Québec prêt à investir jusqu'à 300 millions $ dans la relance de Nemaska Lithium

Julien Arsenault
La Presse canadienne
Mathieu Lamothe
Mathieu Lamothe
Le Nouvelliste
MONTRÉAL — Québec est prêt à remettre jusqu'à 300 millions $ dans Nemaska Lithium, qui s'était placée à l'abri de ses créanciers en décembre dernier, afin de relancer l'entreprise désireuse d'exploiter une mine près de la Baie-James et une usine de transformation à Shawinigan, sur le site de l'ancienne usine Laurentide.
Le maire de Shawinigan, Michel Angers.

Au terme d'un processus qui s'est amorcé à la fin janvier, c'est la proposition de la société Orion, de la firme londonienne Groupe Pallinghurst et d'Investissement Québec (IQ) — qui a jusqu'ici perdu 71 millions $ dans l'aventure — qui a été retenue, a annoncé lundi la compagnie, qui a toutefois décliné les demandes d'entrevues.

Dans sa nouvelle mouture, la compagnie ne sera plus cotée en Bourse, une structure qui avait été critiquée à plus d'une reprise par le ministre de l'Économie, Pierre Fitzgibbon. L'État québécois et Pallinghurst détiendront Nemaska Lithium à parts égales et Orion demeurera le principal créancier garanti, à hauteur d'environ 135 millions $.

La reprise de l'entreprise par l'État québécois et deux autres partenaires signifie que les petits actionnaires de l'entreprise, parmi lesquels figurent des milliers de Québécois, vont complètement perdre leur mise, étant donné que la compagnie ne sera plus cotée en Bourse. Son titre avait été radié du parquet torontois en février dernier.

Sentiments partagés pour le maire de Shawinigan

Le maire de Shawinigan, Michel Angers, avoue être déchiré relativement à ce récent dénouement dans ce qui est en train de devenir une véritable saga.

«J'ai des sentiments partagés. Je suis heureux que Nemaska poursuive son aventure du côté de Shawinigan. Ça représente des emplois et des retombées économiques. Compte tenu qu'on s'en va vers l'électrification des transports, c'est tout à fait dans notre filière. On pense sincèrement que ça devait se faire ici. En contre partie, je suis très triste pour les petits investisseurs qui perdent leur argent. Il y a des gens de Shawinigan et de la Mauricie qui ont cru en ce projet et certains avaient investi beaucoup d'argent. Mais à cause des règles, il y en a qui ont été complètement balayés. Ça me rend extrêmement triste. J'en connais plusieurs personnellement», souligne-t-il.

Le maire confirme qu'il a été informé de la nouvelle par le ministre Fitzgibbon lui-même, lundi avant-midi.

«Il a toujours été très ouvert avec moi et m'a toujours tenu informé des différentes situations», poursuit-il.

Il salue de plus la volonté du gouvernement de tout faire en son pouvoir pour que le développement de cette filière énergétique se fasse au Québec.

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L'injection d'argent frais pourrait atteindre 600 millions $, mais les deux actionnaires allongeront d'abord une première tranche de 95 millions $ à la clôture, prévue pour le 15 octobre. La Cour supérieure du Québec, qui supervise le dossier, devra donner son aval dans le cadre d'une audience prévue vers la mi-septembre.

«On va y aller étape par étape, a expliqué M. Fitzgibbon, au cours d'un entretien téléphonique. Nous voulons compléter les études qui n'ont pas été finalisées et pour déterminer à quel rythme nous allons construire la mine et l'usine. Le reste [du financement] devrait être plus facile à trouver plus tard.»

Une débâcle

Nemaska Lithium souhaitait transformer, dans une usine électrochimique à Shawinigan, du minerai de spodumène extrait de la mine Whabouchi en sels de lithium à valeur ajoutée. Ces derniers devaient ensuite être vendus à des fabricants de matériaux de cathodes destinés aux batteries rechargeables au lithium-ion.

Initialement estimée à 875 millions $, la facture du projet avait bondi à plus de 1,2 milliard $ en raison des dépassements de coûts, révélés l'an dernier. Au moment de se tourner vers la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC), le 23 décembre, la société était à la recherche de 1,1 milliard $ pour compléter le montage financier de son projet.

À ce moment, IQ était le plus important actionnaire, avec une participation d'environ 13 % acquise en échange d'un investissement de 80 millions $.

Conscient du risque de réinjecter de l'argent, M. Fitzgibbon a dit souhaiter la réalisation de la mine et de l'usine de transformation, soulignant que cela s'inscrivait dans la stratégie de son gouvernement visant à développer une filière du lithium — un projet qui pourrait nécessiter jusqu'à 7 milliards $.

«La clé, c'est de conserver au Québec le plus de transformation possible, a dit le ministre. Dans ce contexte, on ne peut pas avoir une compagnie (cotée en Bourse). La nouvelle mouture nous permettra d'être plus patients.»

L'an dernier, Pallinhurst avait négocié un investissement potentiel pouvant atteindre jusqu'à 600 millions $ dans la compagnie, mais cela ne s'était pas concrétisé. M. Fitzgibbon a indiqué que la présence de la société à la Bourse de Toronto était problématique.

Cette structure n'intéressait pas les investisseurs qui ont étudié le dossier lorsque l'entreprise était à l'abri de ses créanciers, a ajouté le ministre.

«Si le gouvernement s'était montré intéressé à conserver cette structure [la présence en Bourse], le milliard de dollars qu'il faudra mettre, on aurait dû l'assumer tout seul. Je trouve cela inacceptable.»

Structure

Au moins huit soumissionnaires s'étaient qualifiés et avaient le droit de soumettre une offre. Nemaska Lithium n'a pas voulu préciser le nombre de propositions reçues.

L'offre prévoit le transfert d'actifs et de certains passifs — d'au moins 146,5 millions $ — dans une nouvelle structure. Nemaska Lithium devra également négocier une proposition avec ses créanciers. Généralement, ces derniers devraient obtenir moins que ce qui leur est dû. Les quelque 35 employés devraient conserver leur emploi.

Puisque les activités de l'entreprise sont au neutre, il n'y a pas de président à l'heure actuelle. C'est Jacques Mallette qui dirige le conseil d'administration. M. Fitzgibbon a indiqué que le président devrait être recruté au Québec.

Décision dénoncée par la Fédération canadienne des contribuables

La Fédération canadienne des contribuables (FCC) dénonce la décision du gouvernement Legault de verser 300 millions $ de l’argent des contribuables dans Nemaska Lithium.

«En moins d’une semaine, l’opinion du ministre Pierre Fitzgibbon sur Nemaska Lithium est passé d’une “patente à gosse” à un investissement rentable, indique Renaud Brossard, directeur pour le Québec de la FCC. Ça doit être une sorte de record d’acrobatie».