Possible contamination de deux départements de l'hôpital de Chicoutimi par une infirmière

Le CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean n’a pas respecté les consignes ministérielles et fait maintenant face à une possible contamination des départements de pneumologie et de neurologie de l’hôpital de Chicoutimi. Une infirmière ayant effectué un quart de travail au CHSLD de la Colline, maintenant atteinte de la COVID-19, a travaillé dans ces services alors qu’elle ne présentait pas de symptômes de la maladie.

Le scénario de cette chaîne de contamination ressemble étrangement à celui qui a donné naissance à l’éclosion au CHSLD de la Colline en début du mois d’avril. Une personne asymptomatique a circulé dans le CHSLD et a propagé le virus sans le savoir avec le résultat que l’on connaît aujourd’hui.

La présidente de la FIQ du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Julie Bouchard, a expliqué le scénario. La jeune infirmière a fait un premier quart de travail vendredi dernier au CHSLD de la Colline où elle a été infectée. Elle a été déplacée vers le département de pneumologie et neurologie de l’hôpital de Chicoutimi pour les journées de samedi et dimanche.

Toujours selon la présidente, l’infirmière a informé le service de remplacement de l’hôpital (elle est membre de l’équipe volante) de sa situation. On lui a malgré tout indiqué qu’elle devait rentrer travailler à l’hôpital samedi et dimanche.

Sur sa page Facebook, l’infirmière a tenu à rectifier des faits. Elle a donc indiqué qu’elle n’a senti aucun symptôme de la maladie avant dimanche soir. Elle a passé un test qui a confirmé qu’elle avait effectivement été infectée et devra mise à l’écart du travail pour un certain temps.

Le cas de cette infirmière ne fait que s’ajouter à un certain nombre de situations révélées par les médias de la région qui faisaient état d’assignations au CHSLD de la Colline malgré le niveau élevé de contamination pour ensuite se faire intimer l’ordre de travailler dans un autre endroit.

Ce fut le cas avec un préposé aux bénéficiaires qui y avait été dépêché jeudi dernier, avec l’obligation de faire ses deux quarts de travail régulier à l’hôpital de La Baie samedi et dimanche. Une autre préposée avait quant à elle fait un quart à de la Colline avant d’être assignée dès le lendemain en oncologie à l’hôpital de Chicoutimi.

La présidente de la FIQ régionale déplore évidemment la façon dont est appliquée la consigne ministérielle. Cette situation provoquerait encore le retrait d’un nombre important de soignants, alors que tout le monde fait des pieds et des mains pour trouver les ressources nécessaires pour remplacer le personnel du CHSLD de la Colline qui tombe comme des mouches.

Dans le bilan quotidien de jeudi, la Santé publique confirme la contamination de 4 autres membres du personnel pour atteindre 52 cas en plus des 46 résidents.  Il faut 122 soignants (infirmières, infirmières auxiliaires et préposées) pour desservir les résidents de la Colline. Près de 50% du personnel a été contaminé. Ce qui signifie qu’une personne saine qui entre dans le CHSLD a pratiquement 50 % de chance de se faire contaminer.

Cette affaire saute au visage de la direction du CIUSSS alors que depuis déjà une semaine, la FIQ fait des pieds et des mains pour intégrer les inhalothérapeutes aux équipes de soins afin d’aider à limiter ces déplacements entre les sites. Selon Julie Bouchard, il y a 70 inhalothérapeutes à temps partiel au CIUSSS. On peut facilement, selon elle, en recruter tout près de 30 pour les assigner dans les équipes et certains ont même contacté le syndicat pour travailler au CHSLD de la Colline.

«C’est historique et culturel, la Direction des soins infirmiers et la Direction des services ‘‘multi’’ sont en réflexion. On pourrait m’expliquer pourquoi des inhalothérapeutes de Québec travaillent en ce moment aux soins dans des CHSLD de Montréal et qu’ici, on refuse qu’ils aient accès à ces postes.»

La présidente de la FIQ assure que ces professionnels en soins ont la formation adéquate pour travailler auprès des personnes âgées. Elles ont même des droits d’exercice pour la distribution de médicaments puisqu’elles peuvent le faire dans les blocs opératoires. 

«On propose de les utiliser pour enseigner aux gens comment porter les équipements de protection. Les inhalothérapeutes seraient beaucoup plus utiles dans les équipes de soins auprès des résidents», tranche Julie Bouchard.

Dans l’entrevue qu’elle accordait au Quotidien mercredi, la présidente et directrice générale du CIUSSS, Julie Labbé, affirmait qu’il était effectivement préférable de ne pas faire de déplacement d’employés entre des sites chauds et des établissements où il n’y a pas de contamination. Elle a cependant précisé que la directive pourrait être transgressée pour éviter une rupture de services.

La Santé publique a donc entrepris une enquête. Elle devra contacter tous les patients soignés par l’infirmière ainsi que ses collègues de travail.