La directrice de la protection de la jeunesse (DPJ) de la Capitale-Nationale, Dominique Jobin, n’était pas en mesure jeudi de confirmer ou d’infirmer que l’organisme qu’elle dirige était dans le dossier de la petite Rosalie Gagnon, la loi sur la protection de la jeunesse lui interdisant de divulguer ce genre d’informations, a-t-elle expliqué.

«On travaille avec des humains», dit la DPJ

«Même si on travaille de façon acharnée pour essayer de protéger les enfants, il y a toujours le caractère imprévisible du comportement humain. On a beau essayer de prévoir, d’établir des beaux portraits de situations et de personnalités, il y a toujours cet aspect imprévisible dans nos interventions parce qu’on travaille avec des humains.»

La directrice de la protection de la jeunesse (DPJ) de la Capitale-Nationale, Dominique Jobin, n’était pas en mesure jeudi de confirmer ou d’infirmer que l’organisme qu’elle dirige était dans le dossier de la petite Rosalie Gagnon, la loi sur la protection de la jeunesse lui interdisant de divulguer ce genre d’informations, a-t-elle expliqué.

«Touchée» par le drame — «toutes mes pensées vont à la famille et aux proches de la victime» —, Mme Jobin a toutefois accepté de nous parler de façon générale du travail de la DPJ auprès de parents qui ont des antécédents judiciaires ou des problèmes de toxicomanie. «On a énormément de clientèle qui vit ces problématiques-là en protection de la jeunesse. Ce n’est pas un cas unique de voir un parent avec des antécédents judicaires ou des problèmes de toxicomanie qui a la garde de son enfant, et ça ne fait pas nécessairement de ce parent-là un mauvais parent», a-t-elle exposé d’emblée. 

Le premier mandat de la DPJ, c’est évidemment de protéger les enfants, «mais elle va le faire en les maintenant le plus possible dans leur milieu familial, va tout mettre en œuvre pour soutenir le parent pour qu’il puisse continuer de jouer son rôle parental», rappelle Dominique Jobin. Environ 60 % des enfants qui sont suivis par la DPJ le sont dans leur environnement familial, souligne-t-elle. 

«Si les parents qui ont des problèmes de toxicomanie prennent des moyens pour corriger leurs problèmes et que ces moyens-là sont sérieux [aller dans un centre de traitement des dépendances et ne pas consommer en présence de l’enfant, par exemple], qu’il y a un engagement ferme avec des organismes sérieux, alors on va les suivre et les accompagner», dit Mme Jobin, précisant que les mesures d’encadrement peuvent être entérinées par un juge. 

L’enfant ne sera retiré de son milieu familial que s’il y a absence de collaboration de la part du ou des parent(s) et qu’il y des risques pour sa sécurité et son intégrité physique, ajoute-elle.

La DPJ n’est toutefois pas infaillible, et il peut arriver que «des écarts» soient constatés. «Quand ça arrive, on fait une revue très critique, et on est encadré par l’établissement [le CIUSSS]. Il y a aussi la Commission des droits de la personne et de la jeunesse qui suit l’ensemble des DPJ du Québec, qui nous surveillent et enquêtent sur nos interventions au besoin», dit Dominique Jobin.

«Pour un DPJ, c’est la pire des chose qui peut arriver [la mort d’un enfant]. Je n’aurais pas besoin de me faire dire de faire une enquête quand il arrive des situations comme celle-là», conclut-elle.

La ministre Charlebois «touchée»

Le drame de Rosalie Gagnon a rebondi jeudi à l’Assemblée nationale, où la ministre déléguée à la Protection de la jeunesse, Lucie Charlebois, a réagi à la mort de l’enfant.

«Il y a certainement des choses qui vont être examinées, mais pour l’instant, ce que j’ai vu dans les reportages […], on va attendre la suite des choses, mais il y a certainement des raisons pour lesquelles la DPJ a laissé l’enfant à sa mère», a dit la ministre Charlebois, en référence à certaines informations voulant que la DPJ était dans le dossier de la petite victime.

Mme Charlebois n’était pas en mesure de commenter davantage le cas de Rosalie Gagnon, affirmant ne pas avoir «d’état de situation». «La ministre ne s’immisce pas dans les dossiers des gens directement, je ne suis pas dans le cas par cas, je suis dans l’ensemble de l’œuvre», a rappelé la ministre, qui s’est néanmoins dite «touchée» par le drame.

«J’en ai des petits-enfants de cet âge-là, j’ai des frissons à chaque fois que j’en parle. Ça fait mal au cœur, peu importe l’âge qu’on a, qui nous sommes, quand un enfant a perdu la vie», a-t-elle commenté.

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«QUELLE HORREUR», DÉPLORE COUILLARD

La mort de la petite Rosalie, dont le corps a été retrouvé dans un bac à Charlesbourg, a secoué tout le Québec, dont le premier ministre qui promet de faire la lumière sur les circonstances de ce tragique événement. La mère de la victime a été arrêtée jeudi et fait face à des accusations de meurtre.

«Quelle horreur»,  a exprimé d'emblée Philippe Couillard, questionné en marge d'une conférence de presse, tenue au Lac-Saint-Jean. 

Est-ce que cette mort aurait pu être évitée? Est-ce que la Direction de la protection de la jeunesse avait été alertée d'un possible risque pour l'enfant?

«Ce cas-là va faire l'objet d'une attention particulière pour voir ce qui s'est réellement passé. Est-ce que la personne avait demandé de l'aide? Est-ce qu'il y avait eu des signalements? Je ne connais pas les réponses à ces questions. Mais je peux vous assurer qu'on va faire les vérifications et ajuster le tir s'il le faut», assure le premier ministre. 

«Et au-delà de tout ça, c'est à cette enfant que je pense d'abord et au reste de la famille qui sont aussi des victimes.» 

Laura Lévesque, Le Quotidien