Pierre-Marc Ledoux a fait 42 km sur un rameur, samedi, pour recueillir des fonds pour la Maison Carignan et honorer la mémoire de son frère Pascal, décédé l'an dernier d'une surdose.
Pierre-Marc Ledoux a fait 42 km sur un rameur, samedi, pour recueillir des fonds pour la Maison Carignan et honorer la mémoire de son frère Pascal, décédé l'an dernier d'une surdose.

Ramer pour combattre la dépendance [VIDÉO]

Matthieu Max-Gessler,  Initiative de journalisme local
Matthieu Max-Gessler, Initiative de journalisme local
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Une quarantaine d’athlètes se sont réunis samedi après-midi chez Synergy Performance, à Trois-Rivières, pour un événement sportif au profit de la Maison Carignan. Ils répondaient ainsi à l’appel de Pierre-Marc Ledoux, qui s’était lancé le défi de faire 42 km de rameur, à la mémoire de son frère Pascal, décédé d’une surdose il y a bientôt un an alors qu’il se trouvait dans l’Ouest canadien.

Au départ, M. Ledoux pensait qu’il serait seul à ramer, avec son entraîneur, Raphaël Gauthier (propriétaire de Synergy performance), pour cet événement. Il a finalement été victime de son propre succès. Une quarantaine de personnes l’ont rejoint pour ramer ou courir.

«Ça a pris une belle envergure. C’est le fun de voir tout ce monde-là», se réjouit-il.

Les athlètes participants étaient invités à donner à la Maison Carignan. La collecte de fonds est par ailleurs ouverte à la population en général. Samedi matin, plus de 3000 $ avaient déjà été recueillis, notamment sur la plateforme canadahelps.org.


Le sport, un allié contre la dépendance

Le défi sportif lancé par Pierre-Marc Ledoux cadrait tout à fait avec la philosophie de la Maison Carignan, qui mise en partie sur l’activité physique pour aider ses résidents à vaincre leur dépendance.

«Ça fait partie des choses que j’ai essayé d’intégrer depuis deux ans, explique Valérie Piché, directrice générale du centre de thérapie. On organise des activités sportives sur une base régulière: on s’est équipés pour jouer au hockey cosom, on a un gym, une piscine et un terrain de volley-ball. D’intégrer l’exercice dans les saines habitudes de vie, pas nécessairement de façon compulsive, mais régulière, et avoir une certaine discipline là-dedans, ça fait partie des choses qu’on leur permet d’expérimenter et la majorité d’entre eux témoignent des effets positifs.»

«La consommation devient un outil pour plein de choses dans la vie (des résidents): gérer le stress, gérer ses émotions, aider à dormir, fêter, se sentir enivré. Mais l’activité physique permet de répondre de façon plus saine à tous ces besoins-là», ajoute-t-elle.

Samedi, trois résidents et deux collaborateurs de la Maison Carignan ont accompagné Mme Piché chez Synergy Performance pour prendre part au défi sportif.

«L’objectif est d’accoter au moins le temps, à défaut d’égaliser la distance de Pierre-Marc, en groupe. Pour mes résidents, c’est un défi. Un va faire 5 km, un autre 3 km. L’important, c’est qu’ils atteignent l’objectif qu’ils se sont fixé», indique la directrice générale.

L’argent recueilli lors du défi permettra d’ailleurs à la Maison Carignan d’acheter du matériel sportif et de remplacer certains équipements pour améliorer le confort des résidents.

Mettre fin aux tabous

Outre recueillir des dons pour la Maison Carignan, Pierre-Marc Ledoux souhaitait envoyer un message avec l’organisation de son défi sportif. Le décès de son frère lui a fait réaliser que la toxicomanie peut affecter n’importe qui, dans n’importe quel milieu.

«On a été chanceux, on a été élevés par des parents aimants qui nous ont tout donné. Mais il suffit de deux ou trois mauvaises décisions qui t’amènent dans un cercle vicieux. L’idée, c’est d’éliminer les tabous autour de la consommation et d’inciter les gens à en parler avant qu’il arrive quelque chose de fatal ou d’irréversible», souligne-t-il.

Pour lui, l’activité physique, en particulier les courbatures qui résulteront des 42 km qu’il souhaitait parcourir en rameur, est également un exutoire, une façon de vivre le deuil de son frère. C’est tout ce que lui souhaite Valérie Piché.

«Les grands oubliés de la dépendance, c’est l’entourage. Il y a beaucoup de personnes qui sont touchées par les problématiques du proche qui consomme. Alors pour eux, aujourd’hui, c’est une belle symbolique. Je leur souhaite de profiter de cet événement pour boucler cet événement dans leur vie, pour ensuite regarder en avant en conservant les bons souvenirs», souligne-t-elle.