New York encense la maternelle 4 ans

La maternelle 4 ans réduit le coût des services aux enfants en difficulté d’apprentissage : de la musique aux oreilles du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, qui a fait venir des représentants de New York pour l’entendre lundi, mais qui est accusé de museler d’autres experts.

Un chercheur de l’Université de Montréal a pu néanmoins faire valoir que le projet du gouvernement caquiste constituerait une «menace» à la qualité du développement des enfants de 4 ans.

Le ministre avait invité exprès la Ville de New York, lundi, au premier jour des consultations sur son projet de loi, pour cautionner sa position. L’opposition reproche au gouvernement d’avoir refusé d’inviter d’autres experts, alors qu’il reste des plages horaires libres aux audiences.

L’engagement électoral de la Coalition avenir Québec (CAQ) rencontre la résistance des trois partis d’opposition au Parlement et d’autres groupes, notamment pour son coût évalué à plus de 2 milliards $, alors qu’il existe déjà un réseau de Centres de la petite enfance (CPE) dont l’expansion n’est même pas complétée.

En mêlée de presse avant les audiences, M. Roberge a eu beaucoup de mal à chiffrer précisément la facture totale de son projet, alors que la députée libérale Marwah Rizqy l’a estimée à au moins 2 milliards $ : 800 000 $ par classe, pour 1300 classes manquantes, ce à quoi s’ajoutent les coûts de système sur cinq ans.

M. Roberge s’était rendu à New York au début de mai pour aller constater sur place les résultats de la mise en place de la maternelle 4 ans.

Le délégué du district 7 de la Ville de New York, Rafael Alvarez, a affirmé que la maternelle 4 ans avait permis de réduire les problèmes de comportement et les besoins particuliers des enfants qui arrivaient au primaire.

«Ça a coûté moins cher de faire ça [la maternelle 4 ans pour tous] que quand on investit dans une panoplie de services particuliers [pour les élèves en difficulté], qui deviennent moins nécessaires avec ce système.»

À terme, cela coûte moins cher? a demandé le ministre. «Essentiellement, oui», a conclu M. Alvarez.

La porte-parole libérale en éducation, la députée Marwah Rizqy, a fait valoir que le système d’éducation du Québec est sensiblement différent de celui de New York, où il n’y a pas de CPE universels à coût modique.

Experts refusés

Autant les libéraux que le Parti québécois ont reproché aux caquistes de refuser d’entendre certains experts, notamment le Dr Jean-François Chicoine, pédiatre à l’hôpital Sainte-Justine, Carmen Dionne, du département de psychoéducation de l’UQTR, ainsi que la directrice régionale de la Santé publique de Montréal, Mylène Drouin, alors qu’il reste des périodes libres aux consultations.

Le député caquiste de Richelieu, Jean-Bernard Émond, a fait valoir qu’il faisait confiance aux experts, mais qu’il «faut faire confiance aux parents, car ce sont eux qui connaissent leurs enfants».

Le professeur et chercheur Jacques Moreau, de l’Université de Montréal, n’a pas manqué de riposter en défendant la recherche scientifique sur la petite enfance et les experts.

«J’aimerais rappeler à tout le monde que vos expériences personnelles ne sont pas représentatives de la population. Ce n’est pas parce que vous avez vécu une belle expérience avec vos enfants que c’est vrai pour tout le monde. Vous êtes victimes de présuppositions par votre expérience personnelle. Comme argument, c’est un peu faible.»

M. Moreau, qui préconise plutôt le recours aux CPE, soutient qu’il faut plutôt une «approche ciblée : on n’a pas besoin de maternelle 4 ans partout pour tout le monde».

Il soutient que la maternelle universelle 4 ans constitue une «menace à la qualité du développement de l’enfant». Déplacer dans des écoles un grand nombre d’enfants qui ont des besoins développementaux particuliers à cet âge précis et qui requièrent un environnement relationnel précis risque de «créer des problèmes».

«J’ai la fâcheuse impression que les besoins développementaux des enfants ne sont pas assez pris en compte», a-t-il conclu.

La directrice générale du Conseil québécois des services éducatifs à la petite enfance, Francine Lessard, a quant à elle fait valoir que les CPE sont les milieux tout désignés pour accueillir les enfants de 4 ans.

«Imaginez juste un enfant de 4 ans qui va devoir prendre un autobus scolaire, il n’a même pas les jambes assez longues pour monter à bord. Je ne sais pas ce que cela va apporter de plus à cet enfant-là pour assurer sa diplomation à l’âge de 25 ans.»