Dessin de cour d'Alexandre Bissonnette

Nouvelle preuve vidéo dans l’appel de Bissonnette: les enfants n’étaient pas visés, dit la défense

Les juges de la Cour d’appel qui entendront l’appel du tueur de la Grande Mosquée auront accès à une vidéo qui n’a pas été montrée au juge de première instance et qui démontre, selon les avocats de défense, qu’Alexandre Bissonnette n’a jamais visé des enfants dans la salle de prières, contrairement à ce qu’un témoin survivant est venu dire.

La Cour d’appel du Québec a autorisé mardi les avocats de l’auteur du massacre du 29 janvier 2017 à présenter, lors des audiences de janvier prochain, une preuve vidéo qui, selon eux, aurait pu avoir une grande incidence sur la peine imposée à leur client.

Après avoir plaidé coupable aux meurtres au premier degré de six hommes et à des tentatives de meurtre sur 40 personnes,  Alexandre Bissonnette a été condamné le 8 février 2019 à purger une peine de prison à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle avant 40 ans.

Depuis, la défense a interjeté appel de la peine; elle demande une période d’inéligibilité de 25 ans, comme pour tous les meurtriers. La Couronne et la Procureure générale du Québec en appellent aussi de la peine; elles souhaitent voir appliqué au cas de Bissonnette le cumul des peines, soit l’addition de périodes de 25 ans.

Lors des représentations sur la peine, le juge Huot et le public ont pu visionner certaines images de la tuerie. 

La défense a obtenu la permission de présenter aux juges de la Cour d’appel un montage comportant cinq angles de caméra différents. Ce montage fait partie de la divulgation de preuve, mais n’a pas été présenté en cour.

Selon les avocats de Bissonnette, cette vidéo démontre, heure à l’appui, que les trois enfants n’étaient plus présents dans la salle de prières au moment où leur client lourdement armé y a fait irruption.

Lors des représentations sur la peine, un survivant, Ahmed Ech-Chahedy, avait témoigné avoir vu Bissonnette le viser directement avec son arme, lui, et trois enfants. Cet homme, qui a promptement mis les enfants à l’abri, ne figure plus sur les images des caméras de surveillance à l’heure où Bissonnette commence à faire feu, disent les avocats.

«M. Ech-Chahedy était ainsi à l’extérieur de la salle de prières à 19:55:04 et n’a même jamais été dans la même pièce que l’appelant le 29 janvier 2017», fait valoir Me Charles-Olivier Gosselin dans sa requête pour présenter une preuve nouvelle.

Notons qu'au moment où les tirs ont commencé, les images permettaient de voir clairement une autre fillette, perdue au milieu de la salle de prières et rapidement secourue par un survivant.

En interrogatoire avec les policiers, après son arrestation, Bissonnette disait avoir «fait attention» aux enfants. Ces paroles n’étaient que de la «comédie» avait témoigné M. Ech-Chahedy.

Le juge François Huot a dit croire entièrement le témoignage du survivant et considère que Bissonnette a menti aux policiers.

Dans sa requête, l’avocat de Bissonnette, se dit convaincu que cette conclusion du juge a pesé dans la peine sévère qu’il a imposée et dans son évaluation des circonstances aggravantes et de l’esprit blâmable du tueur.

La Cour d’appel est d’accord avec la défense sur «l’effet potentiellement déterminant» de cette preuve nouvelle. La question du jeune âge des victimes de tentative de meurtre est une circonstance aggravante qui doit être prouvée hors de tout doute raisonnable par le ministère public, ajoute le plus haut tribunal québécois.