Le Canada — surtout le Québec — a été producteur d’amiante jusqu’en 2011.

Ottawa précise ses propositions de réglementations pour restreindre l’amiante

OTTAWA — L’étau se resserre sur l’amiante au Canada: le gouvernement fédéral a précisé vendredi ce qu’il compte faire pour interdire la vente, l’importation et l’exportation d’amiante et de ses produits, ainsi que la fabrication de tout produit contenant le minerai cancérigène.

Les libéraux de Justin Trudeau avaient promis d’agir il y a plus d’un an, et les nouvelles propositions complètent ce qui avait été annoncé au printemps dernier. L’amiante, considéré comme un produit cancérigène par l’Organisation mondiale de la santé, a été banni dans une cinquantaine de pays.

Les propositions de règlements ont été publiées vendredi dans la Gazette du Canada, et Ottawa sollicite maintenant l’avis des citoyens et de l’industrie, jusqu’au 22 mars.

Le Canada — surtout le Québec — a été producteur d’amiante jusqu’en 2011; le minerai était utilisé pour l’isolation, mais aussi pour ses qualités ignifuges. Plusieurs usages ont été graduellement interdits, mais on retrouve encore l’amiante dans certains produits comme les tuyaux en ciment, les fournaises et les systèmes de chauffage industriels, les isolants de bâtiments et les carreaux de plancher et de plafond, et jusqu’aux plaquettes de frein des automobiles et certaines composantes de boîtes de vitesses, comme les embrayages.

En vertu des règlements proposés, l’usage ou la vente de tout produit contenant de l’amiante actuellement en stock serait interdit: ces produits devraient donc être éliminés ou détruits.

Par ailleurs, l’amiante est également utilisé par l’industrie du chlore-alcali dans les cellules à diaphragme qui servent de filtres dans le procédé de production de chlore-alcali pour fabriquer du chlore et de la soude caustique, lesquels ne contiennent pas d’amiante, indique Ottawa. Cette activité serait exemptée des nouveaux règlements jusqu’en 2025, afin de permettre à l’industrie de se tourner vers des technologies de remplacement, qui existent déjà.

Enfin, les résidus miniers d’amiante constituent un legs résiduel de décennies d’extraction minière d’amiante — il y aurait au Québec 800 millions de tonnes de résidus miniers, selon Ottawa. Afin de permettre la réhabilitation de ces résidus miniers, le projet de règlement permettrait leur utilisation dans les domaines de la construction et de l’aménagement paysager. Les plans de réhabilitation des sites miniers sont actuellement autorisés par les gouvernements provinciaux, précise Ottawa.

Le gouvernement fédéral admet qu’il avait songé au départ à interdire complètement l’amiante. Ottawa convient maintenant qu’après des décennies d’utilisation, le minerai se retrouve aujourd’hui dans de nombreux édifices et résidences. Or, le risque pour la santé est considéré comme faible si le produit, utilisé par exemple comme isolant, est laissé en place sans y toucher.

«L’exigence de retirer tout l’amiante de sources, comme les immeubles et les maisons, serait extrêmement coûteuse et pourrait en réalité être plus dommageable pour la santé humaine», soutient Ottawa, qui a donc écarté l’interdiction complète.