La reine Élisabeth II, Meghan Markle et le prince Harry
La reine Élisabeth II, Meghan Markle et le prince Harry

Meghan rentre au Canada

LONDRES — À peine la bombe lâchée, Meghan a plié bagage. L’épouse du prince Harry est retournée au Canada, où le couple venait de passer les Fêtes, sitôt annoncée leur décision de se mettre en retrait de la famille royale britannique.

Non consultée et selon la presse britannique attristée, la reine Élisabeth II, 93 ans, est intervenue jeudi pour tenter d’apaiser la tempête causée par le «Megxit».

Elle a demandé aux membres de la famille de trouver dans les jours qui viennent une solution face à la volonté de son petit-fils, sixième dans l’ordre de sa succession, de gagner son «indépendance financière» et de vivre une partie de l’année en Amérique du Nord.

Mais pendant que les contacts se multipliaient entre les Windsor, l’ex-actrice américaine, qui n’avait pas caché ces derniers mois trouver peu de soutien autour d’elle pour surmonter la pression liée à sa nouvelle vie de princesse, n’a pas attendu.

«Je peux confirmer les informations selon lesquelles la duchesse de Sussex est au Canada», a déclaré vendredi une porte-parole du couple.

Harry et Meghan venaient de rentrer de vacances prolongées au Canada, prises pour prendre du recul après avoir affiché son malaise face aux critiques appuyées des tabloïds britanniques sur les supposés caprices de Meghan Markle et son luxueux train de vie.

Le duc et la duchesse de Sussex étaient réapparus publiquement au Royaume-Uni lundi pour une visite à la Maison du Canada à Londres.

Selon le Daily Mail, Meghan a rejoint au Canada son fils Archie, âgé de huit mois, qui y était resté, laissant entendre que le couple n’avait pas prévu de rester au Royaume-Uni une fois faite son annonce, préparée en toute discrétion.

Il est question que le prince Harry les rejoigne rapidement, selon la même source, bien qu’il soit censé jeudi prochain présider le tirage au sort de la Coupe du Monde de rugby à XIII au palais de Buckingham.

Meghan a vécu au Canada lorsqu’elle jouait dans la série Suits.

Et une enquête parue vendredi dans le quotidien National Post fait apparaître que 61 % des Canadiens interrogés aimeraient que le prince Harry devienne le prochain gouverneur général de leur pays (lire l’encadré), c’est-à-dire le représentant d’Élisabeth II.

Vendredi soir, le président américain Donald Trump, qui ne tarit pas d’éloges sur la reine, a semblé prendre le parti de cette dernière. «Je pense que c’est triste, vraiment», a-t-il déclaré, interrogé sur Fox News sur la crise qui secoue la famille royale. «J’ai juste tellement de respect pour la reine. C’est une femme extraordinaire [...]. Elle a eu un règne irréprochable.»

Marque déposée

L’annonce de la mise en retrait du duc et de la duchesse de Sussex, sans concertation avec le reste de la famille, a mis le Royaume-Uni en émoi et ouvre une nouvelle crise au sein de la monarchie.

Dans son allocution de Noël, la reine avait déjà jugé «semée d’embûches» l’année 2019, marquée notamment par la mise en retrait de son fils le prince Andrew en raison de ses liens avec le pédophile américain Jeffrey Epstein. Selon la presse, la journée de jeudi a commencé, ont raconté les membres de la famille, par la stupéfaction ou la fureur contre Harry et Meghan, a donné lieu à une série de coups de téléphone entre la reine, son fils Charles et son petit-fils aîné William pour les pousser à recoller les morceaux et arriver à une solution.

Les discussions dont Élisabeth II a pris l’initiative doivent déterminer le statut exact d’Harry et de Meghan, qui ont dit vouloir renoncer à leur allocation royale pour avoir le droit de gagner de l’argent. Cela ne devrait pas être difficile vu leur statut de célébrités modernes ayant rajeuni la monarchie.

Harry et Meghan ont fait déposer la marque «Sussex Royal», selon un avis publié en décembre par l’organisme britannique chargé de la propriété intellectuelle. Elle couvre des domaines très divers, de calendriers et de cartes postales à des vêtements en passant par des services de consultance ou des campagnes caritatives.

«Tout le projet d’Harry et de Meghan est très problématique», en raison du mélange public-privé, estime le commentateur royal Peter Hunt, interrogé par l’AFP. «Leur désir de faire de l’argent risque de nuire à la marque Windsor.»

Le prince Charles doit décider s’il continue de leur verser une partie de ses propres revenus, ce qui représente actuellement l’essentiel de leurs ressources. Ils ont par ailleurs dit vouloir garder leurs titres royaux, l’usage du cottage qu’ils occupent sur les terres du château de Windsor et la protection policière dont ils bénéficient, s’attirant des accusations d’égoïsme dans la presse.

Leur malaise n’était plus un mystère depuis un documentaire en octobre. Meghan Markle, qui a épousé Harry en 2018, y reconnaissait les larmes aux yeux avoir passé une année «difficile», rendue «vulnérable» par sa grossesse et la naissance en mai de son fils.

Harry avait le même mois porté plainte contre des tabloïds. Il a dit craindre que sa femme ne connaisse le même sort que feu sa mère Diana, morte en 1997 dans un accident de voiture à Paris.

Palais de Buckingham

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LES SCANDALES DE LA FAMILLE ROYALE BRITANNIQUE

LONDRES — De l’abdication du roi Edouard VIII au retrait du prince Harry et de son épouse Meghan de leurs fonctions royales, voici les principales crises qui ont ébranlé la monarchie britannique dans son histoire récente.

L’amour plutôt que le devoir

Plaçant l’amour avant le devoir, le roi Edouard VIII provoque un véritable séisme en renonçant au trône en 1936, après 326 jours de règne, afin d’épouser Wallis Simpson, une roturière américaine deux fois divorcée, rejetée par l’Église anglicane, dont il est le chef, et l’establishment britannique.

Son frère, le roi George VI et père de l’actuelle reine Elizabeth II, lui succède, tandis que l’ex-souverain est ostracisé.

Le chagrin d’amour et infidélités

Surnommée la princesse rebelle, brûlant la vie par les deux bouts, la princesse Margaret, sœur cadette de la reine, fait parler d’elle pour ses frasques, bousculant les traditions et les convenances.

Elle épouse en 1960 Antony Armstrong-Jones, photographe de mode et de cinéma un peu bohème, après avoir dû renoncer à son amour pour l’écuyer Peter Townsend, divorcé.

Le couple divorce en 1978, après un énième scandale dû à leurs infidélités étalées dans la presse.

Mariages chancelants

1992 est une année «horribilis» pour la reine, confrontée aux mariages chancelants de trois de ses quatre enfants. La séparation la plus marquante est celle du prince héritier Charles et de la princesse Diana, après onze ans d’un mariage tumultueux. Leur divorce est prononcé quatre ans plus tard.

La même année, le prince Andrew, second fils d’Elizabeth II, se sépare de la flamboyante Sarah Ferguson, photographiée seins nus au bord d’une piscine dans le sud de la France, son conseiller financier lui léchant les orteils.

Malgré leur divorce en 1996, Andrew et Sarah restent en bons termes et la duchesse d’York vit toujours au domicile de son ex-époux.

Seule fille de la souveraine, la princesse Anne divorce de son premier mari Mark Phillips trois ans après leur rupture très médiatisée en 1989.

Mort de Diana

Le reine est fustigée pour son manque de compassion à la mort en 1997 dans un accident de voiture de la très populaire «princesse du peuple», Diana, mère de William et Harry.

Alors qu’un peuple en larmes dépose des millions de fleurs devant les grilles de Buckingham et du palais de Kensington, le prince Charles et la reine Élisabeth II restent retranchés dans leur domaine de Balmoral (Écosse).

Malgré la vague d’indignation qui monte dans tout le pays, la souveraine ne sort de son silence qu’à la veille des funérailles, lors d’une allocution télévisée exceptionnelle.

Les relations troubles d’Andrew

L’amitié passée du prince Andrew avec le financier américain Jeffrey Epstein lui vaut des accusations particulièrement graves depuis que ce dernier, soupçonné d’avoir exploité sexuellement des mineures, s’est suicidé en prison.

Une Américaine, Virginia Roberts, épouse Giuffre, affirme avoir été forcée d’avoir des relations sexuelles avec lui alors qu’elle était mineure et se trouvait sous l’emprise d’Epstein.

Se défendant sur la BBC, le prince a donné une image désastreuse, avec des dénégations jugées peu convaincantes, un manque de regrets pour son amitié avec Epstein et peu d’empathie pour les victimes.

Lâché par nombre d’entreprises et d’universités avec lesquelles il collaborait, il a dû se retirer de la vie publique et fait depuis profil bas.

Le retrait-choc

Prenant tout le monde de court, y compris la reine, le prince Harry et sa femme Meghan annoncent mercredi renoncer à leur rôle de premier plan au sein de la famille royale. Le couple, qui a apporté un vent de fraîcheur sur la monarchie, veut retrouver son indépendance financière et s’installer partiellement en Amérique du Nord.