Pour le vice-président et directeur général de Prévost, François Tremblay, la diversification demeure la clé pour les prochaines années qui mèneront vers son centenaire l’entreprise qui emploie 2200 travailleurs et produit 800 autocars par an.

Prévost en route vers son centenaire

Le fabricant d’autocars Prévost célébrait samedi son 95e anniversaire en organisant une visite de son usine de Sainte-Claire de Bellechasse, à laquelle quelques milliers de personnes ont pris part. Pour le vice-président et directeur général de l’entreprise, François Tremblay, la diversification demeure la clé pour les prochaines années qui mèneront vers son centenaire l’entreprise qui emploie 2200 travailleurs et produit 800 autocars par an.

«À court terme, on regarde beaucoup vers la possibilité qu’il y ait un ralentissement économique en 2020. Certains segments sont plus exposés, mais notre entreprise est maintenant tellement diversifiée que ça devrait aider à faire face à la situation», explique M. Tremblay.

Prévost produit bien sûr des autocars intercité, étant un fournisseur majeur de compagnies comme Keolis et Greyhound, mais également les véhicules nolisés utilisés pour les tours de ville, des véhicules convertis pour le monde des tournées musicales et de véritables maisons motorisées vendues plus de 3 millions $ pièce. «Des maisons motorisées, nous en vendons une soixantaine par an», indique François Tremblay, ajoutant aussi que le marché des navettes pour les entreprises technologiques de Silicon Valley est aussi en plein développement.

Des milliers de personnes ont visité samedi l'usine de Sainte-Claire de Bellechasse.

Marché émergent

«C’est un marché émergent dans lequel il y a énormément d’avenir. Vous vous rendez compte que Facebook aura bientôt une flotte de 1000 véhicules, ce qui est presque autant que les 1200 que compte un transporteur comme Greyhound en Amérique du Nord? Ces entreprises comme Facebook, Google et Amazon, ont des employés qui résident loin de leur lieu de travail en raison du coût de la vie qui est prohibitif dans les environs des sièges sociaux. Ces travailleurs perdaient deux heures par jour à se rendre au travail en voiture et les navettes que nous fabriquons sont équipées pour leur permettre de travailler à bord. Google, par exemple, peut payer 3500 $ de frais de Wi-Fi par mois sur ces autocars», illustre-t-il.

Bientôt, Prévost ouvrira d’ailleurs un centre de service de 66 000 pieds carrés à Hayward, près de San Francisco, pour desservir les autocars achetés par les compagnies technos. «Le service est l’un des enjeux dans ce secteur, car ces entreprises, contrairement aux autres avec lesquelles nous faisons affaire, ne sont pas des opérateurs. Notre nouveau centre aura comme clients ces entreprises technologiques, mais aussi celles qui achètent des autobus nolisés et on pourra aussi même faire le service pour des véhicules fabriqués par nos compétiteurs», poursuit François Tremblay. 

Il ne cache pas non plus que Prévost, avec l’aide du service de recherche et développement de la maison-mère Volvo, explore actuellement beaucoup les nouvelles technologies dans la foulée de la tendance qui va vers l’électrification des transports. «On ne fabrique pas encore d’autocar électrique, la technologie n’est pas encore mature, mais ce sont des options que nous n’avons pas le choix d’analyser.»

Le marché des navettes pour les entreprises technologiques de Silicon Valley est aussi en plein développement.

Croissance américaine

C’est d’ailleurs beaucoup du côté des États-Unis, où Prévost réalise 80 % de son chiffre d’affaires mais ne détient qu’environ 35 % du marché, que se dessine la croissance future de l’entreprise qui occupe déjà 85 % du marché canadien. Son usine de Plattsburgh, près de la frontière américaine, devrait contribuer à lui permettre de mieux faire face aux exigences du Buy American Act, qui passeront de 65 % à 70 % de contenu américain le 1er octobre. 

L’entreprise produit une centaine d’autocars par an dans son usine du Mexique et environ le même nombre à Plattsburgh alors que la majorité de la production se fait toujours à Sainte-Claire. «En ayant une diversité de fournisseurs, nous pouvons en utiliser certains pour répondre aux exigences du Buy American Act et les autres pour nous permettre de diminuer nos coûts de production», explique M. Tremblay.

Quant à la pénurie de main-d’oeuvre qui frappe plusieurs entreprises québécoises, Prévost se tire également bien d’affaire présentement, mais ses dirigeants demeurent lucides. «Une journée comme aujourd’hui, ça sert entre autres à faire connaître la compagnie. Nos travailleurs ont une moyenne d’ancienneté de 20 ans, alors on sait qu’il y en aura bientôt plusieurs qui partiront à la retraite. C’est pour ça qu’on accélère le recrutement et qu’on analyse divers scénarios, comme notamment la flexibilité au niveau du temps de travail, pour attirer et garder nos travailleurs.» 

Et pour des spécialités où la main-d’oeuvre se fait plus difficile à trouver, comme la soudure, Prévost doit aussi se démarquer, car elle est en compétition avec des employeurs comme les chantiers Davie. Prévost recrute maintenant aussi à l’international : France, Tunisie, Royaume-Uni, Brésil, pour certains métiers, notamment des mécaniciens qui sont aussi devenus une denrée rare.