La procureure de la Couronne, Me Marie-Christine Savard, a plaidé qu’une peine de cinq ans de pénitencier était justifiée, devant l’atrocité des gestes.

Pornographie et agression en famille: le niveau d’implication de la mère évalué par le juge

« Comment est-ce qu’une mère peut donner sa fille de cette façon ? C’est ça que je devrai analyser. Imaginez-vous l’exercice de gymnastique que je vais devoir faire. » Le juge Michel Boudreault a pris en délibéré jusqu’au 18 mars le dossier de la femme coupable d’avoir eu des contacts sexuels avec sa fille et son neveu âgés de 10 ans, et d’avoir photographié son conjoint en pleins ébats avec ces deux enfants. La Couronne, qui demande cinq ans de pénitencier pour l’accusée, et la défense, qui demande plutôt deux ans à purger en société, ne s’entendent pas du tout sur le degré d’implication de la femme dans cette sordide histoire de famille.

Il y a quelques années, en héritant de la maison de son père, un individu du Saguenay a découvert des photographies de son père dans des positions sexuelles avec deux enfants, un garçon et une fille, âgés de 10 ans. La mère de la jeune fille, qui est également la tante du garçon, figurait sur certaines photos, et a admis avoir été derrière la caméra pour photographier de nombreuses scènes pornographiques de son conjoint et des jeunes victimes.

L’individu des photographies est aujourd’hui décédé, mais sa conjointe, une femme âgée dans la cinquantaine, a été accusée de plusieurs chefs de nature sexuelle sur des enfants. Elle a plaidé coupable.

Notons que l’homme des photos avait une cinquantaine d’années au moment des gestes, alors que l’accusée était âgée dans la fin trentaine.

Les observations sur la peine débutaient lundi au Palais de justice de Chicoutimi avec les plaidoiries de la défense, qui estime que l’accusée était en partie sous le joug de son conjoint. L’avocat Nicolas Gagnon a plaidé le faible QI de sa cliente, entre autres, pour expliquer son degré d’implication moindre que celui de son conjoint.

Il a été déclaré que l’accusée avait été victime de violence sexuelle et physique dans son enfance, mais aussi à l’âge adulte. Selon Me Gagnon, l’instigateur de ces relations sexuelles familiales était l’individu qui a aujourd’hui rendu l’âme. La défense estime qu’une peine de prison en société est justifiée dans son cas.

La Couronne n’est pas du tout en accord avec les arguments de la défense dans ce dossier pour le moins particulier. En effet, très peu de jurisprudence existe pour des cas similaires.

Le juge de la Cour du Québec, Michel Boudreault, prendra le temps d’examiner le dossier avant de rendre sa décision, le 18 mars prochain.

Responsabilité morale

« Est-ce que madame a été victime d’agressions sexuelles lorsqu’elle était enfant ? Oui. Est-ce que madame a été victime de violence conjugale ? Oui. Est-ce que ça justifie qu’on peut abuser de sa fille et de son neveu ? Absolument pas », a plaidé la procureure de la poursuite, Me Marie-Christine Savard, mettant l’accent sur la responsabilité morale de cette mère, qui a commis un grave abus de confiance.

Les deux enfants, qui sont adultes aujourd’hui, n’ont pas voulu porter plainte, mais la jeune femme a tout de même déclaré par écrit avoir été contrainte à avoir des relations sexuelles complètes avec son beau-père, sous le regard de sa mère, durant environ deux ans. On parle d’une dizaine de relations. Selon la victime, c’était l’idée de l’homme, mais la mère aurait fait le premier contact. Quant au garçon, il a catégoriquement refusé de reparler de cette histoire. Dans son cas, on parle de quelques relations, également complètes, avec l’homme. D’autres gestes à connotation sexuelle ont aussi été commis par la femme, comme en témoignent les clichés. Certaines photos mettent aussi en scène les deux adultes avec les deux enfants.

« Des gestes répugnants »

Les 244 photographies étaient évidemment une preuve accablante contre la femme, qui a plaidé coupable, mais qui a préféré garder le silence lors des observations sur la peine.

« On a beaucoup parlé de la vulnérabilité de madame, de son faible quotient intellectuel (évalué à 70, ce qui constitue un retard mental), mais elle est autonome, elle vit seule. Elle est beaucoup plus responsable qu’elle en a l’air. Même les rapports (sexologique et présententiel) le disent, elle est en mesure de manipuler la situation pour paraître plus démunie qu’elle ne l’est véritablement. Selon le rapport sexologique, l’accusée va même jusqu’à affirmer que c’est sa fille qui avait du désir pour son conjoint et que son neveu était curieux. Elle se décrit comme une victime accusée à tort, elle banalise la sexualité », a indiqué Me Savard, demandant au juge Boudreault d’accorder une attention particulière à la responsabilité de l’accusée.

« C’est évident qu’on a affaire à une personne vulnérable. Mais madame a une grande responsabilité, je ne jetterai pas tout le blâme sur Monsieur (l’homme mort), je vous rassure tout de suite », a déclaré le juge Boudreault, ajoutant qu’il devra prendre une décision dans un dossier particulièrement complexe.

La procureure de la poursuite a parlé des graves conséquences sur les victimes d’abus sexuels durant l’enfance ou l’adolescence.

« À 10, 12 ans, c’est à ce moment qu’on se forge une personnalité, une estime de soi. Ici, on parle de gestes répugnants qui ont été photographiés, ce qui victimise encore plus ces jeunes. On parle d’abus de confiance. On parle d’absence d’empathie et de remords de l’accusée. Pour toutes ces raisons, une peine de cinq ans de pénitencier est justifiée », a souligné Me Savard.

Me Nicolas Gagnon représente les intérêts de l’accusée. Il est d’avis que l’implication de sa cliente était moindre que celle de son conjoint, qui est toutefois décédé.

Si l’accusée a préféré ne pas témoigner lors des représentations sur la peine, elle a tenu à lire un court texte au juge, mardi matin. « Je suis désolée. J’ai manqué à mon devoir de mère de protéger les enfants et dénoncer le conjoint », a dit la quinquagénaire. La femme est sortie de la salle d’audience en se réfugiant dans les salles de bain, où elle s’est mise à pleurer et à crier, si bien que les constables spéciaux ont dû intervenir.

Le juge Boudreault rendra sa décision le 18 mars prochain.