Daniel Brière et sa conjointe, Sylvie Lévesque, estiment qu’un policier qui leur a remis un constat d’infraction pour exceès de vitesse, lundi soir, n’a pas respecté les directives de la Santé publique lors de son intervention.
Daniel Brière et sa conjointe, Sylvie Lévesque, estiment qu’un policier qui leur a remis un constat d’infraction pour exceès de vitesse, lundi soir, n’a pas respecté les directives de la Santé publique lors de son intervention.

Port du masque: les policiers «doivent montrer l’exemple», croit un citoyen

TROIS-RIVIÈRES — Alors que le port du masque est devenu obligatoire dans les lieux publics fermés et que la Santé publique fait des pieds et des mains pour que les travailleurs portent de l’équipement de protection personnel (masque et visière), un résident de Notre-Dame-du-Mont-Carmel déplore que des policiers soient intervenus auprès de lui, lundi, sans respecter les directives de la santé publique.

L’incident est survenu lundi soir, à Nicolet. M. Brière et sa conjointe circulaient en voiture sur le boulevard Louis-Fréchette, lorsqu’ils ont été interceptés par des policiers de la Sûreté du Québec (SQ) pour un excès de vitesse. Or, au grand désarroi de M. Brière, les deux agents ne portaient pas de masque, alors que l’un d’eux s’est approché à moins de deux mètres à deux reprises, soit pour prendre son permis de conduire et les papiers du véhicule, puis pour lui remettre un constat d’infraction.

«Je lui ai demandé (au policier) pourquoi il ne portait pas de masque et il m’a répondu que ce n’était pas nécessaire parce qu’il était dehors. Je lui ai dit: je mets un masque pour te protéger, alors pourquoi toi tu ne me protèges pas?», relate M. Brière, qui assure que sa conjointe et lui portaient un masque à ce moment.

M. Brière s’explique mal que les policiers, en particulier celui qui s’est approché à moins de deux mètres de lui, ne soient pas tenus de porter un masque, puisque selon lui, «ils doivent montrer l’exemple».

«Ce sont de grands vecteurs (de transmission), ils sont en contact avec un paquet de monde. Quand il m’a remis mes documents, il peut y avoir des postillons dessus, il peut les avoir contaminés», fulmine M. Brière.

«Mon délit (d’excès de vitesse) était beaucoup moins grand que le sien», ajoute-t-il.

Le Montcarmellois précise par ailleurs que deux membres de sa famille, sa tante et son oncle, sont décédés de la COVID-19.

M. Brière indique avoir contacté le poste de la SQ de Shawinigan pour porter plainte contre le policier en question. Il s’est toutefois fait répondre que la plainte serait traitée en déontologie policière si elle est déposée.

Pas requis «lors d’interventions brèves»

La SQ assure que ses patrouilleurs savent qu’ils doivent respecter les mesures sanitaires émises par la Santé publique. La durée prévue de l’intervention va toutefois dicter le niveau de précautions à prendre.

«Lors d’interventions de longue durée, comme une évacuation, un service d’ordre ou l’assistance aux ambulanciers, les policiers vont porter l’équipement de protection individuelle. Mais le port de cet équipement peut ne pas être requis lors d’interventions brèves, même lorsque la nature des interventions ne permet pas de respecter une distance de deux mètres», explique le sergent Claude Denis, porte-parole de la SQ.

M. Denis précise par ailleurs que les policiers sont invités à prendre des mesures de protection supplémentaires lors de ces interventions de brève durée. Pour l’émission d’un constat d’infraction au Code de la sécurité routière, par exemple, ils peuvent demander au conducteur de leur montrer son permis de conduire et les papiers du véhicule tout en gardant la fenêtre levée.

«Il peut arriver que le policier doive prendre les papiers, s’ils sont illisibles, par exemple», ajoute-t-il.

M. Denis conclut en assurant que la SQ a «mis en place plusieurs mesures de prévention supplémentaires sur les bonnes pratiques à adopter en temps de pandémie, pour modifier les méthodes d’intervention traditionnelles».

Maximum 15 minutes

Les directives émises par la SQ à ses patrouilleurs découlent des recommandations de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Dans un document destiné aux services policiers et agences de sécurité, et dont la dernière mise à jour remonte au 15 juin, on indique qu’«une intervention brève (moins de 15 min) à moins de deux mètres, avec une personne, ne nécessite pas de mesures supplémentaires». Le document donne d’ailleurs en exemple la remise d’un constat pour excès de vitesse.

Au paragraphe suivant, il est toutefois précisé qu’«au-delà de 15 minutes cumulées d’interactions à moins de deux mètres durant le quart de travail, le policier ou l’agent doit porter un masque de procédure médical de qualité et une protection oculaire (lunettes avec protection sur le côté ou visière) est recommandée».

Sur ce dernier point, le sergent Claude Denis indique que la réalité sur le terrain fait en sorte qu’il peut être difficile de respecter cette exigence.

Par ailleurs, dans son «Avis sur le port de la visière et du couvre-visage par les travailleurs» (12 mai 2020), le groupe de travail SAT-COVID-19 de l’INSPQ indique que «l’action de mettre et de retirer le couvre-visage de façon répétitive représentant autant d’occasions de contamination du visage par les mains, si l’hygiène des mains n’est pas rigoureusement respectée, organiser le travail de façon à minimiser le nombre de situations où le port du couvre-visage est requis ou envisager le port du couvre-visage prolongé sur de plus longues périodes» est recommandé.

Priorité à l’intervention

Du côté de la police de Trois-Rivières, la directive donnée aux policiers est similaire à celle inscrite dans le document de l’INSPQ. Les policiers ne sont pas tenus de porter un masque lorsque leur intervention dure moins de 15 minutes et s’ils peuvent respecter une distance d’un mètre et demi. Si cette durée et cette distance risquent de ne pas pouvoir être respectées, la Direction de la police de Trois-Rivières (DPTR) leur recommande alors de le porter.

Le corps policier rappelle cependant que des interventions de prime abord routinières peuvent se complexifier rapidement, ne laissant pas le temps aux policiers de revêtir leur couvre-visage.

«Si un policier n’a pas eu le temps de mettre un masque et qu’il intervient, par exemple, sur un cas de violence conjugale, il doit intervenir quand même», illustre le porte-parole de la DPTR, Luc Mongrain.

Quant à la directive de l’INSPQ concernant le cumul des interactions à moins de deux mètres de distance, M. Mongrain a indiqué ne pas être au courant de cette mesure. Elle n’a donc en aucun temps été transmise aux policiers trifluviens.

Sur le plan de la formation des policiers, celle-ci n’a pour le moment pas été modifiée pour intégrer les directives de la Santé publique. «Les informations en lien avec les directives de la santé publique sont transmises par l’entremise de directives opérationnelles par les corps de police auprès des patrouilleurs», indique Pierre St-Antoine, directeur général de l’École nationale de police du Québec.