Sur la vidéo en question, un homme agressait sexuellement un enfant de 18 mois. «Je n’ai jamais rien vu de pire que cette vidéo-là», a laissé tomber un enquêteur d’expérience à la lieutenante-détective Marie-Manon Savard, responsable de l’Unité de l’exploitation sexuelle contre les mineurs du SPVQ.  
Sur la vidéo en question, un homme agressait sexuellement un enfant de 18 mois. «Je n’ai jamais rien vu de pire que cette vidéo-là», a laissé tomber un enquêteur d’expérience à la lieutenante-détective Marie-Manon Savard, responsable de l’Unité de l’exploitation sexuelle contre les mineurs du SPVQ.  

Pornographie juvénile: l’indice qui a permis de sauver un enfant

Dans un camion de la police de Québec, des policiers spécialisés en crimes technologiques et des enquêteurs inspectaient le matériel informatique d’un homme arrêté pour possession de pornographie juvénile.

C’est là qu’ils ont vu la vidéo, perturbante même pour des policiers habitués à ce genre d’images. 

En ce 10 juin, l’Unité de l’exploitation sexuelle des mineurs du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) venait d’arrêter Brian Labrie-Poulin, 29 ans, chez lui dans Beauport. Des réseaux sociaux avaient dénoncé le suspect à quatre reprises pour du téléversement de fichiers de pornographie juvénile. 

À l’intérieur du camion du SPVQ stationné devant l’appartement de Labrie-Poulin, les deux policiers spécialisés en crimes technologiques accompagnés d’un enquêteur s’affairaient à extraire les données derrière tous les appareils connectés Internet saisis chez le suspect. Ils cherchaient les images liées aux dénonciations. Ils les ont vite trouvés, mais ont aussi repéré une vidéo qui allait entraîner une arrestation aux États-Unis. 

Sur la vidéo en question, un homme agressait sexuellement un enfant de 18 mois. «Je n’ai jamais rien vu de pire que cette vidéo-là», a laissé tomber un enquêteur d’expérience à la lieutenante-détective Marie-Manon Savard, responsable de l’Unité de l’exploitation sexuelle contre les mineurs du SPVQ.  

Mme Savard a vu elle-même une partie de la vidéo. Comme chaque fois qu’elle est témoin d’agressions sexuelles sur des enfants, elle s’est érigé une barrière psychologique. «Émotivement, c’est difficile, dit-elle. Mais il ne faut pas se rattacher à l’image, il ne faut pas projeter ça vers un des nos enfants ou petits-enfants». 

Reste que la vidéo était «extrême» et qu’elle risquait de provoquer des effets traumatiques. La lieutenante-détective a donc limité l’exposition des policiers aux images. Elle a aussi texté une psychologue attitrée au Module des crimes majeurs du SPVQ pour qu’elle rencontre ceux qui avaient été exposés aux images. 

«On peut voir quelque chose de très choquant qui nous fait rien, et le lendemain, voir une photo de modelling, très “de base” au niveau de la pornographie juvénile, et là, le cerveau peut craquer», remarque Marie-Manon Savard. 

Des coordonnées GPS

Malgré l’horreur des images, il y avait quand même de l’espoir. Les techniciens du SPVQ ont réussi à trouver les coordonnées GPS du lieu où la vidéo avait été tournée. 

Les policiers qui luttent contre la pornographie juvénile ont rarement accès à ce type d’indice, qui se perd au fil des milliers de partages des vidéos, notamment sur le dark web. Ils voient les images, mais n’ont pas souvent la possibilité de remonter jusqu’à la source pour sortir les victimes des griffes de leurs agresseurs, ce qui est le but premier de l’Unité de l’exploitation sexuelle contre les mineurs du SPVQ. 


« On peut voir quelque chose de très choquant qui nous fait rien, et le lendemain, voir une photo de modelling, très “de base” au niveau de la pornographie juvénile, et là, le cerveau peut craquer »
Marie-Manon Savard, responsable de l’Unité de l’exploitation sexuelle contre les mineurs du SPVQ

Chaque semaine ou presque, la police arrête ceux qui possèdent ou distribuent la pornographie juvénile. Mais ils épinglent rarement ceux qui la produisent, ce qui peut être très frustrant pour les policiers. «Chaque fichier de pornographie juvénile, c’est un enfant qui est agressé», rappelle Mme Savard. 

Les coordonnées GPS indiquaient que la vidéo avait été tournée à Phoenix, en Arizona. L’enquêteur au dossier, le sergent-détective Claude Poulin, a prévenu l’Équipe d’enquêtes sur l’exploitation sexuelle des enfants sur internet (ESEI) de la Sûreté du Québec, qui a averti le Centre national de coordination contre l’exploitation des enfants de la GRC, qui a alerté le Département de la Sécurité intérieure des États‑Unis. 

Deux jours après la perquisition chez Brian Labrie-Poulin, le SPVQ était informé qu’un homme avait été arrêté à Phoenix. «Ç’a été très rapide. Du moment où tout le monde sait qu’il y a un enfant en danger, on ne prend pas six mois à se virer de bord», dit Mme Savard. 

Le suspect en Arizona a avoué son crime, selon les informations reçues par le SPVQ. C’était le père de l’enfant, lequel subissait des agressions depuis sa naissance. 

C’était la première fois que l’Unité de l’exploitation sexuelle des mineurs contribuait à sauver une jeune victime aux États-Unis à partir d’une vidéo, un accomplissement très motivant pour l’unité, souligne Marie-Manon Savard. «C’est ce pour quoi on travaille jour après jour».