Le sous-comité de chimiothérapie du CHU de Québec a établi des critères pour décider qui a droit à l’acide folinique.

Pénurie d’un médicament anticancer au CHU de Québec

Le Centre hospitalier universitaire (CHU) de Québec subit une pénurie pancanadienne d’un médicament essentiel au traitement de certains cancéreux, adultes et enfants. Des patients reçoivent des doses réduites afin de conserver les stocks pour les cas prioritaires.

«Une importante pénurie pancanadienne d’acide folinique injectable [LEUCOVORIN] affecte actuellement tous les établissements hospitaliers au pays et le CHU de Québec n’y échappe pas», explique au Soleil le nouveau conseiller en communications externes de l’établissement, Mathieu Boivin. «C’est la première fois qu’une telle situation se présente au Canada et, selon les informations qui nous sont communiquées, elle pourrait durer jusqu’à la mi-septembre.»

La conséquence? Un lecteur nous a contactés. Soigné pour un cancer, il dit recevoir 10 % de la quantité qu’on lui injectait précédemment et s’inquiète pour l’efficacité du traitement.

Mathieu Boivin confirme qu’autour de 200 personnes sont «touchées par la réduction de dose d’acide folinique» à Québec. Il assure cependant qu’«il n’y a pas de danger». 

Selon les données scientifiques recueillies après une pénurie survenue aux États-Unis en 2016, les patients luttant contre certains cancers digestifs peuvent hériter de doses amputées «sans incidence sur la survie», affirme-t-il. Il est question des cancers de l’estomac, de l’œsophage, colorectal et du pancréas.

Question de survie

Pour d’autres malades, le médicament est toutefois essentiel. C’est une question de survie? «Absolument.»

Il est ici question d’enfants et d’adultes souffrant d’ostéosarcome [tumeur de l’os], de lymphomes et de leucémies. Eux prennent une molécule qui peut être toxique, le méthotrexate. Et quand cette toxicité les ronge, il n’y aurait qu’un traitement possible : l’acide folinique. «Pour ces patients, il n’y a aucune alternative et les conséquences de ne pas recevoir d’acide folinique peuvent être dramatiques, voire mortelles. […] Donc, dans un contexte où l’approvisionnement est restreint, c’est sûr et certain que ces gens-là vont avoir une priorité puisqu’il n’y a pas d’alternative.»

Le sous-comité de chimiothérapie du CHU de Québec a donc établi des critères pour décider qui a droit à l’acide folinique, énumère Mathieu Boivin : prioriser la clientèle pédiatrique; prioriser les patients adultes pour lesquels l’acide folinique injectable est utilisé pour prévenir les toxicités du méthotrexate; utiliser l’acide folinique oral pour les doses de 25 mg et moins; réduire la dose d’acide folinique à 10 % de la dose usuelle pour les cancers digestifs.

Encore en stock

Ces restrictions ont été mises en place même si le CHU de Québec a encore de l’acide folinique en réserve. «Il y a des stocks dans l’est du Québec alors que dans d’autres régions du pays, c’est un peu plus difficile.» Les hôpitaux de la capitale doivent donc les distribuer avec parcimonie, poursuit M. Boivin.

«Cette pénurie serait causée par une problématique chez Pfizer, dont les clients auraient été avisés en avril. […] De son côté, le CHU de Québec est sous contrat avec la société pharmaceutique TEVA, qui poursuit sa production d’acide folinique. Cependant, comme TEVA doit maintenant approvisionner l’ensemble du Canada, les quantités fournies doivent être réparties dans l’ensemble des établissements, ce qui cause une pénurie.»

Reste à attendre que la production reprenne en septembre tel qu’annoncé. «Nous, on n’a aucun contrôle sur la situation.»

Entre-temps, les pharmacies hospitalières de la capitale composent cette énième pénurie d’un médicament. «Ce n’est effectivement pas rare. On est habitué de gérer ce genre de situation. Malheureusement. […] On préférerait que ça n’arrive pas.»