André Bergeron, restaurateur au Centre de conservation du Québec, montre un artéfact sorti de terre.

Rempart de Beaucours: plus de la moitié des vestiges sortis de terre

Plus de la moitié des vestiges du rempart de Beaucours ont été sortis de terre dans le Vieux-Québec depuis trois jours. Les pièces de bois ne sont pas en parfait état, mais le travail rapide des conservateurs et archéologues permet d’éviter une détérioration encore plus grande.

Si tout se passe comme prévu, une section d’environ 6 mètres du rempart palissadé qui date de 1693 sera complètement à l’abri d’ici le milieu de la semaine prochaine. Après avoir été numérisée en 3D et photographiée, chaque pièce de bois de cèdre est délicatement sortie de la terre argileuse, numérotée et transportée dans une boîte à l’humidité élevée.

«Chaque pièce de bois est très fragile. Un peu plus et ce serait presque du fromage cottage», raconte André Bergeron, restaurateur au Centre de conservation du Québec, lors d’une rencontre avec les médias pour faire le point sur les travaux. 

C’est vêtus de leurs salopettes maculées de boue que M. Bergeron et l’archéologue Jean-Yves Pintal ont pris quelques minutes de pause pour répondre aux questions des journalistes vendredi. 

Selon M. Bergeron, les travaux «progressent vraiment très bien» et son équipe va ajuster son rythme à la météo des prochains jours. «On va vite, mais prudemment.» Ce n’est pas tant les centimètres de neige qui sont craints que le gel au sol. 

En tentant de protéger l’artéfact avec des toiles de plastique, certains segments ont été abîmés.

Parce que depuis que les vestiges ont été découverts, à la fin octobre, ils ont commencé à se détériorer. «En une semaine, on voyait des fissures apparaître, on voyait des morceaux de la lisse qui commençaient à tomber», indique M. Pintal. 

En tentant de protéger l’artéfact avec des toiles de plastique, certains segments ont été abîmés. «On a changé nos techniques de recouvrement justement pour les rendre plus légères», ajoute l’archéologue. 

Depuis trois jours, les archéologues ont fait d’autres découvertes en creusant le sol, comme des pieux de fixation, une balle de mousquet qui n’a pas servi et de la faïence française. «On a remarqué que le bois avait été recouvert de crépi», indique M. Pintal, ce qui peut expliquer en partie sa conservation pendant 325 ans.

M. Bergeron précise que les conditions de conservation auraient été moins bonnes si la découverte avait eu lieu au beau milieu de l’été. Avec la chaleur accablante, des moisissures se seraient rapidement formées dans le bois. «C’est une chance presque qu’on l’ait trouvé à ce moment-ci, parce que les températures sont très fraîches, donc toute activité biologique est ralentie.»

Cette découverte archéologique majeure suscite la curiosité, tellement que des agents de sécurité ont du être embauchés pour surveiller le chantier archéologique de la rue Sainte-Ursule.

Lorsque la découverte a été faite, le ministère de la Culture a envisagé de photographier le rempart, puis de le recouvrir de terre à nouveau. Une option qui n’a pas finalement pas été retenue, car elle aurait pu contribuer à la destruction de la structure. M. Bergeron explique que réenterrer le rempart aurait remis de la pression sur le bois fragile. «C’est comme pas possible de revenir en arrière. On l’a trouvé et on considère que c’est un vestige important. La seule façon d’aller, c’est d’aller de l’avant.»

Le ministère de la Culture considère que ces travaux pour extraire les vestiges des premières fortifications de la ville de Québec sont urgents et met les ressources financières nécessaires à la disposition de l’équipe. Le coût total de l’opération n’est pas encore connu. 

Annoncée en grande pompe mardi, cette découverte archéologique majeure suscite la curiosité. Tellement que des agents de sécurité ont du être embauchés pour surveiller le chantier archéologique de la rue Sainte-Ursule et que l’endroit où le bois est transporté est gardé secret.