Le courtier immobilier Francis Vallée a fait l’objet de deux enquêtes au cours des dernières semaines.
Le courtier immobilier Francis Vallée a fait l’objet de deux enquêtes au cours des dernières semaines.

Plainte de comportements sexuels inappropriés contre un courtier immobilier de l’Outaouais

Julien Paquette
Julien Paquette
Le Droit
Un courtier immobilier bien connu de l’Outaouais fait l’objet d’une plainte au Comité de discipline de l’Organisme d’autoréglementation du courtage immobilier du Québec (OACIQ) pour «des comportements sexuels et/ou des propos inappropriés envers des femmes».

Il s’agit de Francis Vallée, un courtier jusqu’à tout récemment affilié à la bannière Royal Lepage. Selon des informations obtenues par Le Droit, M. Vallée a fait l’objet de deux enquêtes au cours des dernières semaines, notamment pour avoir fait des avances inappropriées à des clientes.

En plus de l’OACIQ, Royal Lepage a confirmé au Droit la semaine dernière être «au courant d’allégations à l’égard d’un courtier de notre agence de l’Outaouais».

«Dès que l’agence immobilière locale fût informée des allégations, la direction a immédiatement exigé au courtier qu’il cesse toutes ses activités commerciales et a mandaté une enquête indépendante. Nous ne commenterons pas davantage sur la situation tant que l’enquête indépendante ne sera pas terminée», ajoute l’entreprise.

Le profil de Francis Vallée a été retiré du site web de Royal Lepage Outaouais mardi. Selon nos informations, l’entreprise l’aurait officiellement renvoyé.

Francis Vallée n’a pour l’instant pas répondu à l’appel du Droit pour réagir. Aucune de ces allégations n’a été prouvée ni devant le syndic ni devant un tribunal.

«Questions indiscrètes»

Caroline Murray-Daignault explique avoir fait affaire avec M. Vallée il y a environ quatre ans alors que son conjoint et elle cherchaient à acheter une nouvelle maison.

«Au début, ça allait super bien, il était super gentil. Tout d’un coup, les petits commentaires en messages ont commencé, du genre: ‘ah, tu étais belle hier’, soutient Mme Murray-Daignault. Ç’a déboulé, il me posait des questions sur mon corps et me demandait si j’avais déjà eu des relations extraconjugales et si j’aimerais en avoir. C’était super malaisant.»


« Il a commencé à m’écrire pour me poser des questions indiscrètes. Pour savoir par exemple si j’allaitais et, si oui, comment étaient mes seins. »
Sylvie*

Le Droit a pu consulter l’historique complet des conversations par messagerie instantanée entre le courtier immobilier et Mme Murray-Daignault.

«Mon chum, dès le début, je lui ai dit [ce qui s’était passé] et il m’a demandé si je voulais qu’on arrête. J’ai dit que je ne voulais pas rater la maison de nos rêves à cause de ça. Je me suis dit qu’on allait trouver la maison et qu’après, ça allait être fini. C’est pour ça que c’est avec lui qu’on a conclu le deal», ajoute l’ex-cliente de M. Vallée.

«Il a commencé à m’écrire pour me poser des questions indiscrètes, raconte de son côté Sylvie*, une femme qui a accepté de partager son histoire avec Le Droit. Pour savoir par exemple si j’allaitais et, si oui, comment étaient mes seins.»

«Ça devait faire cinq jours que mon mari était parti de la maison. J’étais vraiment vulnérable et il le savait ça, Francis. Il savait que j’étais vraiment à terre et bouleversée de la situation. Je me sens comme s’il en a profité un peu», ajoute-t-elle.

Francis Vallée

Florence* a également accepté de parler au Droit sous le couvert de l’anonymat. Elle raconte avoir vécu une expérience similaire à celle de Sylvie et de Mme Murray-Daignault, c’est-à-dire qu’après avoir retenu les services de Francis Vallée, le courtier lui a fait des avances plutôt directes.

Caroline, Sylvie et Florence ont toutes indiqué au Droit avoir offert un témoignage dans le cadre des enquêtes de Royal Lepage et de l’OACIQ.

Regroupement

Le Droit a également appris que plusieurs ex-clientes de Francis Vallée se sont regroupées au cours des derniers mois pour demander la tenue d’enquêtes de la part de Royal Lepage et de l’OACIQ.

Des appels à tous ont été lancés sur plusieurs pages Facebook de l’Outaouais pour inviter des femmes qui ont eu une mauvaise expérience avec un courtier immobilier de la région à les contacter, sans préciser de qui il s’agissait. Plusieurs des réponses obtenues étaient pour dénoncer M. Vallée. Le Droit a pu consulter des captures d’écran de ses messages, mais leurs autrices n’ont pas autorisé la diffusion du contenu de leur témoignage.

«Quand j’ai vu l’appel à tous sur Facebook, je me suis dit qu’il avait envoyé des messages comme ça à plein d’autres filles. Finalement, je me suis rendu compte que ce qui m’est arrivé, c’est un peu la pointe de l’iceberg, affirme Caroline Murray-Daignault. En racontant publiquement mon histoire, peut-être que ça va aider d’autres victimes à prendre la parole et ça va aider à ce qu’il puisse arrêter de faire ça.»

Le Droit a également obtenu la confirmation que deux femmes ont déposé une plainte au Service de police de la Ville de Gatineau en lien avec la démarche de l’OACIQ.

*Noms fictifs