Quelque 400 chauffeurs salariés sont sans gagne-pain depuis que Téo Taxi a mis fin à son service puisque l’entreprise était déficitaire et que les actionnaires ne voulaient plus injecter de nouveaux fonds.

PKP intéressé par Téo Taxi: Taillefer «se croise les doigts»

MONTRÉAL — Le redémarrage de Téo Taxi, au neutre depuis la semaine dernière, pourrait être piloté par l'homme d'affaires Pierre Karl Péladeau, à condition que certaines règles qui encadrent cette industrie soient modifiées.

S'il a confirmé son intérêt à l'endroit de cette entreprise actuellement insolvable, le président et chef de la direction de Québecor a précisé mardi qu'il s'agissait d'une initiative personnelle.

«C'est malheureux ce qui s'est produit, je pense que l'idée est bonne, a dit M. Péladeau, en marge d'un événement organisé par le Conseil des relations internationales de Montréal. C'est important d'agir rapidement et c'est ce que j'ai l'intention de faire.»

Sans évoquer un échéancier, il a dit qu'il afficherait ses couleurs lorsque des intervenants, comme les principaux créanciers et les détenteurs de permis, auront fourni les informations nécessaires à l'évaluation.

Quelque 400 chauffeurs salariés sont sans gagne-pain depuis que Téo Taxi a mis fin à son service puisque l'entreprise fondée notamment par Alexandre Taillefer était déficitaire et que les actionnaires ne voulaient plus injecter de nouveaux fonds.

Interrogé, M. Péladeau a indiqué qu'il était «prématuré» de spéculer quant à savoir si une éventuelle reprise pourrait concerner d'autres actifs, comme Téo Techno, Taxi Diamond et Taxi Hochelaga, qui, avec Téo Taxi, font partie de Taxelco.

L'actionnaire majoritaire de Taxelco est Fonds XPND Croissance, qui fait partie de XPND Capital, où M. Taillefer est associé principal.

M. Péladeau a toutefois prévenu que les règles entourant la tarification devraient changer pour qu'il poursuive sa démarche. Il a montré du doigt Uber, qui ne fonctionne pas selon les mêmes règles que les autres entreprises de taxi.

«À un certain moment, il devra y avoir un wake-up call et que l'État considère que l'on devrait pouvoir offrir, aux entreprises qui s'engagent à construire l'économie du Québec, des conditions équivalentes et de ne pas favoriser des entreprises étrangères comme le gouvernement fédéral le fait avec Netflix, a-t-il dit. Toute l'industrie a été présente pour le dénoncer et nous devrions faire la même chose avec Uber.»

Le patron de Québecor ne s'est pas avancé à dire comment il pourrait réussir là où la direction de Téo Taxi a échoué en matière de changements réglementaires.

Doigts croisés

De son côté, Alexandre Taillefer, l'un des fondateurs de Téo Taxi et qui a déjà exprimé le souhait que l'entreprise soit relancée, s'est montré bref dans ses commentaires, soulignant que le modèle de la compagnie était «extrêmement porteur».

«Je souhaite de tout coeur qu'une équipe aguerrie puisse relancer cet important projet, a écrit l'ex-dragon, dans une déclaration envoyée à La Presse canadienne. Je me croise les doigts pour que cette rumeur se concrétise.»

M. Péladeau et M. Taillefer ont croisé le fer à plus d'une reprise sur différents sujets dans la dernière année, alors que ce dernier avait été le président de la campagne pour le Parti libéral du Québec.

Cela n'avait pas empêché l'actionnaire de contrôle de Québecor de se porter à la défense de Téo Taxi et de M. Taillefer, la semaine dernière, quand celui-ci avait cité la rigidité du contexte réglementaire dans l'industrie du taxi pour expliquer l'échec de l'entreprise.

Dans certaines entrevues, l'ex-dragon avait également indiqué que son implication en politique n'avait pas aidé l'entreprise de transport électrique.

De lourdes dettes

Selon un document déposé auprès de la Cour supérieure vendredi par la Banque Nationale, qui fait partie des créanciers, les dettes de Taxelco et de sa filiale Téo Taxi totalisent près de 25 millions $.

De ce montant, près de 10,2 millions $ avaient été empruntés à l'institution financière québécoise. La liste des créanciers comprend notamment le Fondaction CSN, à hauteur de 3,6 millions $, Fin Taxi et Finalta Capital.

«La requête s'inscrit dans un contexte où les débitrices se retrouvent sans la moindre liquidité et où les investisseurs institutionnels qui jusqu'ici supportaient financièrement Taxelco ont retiré leur support et ne sont plus disposés à financer les [activités] de Taxelco et de ses filiales», peut-on lire dans la requête.

Il y a environ un an, la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), le Fonds de solidarité FTQ, Fondaction CSN ainsi que le fonds XPND Capital avaient accepté d'injecter 17 millions $ dans Taxelco dans le cadre d'une nouvelle ronde de financement afin d'acheter notamment de nouveaux véhicules et embaucher du personnel.

Plusieurs millions de dollars avaient aussi été octroyés par l'entremise de subventions.

Si des acquéreurs potentiels s'intéressent à Taxelco ou certains des actifs de la société, ils ont jusqu'au 4 mars pour se manifester, d'après le calendrier qui se trouve dans la requête. En cas de transaction, la conclusion devrait se faire d'ici le 29 mars.