Pour le coporte-parole du Regroupement des omnipraticiens pour une médecine engagée, le Dr Simon-Pierre Landry, il est évident que le réseau de la santé «se détériore».

Médecins spécialistes: geler la rémunération pour éviter une «crise sociale»

Le Regroupement des omnipraticiens pour une médecine engagée (ROME) ajoute sa voix à celles qui réclament depuis plusieurs jours que le gouvernement paie moins les médecins pour investir dans le système de santé. La seule façon, selon le ROME, d’éviter une «crise sociale et politique».

Après le regroupement des Médecins québécois pour le régime public (MQRP) et l’Association médicale du Québec (AMQ), c’était au tour de ROME mardi de s’élever contre les dernières ententes sur la rémunération médicale. 

«On croit qu’une majorité de médecins sont mal à l’aise […]. Nous croyons aussi que la majorité des médecins souhaitent plutôt que l’argent soit investi dans l’embauche de personnel […] pour nous aider à faire notre travail et améliorer nos conditions de pratique», a dit en conférence de presse le coporte-parole de ROME, le Dr Simon-Pierre Landry, pour qui il est évident que le réseau «se détériore».

«Et c’est une évidence que les ententes sur la rémunération médicale ne passent pas dans la population. Si rien n’est fait, nous croyons que nous nous dirigeons vers une crise sociale et politique», a prévenu le Dr Landry, qui dirige le département de l’urgence de Sainte-Agathe-des-Monts, dans les Laurentides. 

Le ROME, qui compte environ 600 membres, demande au gouvernement de geler la rémunération des médecins spécialistes, «qui ont dépassé la moyenne canadienne». Pour les médecins de famille, dont la situation est «relativement différente», le regroupement demande à Québec de ne leur accorder qu’une augmentation suivant l’inflation, sans plus. 

Oui, a convenu le Dr Landry, l’entente conclue l’été dernier entre la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) et le gouvernement a été approuvée à 96 % lors d’un vote universel. Mais, selon lui, les médecins de famille ont voté en faveur de l’entente parce qu’ils ne voulaient plus entendre parler de rémunération, qu’ils voulaient «passer à autre chose».

Il faut, a-t-il dit, faire la distinction entre les têtes des fédérations, «qui sont élus pour représenter des intérêts économiques», et leurs bases. 

«La façon dont les fédérations agissent a beaucoup changé depuis 2007, quand Gaétan Barrette est arrivé à la Fédération des médecins spécialistes du Québec [FMSQ]. Il a changé la culture de la FMSQ, et, par extension, celle de la FMOQ. L’enjeu de la rémunération est devenu l’enjeu principal», a déploré le Dr Landry, soulignant par ailleurs que «les représentants syndicaux à la FMOQ et FMSQ sont souvent élus avec 8 % de taux de participation». 

Vote universel

Ce que souhaite le coporte-parole de ROME, c’est que les deux fédérations procèdent à un vote universel et électronique auprès de leurs membres respectifs sur une question claire qui mesurerait leur volonté de renoncer à des sommes afin qu’elles soient investies dans l’embauche de personnel supplémentaire «qui nous aiderait à faire notre travail». 

«La question qu’on soumet, c’est une question qui vient changer la perspective de la négociation. On demande de négocier non pas sur une augmentation du revenu des médecins, mais sur une amélioration de notre qualité d’exercice», a résumé le Dr Landry. 

«Notre lecture, c’est qu’il y a présentement une conjoncture qui est rare. Nous ne sommes pas dans une négociation typique avec un gagnant et un perdant. Les médecins souhaitent prioritairement autre chose qu’une hausse de leur rémunération. Notre solution permettrait des gains pour le gouvernement, les médecins et la population», estime-t-il. 

Le Dr Simon Pierre-Landry a par ailleurs dit souhaiter un «front commun» entre les organisations de médecins qui se sont publiquement prononcées contre les récentes hausses de rémunération afin de «faire augmenter la pression» sur le gouvernement et les deux fédérations.

Au moment d’écrire ces lignes, mardi, quelque 460 médecins avaient signé la lettre de MQRP réclamant «l’annulation des hausses de rémunération négociées par les fédérations médicales». Avec Patricia Cloutier