Le coussin gonflable s’est déployé. J’étais secouée, mais je n’étais pas blessée. Alors j’ai décidé de descendre de la voiture, afin de reprendre mes esprits et de m’assurer que l’auto ne soit pas en feu. Je me souviens de m’être dit : ‘Ah non. Il va falloir que j’appelle ma mère pour lui dire que j’ai eu un accident’. J’avais mon téléphone cellulaire avec moi.

«En sortant de l’auto, j’ai fait quelques pas, puis j’ai posé le pied gauche sur un fil électrique que je n’avais pas vu. Mon pied a éclaté sur le coup. Puis, je me suis sentie comme un papillon pris dans une toile d’araignée. J’étais consciente, mais je ne pouvais plus rien faire, je ne pouvais plus bouger, j’étais prise. Je tremblais de tout mon corps, tout était devenu blanc. Et ce bruit… vous savez, ce bruit qu’on entend dans les films ou dans les dessins animés lorsque quelqu’un se fait électrocuter ? C’est réellement ce bruit qui se produit. Ce « BZZZZZ!». Comme dans les films. Je n’ai pas vraiment de mots pour expliquer ce que j’ai ressenti sur le coup. C’est vraiment le papillon pris dans la toile. Puis à un moment donné, je me suis sentie tomber et je me suis évanouie.

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« Je ne sais pas combien de temps je suis restée inconsciente dans la neige. Quand je me suis réveillée, c’est le seul bout que j’ai eu un découragement et que j’ai pleuré. Mais pas longtemps. J’étais complètement déshydratée ! Alors, je me suis mise à manger de la neige. J’ai ensuite roulé jusqu’à mon auto pour être au chaud ou pour au moins couper le vent. Il faisait tellement froid.

«En arrivant à l’auto, j’ai tenté de mettre une main sur le volant pour me tirer à l’intérieur. Mais en la posant sur le volant, ma main a lâché à cause de l’engelure. Mes mains étaient tellement enflées qu’elles étaient devenues le triple de leur grosseur normale. Elles étaient tellement molles, c’était fou. J’ai donc glissé mon bras à l’intérieur du volant, je me suis accrochée, je me suis donné une «pousse» et j’ai finalement réussi à entrer dans la voiture. J’ai tenté de démarrer l’auto, mais en vain. Et de toute façon, la batterie était à plat puisque la portière était restée ouverte pendant les heures où j’étais inconsciente dans la neige. Impossible d’utiliser mon cellulaire, mes mains étaient complètement gelées. J’ai même essayé de composer un numéro avec mon nez, mais il n’y avait rien à faire. J’ai tout essayé.

«Six heures se sont écoulées en tout et partout, je crois. Le temps que j’attendais du secours, seule dans l’auto, je me relevais pour voir si quelqu’un venait, puis je me recouchais. Je me relevais, je me recouchais. Je prenais mon bras pour manger la neige qui était entrée dans l’auto. Puis, j’ai vu les phares d’un camion (de déneigement). Et fouille-moi pourquoi, mais j’ai crié : «Help me !, help me !. Moi qui ne parle jamais l’anglais. Et John, l’homme qui est venu à mon secours, était anglophone ! Il est arrivé en courant, je lui ai expliqué ce qui s’était produit, il est retourné à son camion pour appeler les secours et il est revenu me recouvrir d’un foulard. Puis, il m’a soufflé dans le cou pour me réchauffer jusqu’à ce que les paramédics arrivent. Ceux-ci sont arrivés quelques minutes plus tard. Mais ils ne pouvaient pas s’approcher de ma voiture avant d’avoir le feu vert d’Hydro-Québec, ce qu’ils ont finalement obtenu de 30 à 40 minutes plus tard. John a pris un grand risque pour me sauver. Il aurait pu lui aussi être électrocuté.

«Pendant que nous attendions, j’ai appelé ma mère et je lui ai dit : ‘Maman, j’ai eu un accident et je m’en vais à l’Hôpital de Hull’. Je ne lui ai pas dit que j’avais été électrocutée et que j’avais perdu un pied.

«Une fois à l’hôpital, je me suis laissée aller, mon mode survie est tombé. Je ne me souviens plus de rien à partir de ce moment-là et jusqu’à ce que je me réveille quelques semaines plus tard.»

Souffrant de graves brûlures et d’engelures, Sabryna Mongeon a été amputée des deux bras et des deux jambes. De nombreuses greffes de peau ont dû être effectuées pour guérir les plaies où l’électricité lui a transpercé la peau du torse, à l’aine et aux aisselles.

Elle a été hospitalisée au Centre hospitalier universitaire de Montréal (CHUM) pendant deux mois.