Pénurie de chiens dans les refuges

CHRONIQUE / Les installations du Refuge des animaux de Chicoutimi sont vides. La Fourrière d’Alma a sept pensionnaires canins, dont un seul qui est adoptable. Au Refuge animal de Roberval et à la SPCA Saguenay, trois chiens attendent des familles.

Cette rareté implique un ajustement des prix. Il y a dix ans, un chien de refuge se vendait une cinquantaine de dollars. Aujourd’hui, il faut débourser en moyenne 300 $.

« Beaucoup de personnes qui entrent ici sont prêtes à avoir un chien parfaitement éduqué ou un chiot. Quand on leur explique que la plupart de nos chiens sont adultes, et qu’ils ont certains problèmes de comportement, ils décident de ne pas adopter », souligne Claudia Côté, directrice générale à la SPCA Saguenay.

Mme Côté ne souhaite pas héberger plus de chiens. « Ceux qu’on a demandent déjà beaucoup d’encadrement au niveau de leur éducation », poursuit-elle. C’est pourquoi elle cherche souvent des adoptants avertis, expérimentés et prêts à s’investir.

« Ça fait dix ans que je travaille au Refuge animal de Roberval. À mes débuts, on avait toujours 12 à 20 chiots à faire adopter. Aujourd’hui, on en a très rarement », se remémore Mélanie Potvin.

La bonne nouvelle, c’est que le message concernant l’importance de la stérilisation semble enfin passer. Fini les portées de bébés spontanées qui débarquent à la fourrière. Même les chatons commencent à se faire rares.

Il y a pourtant une forte demande pour l’adoption de malheureux chiens abandonnés. « La demande est centralisée sur les petites races, et nous n’en avons pas. Les demandes pour les grandes races sont plutôt rares. Et si c’est le cas, les gens veulent tous des chiots », mentionne Gloria Maltais, de la Fourrière d’Alma.

Stratégies

Les refuges des grands centres, avec l’aide d’organismes venant en aide aux animaux, ont trouvé de nouvelles stratégies pour offrir des chiens en adoption. En plus d’accueillir des chiens de la Chine destinés à être mangés, voilà qu’ils vont à la rescousse des réserves autochtones.

Depuis le mois de septembre, une centaine de chiens, provenant de la communauté atikamekw, près de La Tuque, ont été transférés dans une quinzaine de refuges du Centre-du-Québec, de Montréal et de l’Ontario.

Encore en 2014, certaines réserves autochtones utilisaient des tueurs de chiens quand la population canine devenait nuisible.

N’étant pas ou très peu socialisés, ces chiens non stérilisés développent des comportements dangereux, en plus d’être porteurs de nombreux parasites.

On ne révèle jamais les montants qu’impliquent ces sauvetages. Tout ce qu’on sait, c’est que les éleveurs de la Chine reçoivent une bonne compensation monétaire en échange de la fermeture de leurs fermes d’élevage. Dans ces transactions, il y a donc quelque chose de lucratif pour les deux parties. La fin justifie les moyens.

En régions

En régions, les tactiques pour amener de l’eau au moulin sont différentes. Bien que la Fourrière d’Alma, la SPCA Saguenay, le Refuge des animaux de Chicoutimi et le Refuge animal de Roberval comptent seulement sur les particuliers pour leur confier des animaux, notre territoire compte aussi un refuge qui fait appel à la province pour remplir ses enclos de chiens dangereux, de chiens destinés à l’euthanasie et de races interdites, ce qui met parfois même les adoptants en danger.

Revendeurs

Si vous annoncez votre chien à donner, sur les réseaux sociaux, il se peut fort bien qu’un revendeur vous propose d’aller chercher votre compagnon, peu importe ses problématiques, parce qu’il y a une opportunité d’affaires. « Plusieurs personnes nous ramènent aussi des chiens qu’ils ont tenté de sauver via les réseaux sociaux, mais qui ont de graves problèmes de santé mentale ou physique », remarque Mélanie Potvin.

Jugement

Après avoir fait le tour des réseaux sociaux, la plupart des adoptants potentiels ont ensuite le réflexe de faire la tournée des refuges de leur secteur.

Si les chiens qui y séjournent ne répondent pas à leurs critères, ils iront là où les chiots affluent, soit en animalerie ou chez des éleveurs.

D’un autre côté, plusieurs font la morale à ceux qui songent à trouver une nouvelle famille à leur animal.

Étant à risque de se faire sévèrement juger par leurs proches, ils n’osent peut-être plus utiliser les services de fourrière, en constante amélioration et mis à la disposition des citoyens pour trouver des familles plus convenables à leurs animaux.

En date du 11 mars, les installations du Refuge des animaux de Chicoutimi étaient vides de chiens à adopter.

Ce sont donc les chiens d’ailleurs, avec leur lot de problèmes, qui en bénéficient.