Pierre Lavoie a réussi à convaincre les nageurs Nancy Ratté et Michel Dufour à se joindre à lui pour cette première tentative de nager de La Baie et L’Anse-Saint-Jean.

Pierre Lavoie à la conquête de l'Everest de la nage [VIDÉO]

Pierre Lavoie et une trentaine de nageurs tenteront un défi qu’aucune autre personne n’a réussi à ce jour. Samedi matin, le 24 août, sur le coup de 7 h, les courageux partiront du quai d’escale de La Baie pour rallier L’Anse-Saint-Jean à la nage, sur une distance de 60 kilomètres. Cette aventure colossale devrait durer entre 14 et 16 heures.

« Il y a de bonnes chances qu’on ne réussisse pas, mais au moins, on va l’avoir essayé », a lancé Pierre Lavoie au cours d’une entrevue accordée sur le bord de la baie des Ha ! Ha !, à La Baie. Ça fait longtemps que je veux faire ce parcours et il n’y aura pas de gagnant, pas de podium, pas de première position. On va s’entraider et se partager l’information pour être en mesure de réaliser l’épreuve. »

L’événement sera encadré par l’équipe du Grand défi Pierre Lavoie (GDPL). Nommé le Grand défi du fjord, ça pourrait être l’an 1 d’un projet que le cofondateur du GDPL projette depuis un certain temps. Il veut ainsi recréer le même esprit de groupe qu’on retrouve au sein du peloton du 1000 km du Grand défi.

« C’est un test qu’on fait, et après on verra, a-t-il réagi. Il y a un demi-million de lacs au Québec et ce n’est pas normal qu’autant de gens ne sachent pas nager. Je veux démocratiser la nage et je pense que l’eau libre est le meilleur moyen de le faire. »

Pierre Lavoie a réussi à attirer plusieurs nageurs bien connus dans sa folie. Spécialistes régionaux de la nage en eau libre, Michel Dufour, Nancy Ratté, Sonia Tremblay et Sabryna Lavoie ont accepté l’invitation, de même qu’Alexann Petiquay, première Autochtone à tenter la traversée du lac Saint-Jean à la fin du mois de juillet. Double vainqueur de la traditionnelle traversée de 32 km entre Péribonka et Roberval, Xavier Desharnais sera également présent, avec l’équipe de Pierre Lavoie. Au total, ils sont 11 femmes et 19 hommes à se lancer dans l’inconnu.

Pierre Lavoie a commencé à travailler sur le projet cet hiver. Il s’est récemment concrétisé.

Les 30 nageurs seront divisés en six équipes et un nageur par équipe sera dans l’eau pour un temps ou une distance déterminée. Si le départ se fait tôt samedi, l’arrivée va se dérouler dans l’obscurité à L’Anse-Saint-Jean, village natal de Pierre Lavoie. Un arrêt est prévu à Sainte-Rose-du-Nord sur l’heure du dîner.

Plusieurs nageurs aguerris ont effectué la descente du Saguenay au fil des ans, entre la marina de Chicoutimi et La Baie. S’aventurer au-delà du bras du Saguenay, après la baie des Ha ! Ha ! est toutefois une tout autre histoire. « On va aller dans une partie du Saguenay qu’on nous dit interdite, car c’est trop hostile », a annoncé Pierre Lavoie, citant en exemple l’eau trop froide, les marées, le courant et les immenses parois rocheuses du fjord qui peuvent paraître intimidantes pour des nageurs.

« C’est comme monter l’Everest ; personne ne voulait s’aventurer avant parce que c’était impensable de réussir en raison du manque d’oxygène, mais aujourd’hui, plusieurs personnes atteignent le sommet chaque année », a comparé Pierre Lavoie.

Advenant le cas où le vent est défavorable samedi, c’est-à-dire provenant de l’est, l’épreuve sera reportée à dimanche. Si c’est encore le cas dimanche, les nageurs partiront de L’Anse-Saint-Jean pour se rendre à La Baie.

Pierre Lavoie croit à la possibilité de créer un événement accessible à tous dans le fjord du Saguenay. Le fait de former des équipes et de parcourir la distance à relais rend l’événement plus inclusif, selon lui. Peu importe le résultat final de samedi, il va s’asseoir avec son équipe du GDPL et étudier la faisabilité d’un tel événement.

La fébrilité était présente, à quelques jours du départ, parmi les participants rencontrés, soit Michel Dufour, Pierre Lavoie et Nancy Ratté.

« Le potentiel est là, a-t-il assuré. On va réfléchir à tout ça par la suite et on va se poser toutes les questions, mais il faut d’abord le faire. Je pense qu’il y a un immense potentiel. Il faut faire connaître notre fjord et c’est une méchante belle façon de le faire connaître. »

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L'EXPÉRIENCE DE L'INCONNU

Nageurs aguerris et connaissant une grande partie de la rivière Saguenay comme le fond de leurs poches, Nancy Ratté et Michel Dufour ont malgré tout hésité avant d’accepter de se lancer dans l’aventure de Pierre Lavoie.

« Quand j’en ai parlé à Michel la première fois, il m’a dit que c’était impossible », a raconté Pierre Lavoie.

Au fil des discussions, Michel Larouche, qui a 13 descentes du Saguenay (Chicoutimi–La Baie) derrière la cravate, a fini par accepter. Conscient du défi qui l’attend et que le fjord est une « bibitte » qui peut réserver bien des surprises, il va se lancer à l’eau avec une seule idée en tête.

« Comme défi, c’est costaud et il n’y en a pas beaucoup comme celui-là, a fait valoir M. Dufour, davantage habitué de nager en solo que de le faire en équipe. C’est un peu de l’inconnu pour nous. On va travailler fort, on peut vous le dire. J’aborde ça en me disant que lorsque j’embarque dans quelque chose, c’est pour le finir. On ne le fera pas au péril de notre vie, mais dans ma tête, on va réussir. On ne sait pas à quelle heure on va arriver à L’Anse-Saint-Jean, mais on va le faire. »


« Quand j’en ai parlé à Michel la première fois, il m’a dit que c’était impossible »
Pierre Lavoie

De son côté, Nancy Ratté sera à la tête d’une équipe entièrement féminine et 100 % régionale, complétée par Alexann Petiquay, Sabryna Lavoie, Sonia Tremblay et Catherine Laprise. Elle aussi, elle a finalement succombé au « pitch de vente » de Pierre Lavoie.

« Sans un promoteur comme Pierre, on ne serait pas capables de vivre ce genre d’expérience, a-t-elle avoué. On va faire de courtes distances, c’est-à-dire que les nageurs plus rapides vont nager le même nombre de temps que les autres, mais ils vont couvrir plus de distance. C’est une belle occasion de former la relève et de promouvoir la nage en eau libre. »

Différentes observations au cours des dernières semaines ont permis de constater que les marées, entre La Baie et L’Anse-Saint-Jean, ne provoquaient pas un courant aussi important que dans le secteur de Chicoutimi. Après un questionnement, les participants ont quand même accepté de se lancer à l’eau.

« Moi, je n’ai pas peur et je pense qu’on va réussir, mais il y en a qui sont inquiets », a convenu Pierre Lavoie.