Antoine Gagnon et son avocat, au palais de justice de Québec, le 18 novembre dernier

Procès de la poupée-enfant: Antoine Gagnon, consommateur avisé ou client ignorant?

Antoine Gagnon a magasiné soigneusement, acheté et fait livrer chez lui une poupée sexuelle aux allures d’enfant, soutient la Couronne. Antoine Gagnon s’est procuré une poupée érotique légale, de petite taille, à faible poitrine, rétorque la défense.

Le procès de l’ex-avocat Antoine Gagnon, 31 ans, s’achève mercredi avec les plaidoiries.

La procureure de la Couronne Me Valérie Lahaie insiste sur le fait que la preuve circonstancielle, essentiellement informatique, écarte toute possibilité que Gagnon se soit trompé dans son achat en avril 2017 ou que la compagnie chinoise ait erré dans la livraison du colis. « Il avait la connaissance du matériel commandé », martèle la procureure.

En raison du statut d’avocat du suspect, les policiers avaient un mandat très restreint pour fouiller les ordinateurs de Gagnon lors de la perquisition. « Pour un mandat aussi limité à des mots clefs, et avec deux ordinateurs réinitialisés la veille, on obtient quand même 3600 recherches pertinentes à l’achat d’une poupée sexuelle enfant », fait remarquer Me Lahaie.

Antoine Gagnon a lui-même tapé sur son clavier les mots « 100 cm sex doll » ou « small breast sex doll ». Il est allé sur des forums et des sites montrant des enfants et adolescentes en tenues légères.

Aux yeux de la Couronne, il ne fait aucun doute que la poupée sexuelle livrée à Gagnon par un enquêteur de la police de Québec déguisé en employé de UPS a les caractéristiques d’une enfant. Sa grandeur, ses mains menues, ses traits graciles, l’absence de poils pubiens et la poitrine non-développée sont à l’image d’une enfant, affirme Me Lahaie.

Antoine Gagnon a choisi de ne pas témoigner et de ne pas présenter de défense.

Son avocate Me Kamy Pelletier plaide que la Couronne n’a pas pu présenter une pièce importante du casse-tête, la preuve de la connaissance qu’avait son client de la nature de l’objet.

Le ministère public n’a pas pu montrer au tribunal le site web consulté par Antoine Gagnon pour procéder à l’achat ni ce que l’accusé voyait à l’écran au moment de commander.

Sur la boîte, jamais ouverte par Gagnon, nulle inscription ne laisse entendre que la poupée en silicone prend la forme d’une poupée enfant.

«Il a écrit « small breast », est-ce que ça nous amène nécessairement à penser qu’il voulait une poupée de moins de 18 ans? demande Me Pelletier. Il est raisonnable de conclure qu’il voulait une poupée de petite taille, à faible poitrine. »

Pour son achat et ses communications avec UPS, Antoine Gagnon a utilisé son adresse courriel usuelle, à son nom. Il a fait livrer le colis à son logement du quartier Saint-Jean-Baptiste et a fourni des pièces d’identité pour la livraison. Tout ceci est incompatible avec quelqu’un qui pense agir dans l’illégalité , affirme l’avocate de la défense.

Les plaidoiries se poursuivent mercredi après-midi.

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