Les syndiqués ont manifesté jeudi devant le bureau du ministre Lacombe.
Les syndiqués ont manifesté jeudi devant le bureau du ministre Lacombe.

Rentrée scolaire: le personnel des services de garde «tanné d'être ignoré»

Benoit Sabourin
Benoit Sabourin
Le Droit
Une dizaine de membres de la Fédération du personnel de soutien scolaire (FPSS-CSQ) et du Syndicat du soutien scolaire de l’Outaouais ont effectué une «action surprise» devant le bureau de comté du ministre de la Famille et ministre responsable de l’Outaouais, Mathieu Lacombe, jeudi matin, dans le secteur Buckingham.

Les deux organisations ont indiqué qu’il s’agissait d’un geste symbolique dans le but de réclamer l’aide de M. Lacombe afin que ce dernier fasse pression sur le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge. Dans le contexte de la pandémie de COVID-19, les syndicats accusent notamment M. Roberge de laisser en suspens plusieurs questions quant aux normes sanitaires à suivre dans les services de garde, à moins d’une semaine de la rentrée scolaire. 

Pendant près de deux heures, le petit groupe de manifestants a occupé la devanture du bureau du ministre Lacombe situé sur l’avenue de Buckingham, à Gatineau, en scandant par moment «Nous autres, on est tannés, tannés de se faire ignorer! Allez Roberge, allez Roberge, vient donc nous parler! Nous autres, on est tannés, tannés de se faire ignorer! Allez Roberge, allez Roberge, enlève tes doigts dedans ton nez!».

«L’ignorance volontaire nous a amenés à poser ce geste-là aujourd’hui. C’est un geste symbolique. On sait que M. Lacombe travaille énormément en collaboration avec M. Roberge sur différents dossiers. On a voulu faire un clin d’oeil à la rentrée scolaire. Les jeunes entres-eux parfois s’écrivent des messages et demandent à un ami de le transmettre à un autre ami. C’est un peu ça qu’on fait aujourd’hui. On vient porter à M. Lacombe le message que nous sommes tannés, nous le personnel de soutien scolaire, d’être ignoré», a déclaré le président de la FPSS-CSQ, Éric Pronovost, en entrevue avec Le Droit.

M. Pronovost affirme que son organisation, qui regroupe 30 000 membres à travers le Québec répartis à travers 81 classes d’emploi, parmi lesquelles on retrouve notamment des éducatrices et techniciennes en service de garde, souhaite que le ministre de l’Éducation donne l’heure juste quant au plan de fonctionnement dans les services de garde à l’aube de la rentrée scolaire. La FPSS-CSQ a tenté à maintes reprises dans les derniers mois de discuter avec le ministre Roberge, mais sans succès, selon M. Pronovost. 


« Nous avons beaucoup d’inquiétudes face aux normes sanitaires, aux ratios, au niveau de la migration des élèves et nous n’avons malheureusement pas de réponses. »
Simon Dostie-Cormier, président du Syndicat du soutien scolaire de l’Outaouais

«Nous sommes en temps de pandémie. Nous sommes à une semaine de la rentrée scolaire. Nous avons des problèmes à différents niveaux et nous n’avons pas de réponse. Nous avons interpellé le ministre Roberge avec des recommandations en avril. Nous l’avons interpellé le 23 juin. Nous avons des accusés réception, mais il ne nous parle pas et ne nous donne pas de consignes claires sur la rentrée scolaire. [...] Il y a beaucoup d’insécurité sur le terrain à savoir par exemple comment ça va se passer dans les fameuses bulles-classe alors que le ratio en service de garde est d’une éducatrice pour 20 enfants, mais au primaire, une classe peut atteindre 26 ou 27 élèves. On va faire quoi avec le surplus d’enfants? On va encore faire des arrêtés ministériels pour nous imposer des choses? Ce n’est pas ça qu’on veut», déplore M. Pronovost.

Le président du Syndicat du soutien scolaire de l’Outaouais, Simon Dostie-Cormier, avance que des précisions quant au protocole de nettoyage dans les services de garde doivent être apportées.

«Nous avons beaucoup d’inquiétudes face aux normes sanitaires, aux ratios, au niveau de la migration des élèves et nous n’avons malheureusement pas de réponses. Par rapport aux normes sanitaires, on pose beaucoup de questions par exemple sur les règles de nettoyage, le type de produits à utiliser, la fréquence des nettoyages, qu’est-ce qui doit être nettoyé, le type d’équipement, et on ne nous répond pas. Ces questions, on les pose depuis le début de la crise. On nous donne des normes générales, mais nous n’avons rien de spécifique pour les corps d’emploi que nous représentons», a-t-il souligné, ajoutant que plus d’argent devait également être injecté pour l’embauche de ressources au niveau du soutien scolaire. 

Le cabinet du ministre Roberge répond

Au cabinet du ministre Jean-François Roberge, on a mentionné au Droit, par courriel, qu’«il est faux de dire que nous ignorons M. Pronovost et son organisation». 

«Notre équipe s’est entretenue à plusieurs reprises avec lui au cours des dernières semaines. Il était d’ailleurs invité à une nouvelle rencontre aujourd’hui (jeudi), mais celui-ci a décliné, préférant visiblement manifester. Nous continuons de nous concerter avec l’ensemble de nos partenaires, dont la FPSS-CSQ, afin de nous assurer d’une rentrée réussie pour tous nos élèves, dans le respect des consignes de la Santé publique», a fait savoir l’attaché de presse du ministre de l’Éducation, Francis Bouchard, par écrit, précisant dans un autre courriel envoyé un peu plus tard au Droit qu'un membre de la FPSS-CSQ avait finalement confirmé sa présence à la rencontre initiée par le cabinet du ministre.

Au bureau de Mathieu Lacombe, on a fait savoir jeudi qu'on préférait laisser les réactions au cabinet de M. Roberge.