La ministre Chrystia Freeland — aux prises avec une dernière phase intensive de renégociation de l'ALENA — a échangé sa plage horaire avec un autre pays pour plutôt prendre la parole lundi à l'ONU.

Renégociation intensive de l'ALENA: Freeland reporte son discours devant l'ONU

WASHINGTON — Le discours que la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, devait prononcer samedi devant l'Assemblée générale des Nations unies a été reporté.

Des représentants du bureau de la ministre expliquent que Mme Freeland — aux prises avec une dernière phase intensive de renégociation de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) — a échangé sa plage horaire avec un autre pays pour plutôt prendre la parole lundi.

Cette journée marque une date importante au calendrier de l'ALENA. Le Congrès américain a fait du 1er octobre la date limite pour que le Canada se joigne à l'entente existante et qu'un vote puisse être tenu dans les délais convenus au Capitole. Sans compter qu'il s'agit du jour de scrutin au Québec, où se trouve la moitié de l'industrie laitière canadienne.

La province constitue un point de pivot dans les discussions, alors que les négociateurs américains cherchent à obtenir un plus grand accès au marché laitier du nord de la frontière.

Mais malgré le fait que le sujet continue d'être ressassé par le président Donald Trump et son représentant commercial Robert Lighthizer, des sources au fait des pourparlers signalent que le dossier est clos.

«Les États-Unis savent ce qu'ils doivent faire pour parvenir à une entente, alors ça dépend vraiment d'eux, a confié une source. Nous sommes concentrés sur le contenu, pas l'échéancier.»

L'enjeu le plus contentieux demeurerait la préservation de l'exception culturelle du Canada et du chapitre 19 de l'accord, qui confie à des comités indépendants la tâche de régler les différends entre gouvernements et entreprises.

Le Canada réclame également la garantie qu'il ne sera plus frappé de lourds tarifs douaniers sur ses exportations d'acier et d'aluminium, de même que d'automobiles — l'arme de prédilection de Donald Trump pour s'en prendre aux partenaires commerciaux qu'il juge profiteurs.

Ottawa semble dorénavant se contenter de négocier par conférences téléphoniques — un rejet de sa précédente stratégie, qui a vu la ministre Freeland multiplier les vols entre Washington et Ottawa.

Des sources rapportent que la ministre Freeland, qui se trouvait samedi à Ottawa avec l'ambassadeur canadien David MacNaughton, avait pris part, la veille, à une longue conférence téléphonique avec les deux équipes de négociateurs.

Signe positif?

Tandis que d'autres sources avancent que la ministre pourrait même finir par céder sa place sur la tribune de l'ONU, les analystes ont interprété le changement à son agenda comme un signe positif.

Dunniela Kaufman, une avocate commerciale d'origine canadienne qui vit aujourd'hui à Washington, croit qu'Ottawa a enfin appris à encaisser les coups de Donald Trump.

«Le fait qu'elle reporte son discours à l'ONU pour se concentrer sur l'ALENA est admirable, et indique que le gouvernement canadien reste concentré et ne se laisse pas distraire par les stratagèmes de Trump», estime Me Kaufman.

Le président a probablement été obnubilé par ce qui se produisait dans l'enceinte du Sénat américain cette semaine, avec le scandale entourant le juge qu'il a nommé à la Cour suprême, Brett Kavanaugh.

«Il a été difficile de faire en sorte que qui que ce soit parle d'autre chose que le processus de confirmation cette semaine, relève l'avocate, mais peut-être que c'est une bonne chose pour l'ALENA.»

Le contenu de l'accord déjà intervenu entre les États-Unis et le Mexique doit être publié dimanche. Il doit être présenté devant le Congrès américain d'ici la fin du mois pour remplir l'exigence du préavis de 60 jours qui permettrait aux législateurs d'y donner leur aval d'ici le 1er décembre, soit avant que le nouveau gouvernement mexicain entre en fonction.

Certains craignent que le Congrès américain aille de l'avant avec ce traité bilatéral si le Canada ne parvient pas à s'y greffer.

Le président élu du Mexique, Andres Manuel Lopez Obrador, a toutefois confié en entrevue vendredi qu'il avait accepté d'inciter les négociateurs américains à s'entendre avec Ottawa.

Selon des sources familières avec les négociations, le Mexique ne s'oppose pas à ce que la date limite du 1er octobre soit ignorée puisque toute concession sur la gestion de l'offre de la part du gouvernement canadien aurait l'effet d'une bombe sur la campagne électorale québécoise.