Shari Forbes, titulaire de la Chaire de recherche du Canada 150 en thanatologie forensique.

Recherches en thanatologie à l’UQTR: des carcasses de porcs sur le campus

TROIS-RIVIÈRES — L’odeur ne devrait pas être perceptible au-delà de 20 mètres, assure-t-on. De la mi-juin à la fin d’août, trois carcasses de porcs se décomposeront au grand air dans un emplacement sécurisé et bien aménagé sur le campus de l’UQTR à Trois Rivières. Il s’agit d’une expérience scientifique qui permettra à des chercheurs en thanatologie de récolter des données liées à la décomposition des corps en milieu naturel.

En fait, une première carcasse a déjà passé discrètement l’hiver sur le site depuis le mois de janvier sans qu’il n’y ait eu de dérangement pour qui que ce soit, semble-t-il. Les nouvelles carcasses de porcs seront placées dans des cages afin de les mettre à l’abri de certains animaux. Ces cages seront protégées par un enclos de 150 m � sécurisé et surveillées par caméra. Le tout sera aménagé temporairement dans un des lieux boisés du campus trifluvien situé à bonne distance des résidences étudiantes et des pavillons universitaires. On veut ainsi minimiser les impacts sur la population avoisinante.

En cas de besoin, les gens peuvent contacter le service de sécurité de l’UQTR, signale la professeure Shari Forbes, responsable de ce projet. Pour avoir longtemps fait l’étude de la décomposition cadavérique d’animaux et d’humains en milieu naturel dans le climat chaud de l’Australie, le professeur Forbes, titulaire de la Chaire de recherche du Canada 150 en thanatologie forensique, sait toutefois par expérience que l’étendue des odeurs sera très limitée.

Les usagers de la piste cyclable ou des sentiers n’apercevront même pas le site aménagé dans les boisées du campus à l’abri des regards indiscrets. Si des marcheurs le trouvaient, ils verraient alors des affiches indiquant la présence du laboratoire extérieur. On leur demande de ne pas s’en approcher afin de respecter la recherche.

L’utilisation de ce laboratoire temporaire permettra à l’équipe de la professeure Forbes de bien se préparer à l’utilisation du futur Site sécurisé de recherche en thanatologie de l’UQTR, dans le parc industriel et portuaire de Bécancour qui, lui, sera dédié, rappelons-le, à l’étude de la décomposition cadavérique humaine en milieu naturel et en climat de type nordique. Les cycles de gel et de dégel changent en effet le processus de décomposition, explique la chercheuse «et personne n’a encore étudié ça dans un climat aussi nordique», précise-t-elle.

Les travaux de la professeure Forbes se spécialisent tout particulièrement dans les chiens détecteurs de cadavres. «Je veux savoir comment ils les détectent dans la neige. Je ne sais pas comment ces composés (que les chiens de cadavres reniflent) sont générés dans un climat aussi froid», explique-t-elle. Les corps policiers du Québec ne possèdent présentement pas de tels chiens et en cas de besoin, dit-elle, ils les font venir d’autres provinces. Mme Forbes indique qu’elle souhaite travailler avec les policiers et même avec des entraîneurs civils afin d’établir un programme pour former de tels chiens.

De gauche à droite, les étudiants au projet: Emily Pecsi, Darshil Patel, la professeure Shari Forbes, Karelle Séguin, Rushali Dargan et Ariane Durand-Guévin.

Rappelons que les recherches en thanatologie amorcées à l’UQTR seront d’une grande utilité pour les forces de l’ordre en cas d’enquêtes sur des homicides et des cas de personnes disparues.

L’utilisation de porcs, dans ce genre de recherche, vient de leur similitude physiologique et biochimique avec les humains. Le site temporaire établi cet été sur le campus permettra notamment aux chercheurs de tester leurs instruments de collecte de données. Comme l’explique la professeure Forbes, c’est la première fois dans le monde qu’on étudie la décomposition cadavérique en milieu nordique. «Même si je sais comment ça se passe en Australie, il faut que je sache comment ça se passe dans l’environnement régional de Trois-Rivières, puis adapter ça à Bécancour», explique-t-elle. «Nous commençons donc par nous servir de porcs pour faire des tests avant d’utiliser des restes humains, car les dons de corps humains sont tellement généreux que nous ne voulons pas faire de gaspillage», explique-t-elle.

Les carcasses étudiées sur le campus trifluvien permettront à la professeure Forbes et son équipe «d’en apprendre beaucoup au sujet de l’environnement. Nous essayons d’en apprendre au sujet du type de sol ici, qui est très différent de celui de l’Australie, de même que sur l’eau souterraine. Nous voulons étudier cela parce que nous voulons être certains de ne pas contaminer le sol et qu’il n’y aura pas d’impact sur les communautés», explique-t-elle.

Ce sera la seule étude sur le campus de l’UQTR, cet été. Par la suite, les recherches se déplaceront à Bécancour ou des restes humains et porcins seront étudiés. «Ces restes seront dans des installations séparées pour des questions éthiques», précise-t-elle.

La mise en oeuvre du laboratoire de Bécancour devrait se faire au cours de l’été ou au début de l’automne. L’UQTR attend toujours sa certification environnementale. «Dès que nous aurons cette certification, nous commencerons la construction. Quand ce sera ouvert, nous pourrons alors recevoir nos premiers donneurs», dit-elle.

Il faut donc que les chercheurs démontrent que leurs travaux scientifiques ne produiront pas de contamination sur place, dit-elle. «Les autorités nous ont beaucoup aidés et se sont assurées que nous allions suivre les consignes. Nous travaillons en collaboration pour nous assurer que tout soit fait dans les règles», précise-t-elle.

Ces recherches, rappelons-le, ont reçu l’aval du Mapaq, du MELCCC, de la Santé publique et du Comité de développement durable de l’UQTR.