Le portier Victor Robitaille Drouin, le col de chemise largement ouvert, un mouchoir chic dans sa poche de veston, déambule calmement dans les corridors du palais de justice de Québec, en souriant à son avocat.

Portier du bar de danseuses Le Folichon accusé de voies de fait graves

Le 12 février 2014, Frédéric Bélanger a suivi une journée de formation. Il a soupé dans une brasserie avec une amie, puis a fini la soirée au bar de danseuses Le Folichon. Son souvenir suivant est d’être assis dans un fauteuil roulant à l’Institut de réadaptation en déficience physique de Québec (IRDPQ).

L’avocat de 39 ans, père de deux enfants, n’a aucun souvenir du coup qui l’a plongé dans le coma durant plus d’un mois et l’a confiné en centre de réadaptation durant cinq mois. Il ne cherche pas à retrouver la mémoire et ne veut pas voir les images que la Couronne va présenter en cour. 

Les séquences tirées des caméras de surveillance du cabaret érotique sont la principale preuve contre Victor Robitaille Drouin, 34 ans, ancien portier du Folichon, accusé de voies de fait graves sur le client.

Frédéric Bélanger n’a que des flashs de sa soirée; l’arrivée au vestiaire et une commande d’alcool à une serveuse. Il ne sait pas combien de consommations il a enfilées dans la soirée, outre les deux bouteilles de vin commandées à la brasserie. La collègue qui faisait la fête avec lui ce soir n’a pas davantage de souvenirs. 

La préposée au vestiaire Fabienne Susa St-Jacques se rappelle de ce duo bien mis, arrivé au Folichon vers 21h. Deux ou trois heures plus tard, l’employée entend des serveuses se plaindre du comportement de Frédéric Bélanger. Le client serait devenu dérangeant avec les danseuses, explique-t-il. Selon la défense, le client aurait accumulé pour 500 $ de facture de danse.

Vers 0h30, le portier Victor Robitaille Drouin annonce au client qu’il doit l’expulser pour non-­respect des règles de l’établissement. Frédéric Bélanger aurait protesté et lancé des insultes au portier.

Le portier en serait venu à pousser le client et à l’amener vers l’extérieur. Frédéric Bélanger est tombé. Selon la préposée au vestiaire, le client riait après sa chute.

Fabienne Susa St-Jacques n’a pas vu ce qui s’est passé à la sortie du cabaret. Sur la caméra de surveillance, elle verra toutefois le client étendu au sol. La police et les ambulances seront appelées.

Un client présent au bar Le Folichon le soir du 12 février 2014, Mohamed Ali Darwich, a plaidé coupable à des voies de fait sur Frédéric Bélanger. Il n’a pas été précisé à la cour à quel moment ce coup a été porté. Darwich aurait aussi frappé la collègue de M. Bélanger qui a subi une commotion cérébrale. 

Cinq mois de réadaptation

Frédéric Bélanger a été plongé dans le coma durant quatre à cinq semaines à l’hôpital L’Enfant-Jésus. Il a subi un traumatisme crânien avec hémorragie interne. 

Il a repris contact avec la réalité une fois hébergé à l’IRDPQ, où divers spécialistes l’ont aidé à recommencer à marcher, à se tenir droit et à avoir une élocution normale. 

Il a pu recommencer à travailler seulement en juillet 2015. «Avant ça, je me fatiguais très vite, explique M. Bélanger. J’avais hâte de reprendre ma vie normale, j’y ai toujours crû, même si les spécialistes n’en étaient pas convaincus.»

Acquitté 

En 2016, Robitaille Drouin et un collègue portier ont été acquittés de voies de fait commis sur six clients du Folichon en décembre 2013. Le juge avait accepté la thèse de la légitime défense.

Robitaille Drouin, le col de chemise largement ouvert, un mouchoir chic dans sa poche de veston, déambule calmement dans les corridors du palais de justice de Québec, en souriant à son avocat. Il accepte de bonne grâce de s’asseoir plus loin dans la salle d’audience pour faciliter le témoignage du plaignant.

Le procès se poursuit toute la semaine.