La direction de Chantier Davie ainsi que le syndicat répètent depuis deux mois que le départ du navire pétrolier ravitailleur Asterix provoquera une saignée dans les rangs des 1300 employés du chantier et des 1311 salariés à l’emploi des fournisseurs de l’entreprise.

Première vague de mises à pied chez Davie

C’était écrit dans le ciel. Chantier Davie procède à de premiers licenciements. Cent treize travailleurs ont appris jeudi, en fin de journée, qu’ils étaient temporairement mis à pied.

Une cinquantaine d’employés contractuels du chantier maritime de Lévis subissent le même sort.

Et ce n’est pas fini.

Pas moins de 350 autres travailleurs seront renvoyés à la maison la semaine prochaine, ont confirmé au Soleil la direction de Chantier Davie et le Syndicat des travailleurs du chantier naval de Lauzon (CSN) en milieu de soirée.

«Nous savions que les mauvaises nouvelles allaient nous tomber dessus, mais nous n’abandonnons pas. Nous continuons de maintenir la pression sur le gouvernement fédéral. Il faut demeurer positifs», a déclaré le président du syndicat, Régent Guay.

Le scénario catastrophe anticipé est en train de se produire.

La direction du chantier ainsi que le syndicat répètent depuis deux mois que le départ du navire pétrolier ravitailleur Asterix provoquera une saignée dans les rangs des 1300 employés du chantier et des 1311 salariés à l’emploi des fournisseurs de l’entreprise.

Ils ont laissé entendre que les pertes d’emploi pourraient toucher jusqu’à 800 travailleurs. Un premier contingent de 500 avant la fin du mois de novembre. Et 300 autres tout juste avant Noël.

Chantier Davie a des visées sur des contrats du gouvernement fédéral totalisant 12 milliards $.

À court terme, par contre, Davie attend le feu vert d’Ottawa pour la construction du petit frère de l’Asterix, l’Obelix. Le chantier livrera, dans les prochains jours, l’Asterix à la Marine royale canadienne. Un navire construit dans un court délai d’un peu plus de deux ans et en respectant le budget de 650 millions $.

Or, la Marine royale canadienne a besoin rapidement d’un deuxième pétrolier ravitailleur. Ceux qui seront construits au chantier Seaspan, en Colombie-Britannique, ne seront disponibles qu’au milieu des années 2020.

Pour Davie, seule l’autorisation d’Ottawa pour la mise en chantier de l’Obelix permettra d’éviter les 800 mises à pied. L’entreprise a déjà une option d’achat sur un autre vraquier commercial à convertir qui pourrait se pointer à Lévis dans une dizaine de jours dès qu’Ottawa aura donné sa bénédiction.


Nous savions que les mauvaises nouvelles allaient nous tomber dessus, mais nous n’abandonnons pas. Nous continuons de maintenir la pression sur le gouvernement fédéral. Il faut demeurer positifs
Régent Guay, président du Syndicat des travailleurs du chantier naval de Lauzon
Régent Guay, président du Syndicat des travailleurs du chantier Davie, savait bien que des mises à pied seraient bientôt annoncées, mais ne désespère de convaincre le fédéral d’accorder des contrats à l’entreprise.

La mobilisation en crescendo

«Nous sentons qu’une solide unanimité est en train de se bâtir, mais il faut continuer de frapper sur le clou», affirmait, jeudi, Pierre Drapeau, le président de la Fondation Chefs d’entreprises.

Cette organisation a pris les devants afin de mobiliser le milieu des affaires de la région de Québec derrière la bataille menée par le chantier maritime de Lévis en vue de l’obtention d’une lettre d’intention du gouvernement fédéral pour débuter la construction d’un deuxième pétrolier ravitailleur pour la Marine royale canadienne.

Un comité de vigie vient tout juste d’être créé à cette fin.

Tour à tour, ces dernières semaines, l’Assemblée nationale, les partis d’opposition à la Chambre des communes, les chambres de commerce de la région ainsi que les maires de Québec et de Lévis, Régis Labeaume et Gilles Lehouillier, ont manifesté fermement leur appui à Chantier Davie.

La semaine prochaine, la mobilisation va monter d’un cran, a mentionné Pierre Drapeau au cours d’une conférence téléphonique.

Au conseil municipal lundi

Lundi, le maire de Lévis doit faire une autre sortie en faveur de la Davie. En soirée, des fournisseurs du chantier — ils sont plus de 400 dans la région de Québec — se pointeront à la séance du conseil municipal pour montrer leur solidarité.

Mercredi matin, des centaines de travailleurs de la Davie se rassembleront devant l’Assemblée nationale pour appuyer la cause de leur employeur.

Deux jours plus tard, des fournisseurs de la Davie se réuniront au Port de Québec pour saluer le départ de l’Asterix vers Halifax où les derniers tests en mer seront réalisés. Une activité publique pourrait aussi se tenir au même endroit au cours de laquelle la population de la région de la capitale pourrait aller admirer le vraquier converti en pétrolier ravitailleur au coût de 650 millions $, soit le quart du prix d’un navire neuf.

Enfin, le 3 décembre à 13h, le Conseil central de Québec Chaudière-Appalaches de la CSN convie la population à une marche de solidarité dans les rues de Lévis pour inviter le gouvernement de Justin Trudeau à accorder au Québec et à Chantier Davie sa juste part des contrats de la Stratégie nationale de construction navale.