Les syndiqués de la section locale 9700 à l’Aluminerie de Bécancour ont rejeté avec une forte majorité de 97 % une offre globale de l’employeur.

Rejet des offres et mandat de grève

BÉCANCOUR— La menace d’un conflit de travail plane plus que jamais sur l’Aluminerie de Bécancour avec le rejet de la proposition patronale par les syndiqués et l’obtention d’un mandat de grève. Malgré cette position adoptée par 97 % des travailleurs lors des assemblées générales de mardi et mercredi, les deux parties acceptent de poursuivre les négociations alors que la convention collective est expirée depuis le 22 novembre.

«Comme maire de la Ville de Bécancour, ça me déçoit terriblement parce qu’il n’y a que des perdants là-dedans sur toute la ligne. Un refus à 97 %, ça m’impressionne. Ça veut dire que ça devait être joliment pas bon comme offre ou que les gens ont reçu des informations qui faisaient que...», a confié le maire Jean-Guy Dubois.

Celui-ci se défend bien de porter un jugement de valeur sur «qui est responsable, qui a raison et qui a tort». «Je ne le sais pas. J’en suis sur les conséquences. Je ne comprends pas qu’autour d’une table, il y ait des gens avec un quotient intellectuel normal qui disent: on se tire dans le pied toute la gang ensemble, employés, employeur, qui a à garder une usine ouverte qui est supposée être payante et très productive, toute la sous-traitance que ça peut générer autour, et pour nous autres, comme Ville de Bécancour, c’est de loin notre contributeur majeur», poursuit-il.

Selon lui, «ce n’est pas le temps de négocier sur des grenailles, mais sur une usine qui a 30 ans et qui nécessite des investissements pour la mettre à niveau comme il faut».

«Ça, c’est important, et pour moi, ça devrait être bien plus une négociation à savoir qu’est-ce que l’entreprise est prête à investir pour garder l’entreprise ouverte au moins les 25 prochaines années. C’est ça qui est ma question. Et en échange, que les travailleurs disent: nous autres, pour assurer la viabilité de l’usine pour les 25 prochaines années, on est prêt à mettre de l’eau dans notre vin. C’est bien plus ça que je voudrais voir. Est-ce que c’est ça qui existe? Je n’ai pas l’impression», ajoute le premier magistrat.

Pas moins de 90 % des syndiqués ont voté sur l’offre patronale et le mandat de grève lors des deux assemblées générales tenues mardi soir et mercredi matin.

Lors des votes de mardi soir et mercredi matin, marqués d’un taux de participation de 90 %, les syndiqués ont donc dit non à l’offre globale de l’employeur en plus de dire oui à un mandat de grève à exercer au moment jugé opportun. Si le syndicat a maintenant le droit de grève alors que le contrat de travail de ses 1030 membres est échu, l’employeur a dorénavant le droit de lock-out.

«Nous ne souhaitons pas déclencher une grève pour le moment, nous laissons la place à la négociation. Mais l’employeur doit saisir le message et prendre la négociation au sérieux. Nous rejetons catégoriquement l’implantation d’un régime de retraite à deux vitesses», fait valoir le président de la section locale 9700, Clément Masse.

Outre la volonté de l’employeur d’instaurer un régime de retraite moins avantageux pour les futurs travailleurs, les négociations achoppent également au sujet du respect de l’ancienneté dans les mouvements de main-d’œuvre. Des centaines d’embauches sont à prévoir au cours des prochaines années, ce qui nécessitera d’importants mouvements de main-d’œuvre. 

Pour sa part, la direction de l’A.B.I. a exprimé sa déception à la suite de l’annonce du rejet de son offre par le syndicat. La partie patronale réitère qu’elle offre des conditions de travail attrayantes et compétitives, parmi les meilleures du secteur, à tous ses employés, tant en termes de salaires qu’au niveau du régime de retraite et autres avantages sociaux.

«L’offre vise à maintenir ces conditions et assurer la compétitivité de l’usine à travers tous les cycles du marché. La direction d’A.B.I. souhaite poursuivre les discussions dans les prochaines heures. Elle souhaite toujours en arriver à une entente», faisait savoir la porte-parole, Sara Dubé.

Celle-ci rappelle que l’Aluminerie de Bécancour est l’un des plus importants employeurs de la région avec plus de 1100 employés et des retombées économiques de 500 millions de dollars par année au Québec.

«Je souhaite de tout mon cœur qu’ils continuent à se parler et qu’ils essaient de trouver toutes les façons sur la terre disponibles autres qu’une grève ou qu’un lock-out. On a bien d’autres choses à faire comme municipalité à essayer de trouver de quelle façon on va se sortir d’une catastrophe», a tenu à commenter le maire Jean-Guy Dubois.  

Finalement, le député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel, partage ce désir d’un règlement. «Je vais suivre cette négociation de près, qui peut être déterminante pour l’avenir de la compagnie à Bécancour. Mais je suis obligé d’avoir une certaine sympathie pour le syndicat en ce qui concerne les clauses orphelins. Si on veut faire des coupures, qu’on les applique à tout le monde. Je vais me battre pour le droit des jeunes», a-t-il conclu.