La résidence des Bâtisseurs de Louiseville
La résidence des Bâtisseurs de Louiseville

Portrait sombre de la résidence des Bâtisseurs: «Personne ne veut ça pour ses parents»

LOUISEVILLE — Épisodes d’intimidation de résidents, des résidents au sol pendant des heures après une chute en raison d’un système de sécurité qui semble inefficace, une communication déficiente entre la direction et les bénéficiaires et une mauvaise qualité de nourriture, le portrait de la résidence des Bâtisseurs brossé par des résidents et des familles est loin d’être rose.

Depuis quelques jours, des informations recueillies par Le Nouvelliste concernant cette résidence pour personnes âgées de Louiseville laissent entendre que la résidence éprouverait de sérieux problèmes de qualité de services bien que les coûts de location varient de 1800 $ à près de 3000 $ par mois. Les gens se plaignent de l’absence d’activités récréatives qui pourraient être offertes en pandémie, de la fermeture de la salle à manger et de l’inefficacité d’un nouveau système de communication qui permet à un bénéficiaire de parler rapidement à du personnel s’il se trouve en mauvaise posture. Selon certaines sources, quatre personnes sont tombées récemment dans leur logement et le personnel a tardé à répondre à la situation parce que le système de communication ne fonctionne pas.

«Il n’y a pas de service à cause des employés. Le directeur travaille pour économiser de l’argent. Et la nourriture est livrée dans des plats de styromousse. Ce n’est pas bon. Je la tire aux vidanges. La majorité des gens jettent leur nourriture dans la chute à vidanges qui a déjà bloqué», raconte une personne résidente de l’endroit qui affirme avoir déjà expérimenté l’inefficacité du système de sécurité.

Une autre personne qui réside aux Bâtisseurs, et qui veut elle aussi demeurer anonyme par peur de représailles, confirme que les cas d’intimidation envers des résidents, de manque de communication avec la direction et de mauvaise nourriture sont bien réels.


« Tout ça est exact. Je connais une dame qui vit ici. Elle en pleure, tellement elle n’est pas heureuse. »
Une résidente

«Le monde a peur. Le directeur peut dire n’importe quoi aux gens. Il est intimidant envers des résidents. La direction ne veut pas de comité de résidents. Le ménage est maintenant fait aux trois semaines au lieu de deux semaines, mais la direction ne baisse pas nos loyers. Les montres de sécurité, on paie. Et la direction n’a pas de respect pour ses employés. Les employés font du bon travail, mais il y a un roulement parce qu’ils sont au salaire minimum», ajoute une autre personne qui réside aux Bâtisseurs et qui demande aussi l’anonymat par crainte de représailles.

D’autres témoignages appuient les problèmes de manque de sécurité, de piètre qualité de nourriture et de communication déficiente avec la direction. 

«Tout a été déclenché avec la pandémie. Les Bâtisseurs ont décidé d’économiser. Ils ont fermé la salle à manger. Dans d’autres résidences, les gens mangent dans les salles à manger avec la distanciation. Ici, les résidents mangent de la scrap: de la bouffe commerciale, des beignes durs, du bœuf dur. Ces gens-là ont tous des prothèses dentaires. La chute à vidanges a bloqué jusqu’au troisième étage par les restants de nourriture. On avise la direction. Ils ne retournent pas nos appels, nos courriels. Ils s’en câlissent. Mais ça ne peut pas durer. Ils sont en train de les mettre fous! Personne ne veut ça pour ses parents», confie une personne dont un membre de la famille vit aux Bâtisseurs et qui se promet de déposer une plainte à la commissaire aux plaintes du CIUSSS régional.

Une autre personne ayant un proche aux Bâtisseurs affirme voir son état décliner depuis un certain temps.

«Ce sont des appartements très bien. Mais le problème majeur est qu’il y a un roulement de personnel incroyable. Le personnel est dévoué, mais sous-payé. Alors, ces gens quittent. Pour la nourriture, c’est exécrable. Et le directeur est autoritaire. Il fait peur à des gens. C’est sa manière de s’exprimer. La fille et le petit-fils d’une résidente, qui vit au quatrième étage, ont chanté avec un micro (à partir du sol) pour son anniversaire. La dame a été réprimandée par le directeur. La direction a un gros manque de communication. Elle veut faire des sous sur le dos des résidents.»

«Il y a un climat de tension dans la bâtisse. Les gens ne parlent pas, ils ont peur des représailles. Depuis la COVID, il se passe des choses étranges. Les échanges sont difficiles avec la direction. On ne retourne pas les appels», raconte une personne ayant de la famille à cette bâtisse, mais qui a requis l’anonymat.

La résidence des Bâtisseurs a ouvert ses portes en 2015 grâce à un investissement de 10 millions de dollars. Cette première phase comprend 97 unités. La deuxième phase a été réalisée en 2019 par le biais d’un investissement de sept millions de dollars. Quelque 85 unités ont alors été ajoutées.

Le Nouvelliste n’a pu obtenir les commentaires de Claude Lévesques, directeur général des Bâtisseurs de Louiseville, ni d’autres représentants de la résidence.