Les tensions sont vives entre le député fédéral dans Brome-Missisquoi, Denis Paradis, et ceux qui sont à la tête de l’Association libérale dans la circonscription.

Parti libéral du Canada: guerre intestine dans Brome-Missisquoi

Le bras de fer entre des dirigeants de l’association libérale fédérale dans Brome-Missisquoi et le député Denis Paradis s’accentue. Plus de 400 membres du parti dans la circonscription ont signé une pétition, qui circule toujours, réclamant une course à l’investiture pour l’élection de 2019. De plus, l’ex-président de l’association, Stéphane Beaulac, et son successeur, Guillaume Tétreault, remettent ouvertement en question le leadership, l’accessibilité et l’éthique du vétéran politicien.

Les remous entre Denis Paradis et une frange de l’association libérale dans Brome-Missisquoi, autoproclamée comme « l’équipe du renouveau » avec à sa tête Guillaume Tétreault, datent de plusieurs mois déjà. L’assemblée générale annuelle, initialement prévue pour le printemps dernier et ayant eu lieu en août, avait « démontré un certain clivage entre deux visions », rapportait La Voix de l’Est.

Le torchon brûle plus que jamais entre le président de l’association et le député. « M. Paradis n’a aucun respect pour les membres de l’association. Ce qu’il veut, ce sont des activités de financement à 400 $ le billet pour être certain que l’argent entre dans les coffres. Payer une somme comme ça pour rencontrer ton député, c’est exagéré, même si c’est légal », a clamé en entrevue M. Tétreault.

Or, de nouvelles règles au sein du Parti libéral du Canada - Québec (PLCQ) font en sorte qu’un député sortant n’a plus à passer par une course à l’investiture, comme c’était le cas auparavant. En ce sens, Denis Paradis a rempli toutes les exigences du parti pour être candidat pour l’élection générale de 2019. On parle notamment d’avoir fait 5000 appels téléphoniques dans la circonscription, d’amasser la moitié des fonds nécessaires à la prochaine campagne, soit plus de 54 000 $ dans Brome-Missisquoi et d’avoir recueilli 150 signatures d’appuis.

Devant l’impasse, l’équipe de M. Tétreault a lancé une pétition, signée jusqu’ici par plus de 400 personnes, réclamant une intervention des hautes instances du parti dans le dossier. Voici le libellé du document contestataire : « Nous, résidents de Brome-Missisquoi et membres en règle du Parti libéral du Canada — en appui au Conseil exécutif issu de l’équipe du renouveau, élue massivement lors de l’AGA de l’Association libérale fédérale, le 24 août 2018 — demandons aux autorités du Parti de tenir une convention d’investiture pour décider du candidat libéral dans notre comté, en vue de l’élection générale de l’automne 2019. Il en va de la démocratie ! » Selon nos informations, l’association totalise près de 1400 membres dans la circonscription.

Éthique

Stéphane Beaulac a épaulé Denis Paradis dans la circonscription lors de la dernière campagne et a été président de l’association libérale fédérale dans Brome-Missisquoi de 2015 à 2017. Il affirme avoir démissionné de ses fonctions principalement en raison du manque d’éthique du député.

Appelé à donner des exemples, M. Beaulac a soutenu que des employées de bureau de circonscription œuvrant aux bureaux de Magog, Cowansville et Bedford sont « fréquemment utilisées » pour des collectes de fonds lors d’activités politiques de M. Paradis. Idem pour les activités privées du député, notamment liées à son vignoble, le Domaine du Ridge. « On parle ici d’une apparence flagrante de conflits d’intérêts. Pour un homme qui a fait de la politique à l’époque du scandale des commandites, ça devrait sonner une cloche », a fait valoir le professeur de droit à l’Université de Montréal.

Vérification faite, au moins deux employées des bureaux de circonscription de M. Paradis étaient présentes dans le kiosque du vignoble de Saint-Armand lors de la récente mouture de la Fête des vendanges à Magog. L’une d’elles est Amélie Cantin. Après avoir nié avoir travaillé pour le député en dehors de ses tâches d’adjointe de circonscription, elle s’est ravisée, confirmant l’avoir fait « à une reprise » lors de l’événement vinicole. Même chose en ce qui concerne Nathalie Provencher.

De son côté, M. Paradis a d’abord rejeté du revers de la main que du personnel politique soit lié à des activités de son vignoble. « C’est faux. [MM. Beaulac et Tétreault] inventent toute sorte d’affaires. » Il a ensuite mis un bémol, affirmant que des gens ont pu le faire « en dehors des heures de bureau », sans être rémunérés en tant qu’employés du parti.

Leadership

Selon M. Beaulac, du « sang neuf » est nécessaire au sein du parti libéral dans Brome-Missisquoi. Entre autres, car, selon lui, M. Paradis fait preuve de peu de leadership dans plusieurs dossiers. Il cite en exemple celui des technologies de l’information et de la communication (TIC). « Dans le cas des TIC, on parle d’industries high-tech. M. Paradis n’a pas d’intérêt et peut-être pas les connaissances pour comprendre les enjeux contemporains de ces industries modernes. Dans les faits [les gens dans ce créneau] doivent passer par Pablo Rodriguez [ministre du Patrimoine canadien] parce que leur député ne les aide pas. »

M. Paradis serait également peu proactif dans le dossier de l’Accord États-Unis-Mexique-Canada, a fait valoir M. Beaulac. « Depuis la nouvelle entente, les agriculteurs sont fort déçus. Quand ils communiquent avec leur député parce qu’ils sont en émoi, principalement avec les menaces pour la gestion de l’offre, M. Paradis est uniquement capable de réciter les lignes du parti. Il n’a pas exercé de leadership avant la conclusion de l’accord et pas non plus depuis. »

Sourde oreille

Stéphane Beaulac et Guillaume Tétreault disent avoir réclamé une course à l’investiture dans Brome-Missisquoi à plusieurs reprises auprès des hautes instances du PLCQ, en vain. Le président de l’Association affirme s’être entretenu avec plusieurs membres de la permanence du parti en septembre à ce sujet, soit Pierre Choquette (président du PLCQ), Marc Laperrière (avocat pour le parti) et Christine Poirier (responsable des opérations). « On m’a dit que le rôle de l’Associatiopn est de défendre les intérêts du député, non ceux des membres dans la circonscription. Ce que je trouve aberrant. Donc, le parti est prêt à perdre la prochaine élection [dans Brome-Missisquoi] pour protéger Denis Paradis », a déploré M. Tétreault.

M. Beaulac dit avoir eu droit, lors d’un entretien le 15 octobre, au même type de discours de la part de Mathieu Bouchard, conseiller principal de Justin Trudeau au Québec. Ce dernier a maintenu « la ligne dure » à propos de quelque exception que ce soit dans le dossier de la candidature de M. Paradis, a précisé M. Beaulac. Une source nous a permis de corroborer cette information.

Christine Poirier n’a pas rappelé La Voix de l’Est. Le PLCQ n’a pas donné suite à notre demande d’entrevue. Seul le département des communications du parti nous a envoyé un courriel relatant essentiellement que M. Paradis remplit les critères pour tenter de se faire élire sous la bannière libérale dans sa circonscription en 2019.

«TISSU DE MENSONGES»

Denis Paradis nie toute forme de manque d’éthique, de leadership et d’accessibilité de sa part. Il est d’avis qu’il s’agit d’une vaste machination orchestrée par une poignée de militants libéraux dans Brome-Missisquoi, Stéphane Beaulac et Guillaume Tétreault en tête, afin de l’évincer de son siège de député.

« Peu importe ce que certains puissent dire, je sens que j’ai le support de l’ensemble de la population dans Brome-Missisquoi. Ce n’est pas parce qu’on fait un peu de grenouillage que je vais changer mon fusil d’épaule », a indiqué M. Paradis en entrevue.

Le député est sans équivoque : l’ex-président de l’association libérale (2015-2017), Stéphane Beaulac, veut se « présenter à sa place » comme candidat à l’élection de 2019. « Tout est monté en épingle. (...) Ce qui est véhiculé à propos de moi, c’est un tissu de mensonges. »

De son côté, M. Beaulac a dit ne pas avoir de visée sur le poste de député dans Brome-Missisquoi pour 2019. « Je ne me cherche pas de job », a-t-il mentionné à La Voix de l’Est. La vice-présidente de l’organisation libérale dans la circonscription, Anne-Marie Dumas, a toutefois fait valoir en entrevue que M. Beaulac « pourrait être intéressé par le poste » dans le cadre de la prochaine élection. Ce n’est pas le cas de l’actuel président de l’association, Guillaume Tétreault, qui n’envisage pas d’occuper de telles fonctions.

En ce qui concerne son leadership, M. Paradis dit être de tous les combats pour représenter ses concitoyens. « Je travaille comme un fou, entre autres dans les dossiers environnementaux », a-t-il indiqué, faisant le parallèle avec le la levée de boucliers concernant le site d’enfouissement Coventry au Vermont.