Pour Martin Provencher, le véritable deuil a commencé le jour où Cédrika a été retrouvée, en décembre 2015.
Pour Martin Provencher, le véritable deuil a commencé le jour où Cédrika a été retrouvée, en décembre 2015.

Martin Provencher, papa de Cédrika: continuer malgré l’absence [VIDÉO]

TROIS-RIVIÈRES — Bien en évidence sur le mur du salon de la maison de son père, le large sourire et les yeux rieurs de Cédrika Provencher prennent toute la place dans ce cadre qui trône au cœur de la pièce. Chez Martin Provencher, ça se voit, Cédrika continue de vivre, d’être présente, même si elle n’occupe pas tout l’espace. Elle a sa place, tout simplement.

«Elle fait partie de ma vie. Il ne faut pas que ça devienne une obsession, et à l’inverse il ne faut surtout pas la tasser complètement. Elle est là et fait partie de ma vie», confie Martin Provencher.

Dans l’histoire récente du Québec, l’enlèvement de Cédrika Provencher près du parc de la rue Chapais à Trois-Rivières en juillet 2007, puis la découverte de ses ossements huit ans et demi plus tard dans un boisé à quelques kilomètres de là, a marqué les esprits de toute la province. Cet été-là, la fillette de neuf ans est tombée dans les griffes d’un prédateur qui, encore aujourd’hui, n’a pas été traduit devant les tribunaux pour le geste qu’il a commis.

Pour Martin Provencher, le véritable deuil a débuté le jour où sa fille a été retrouvée, en décembre 2015. «Avant ça, c’est impossible de commencer quoi que ce soit. On avait un combat à mener, celui de la retrouver», explique-t-il. Au fil de ce combat, il n’a pas souvent remué les souvenirs afin de garder le focus sur sa mission. Après la découverte des ossements, il s’est permis de rouvrir des boîtes dans lesquelles il avait rangé quelques effets qui appartenaient à sa fille.

«Et là tu ouvres tout ça, et ce sont des souvenirs qui reviennent. C’est là que c’est réel. Je me suis permis de pleurer, de planter un peu aussi. C’est un cheminement que tu n’as pas le choix de faire», explique celui qui, malgré qu’il ait été très présent sur la scène publique durant les huit années et demie de disparition de sa fille, s’est complètement effacé une fois la petite retrouvée.

«Dès qu’elle a été retrouvée, il n’y a plus eu d’apparitions. C’était à moi, ce moment-là. Le but de tout ce qu’on avait fait, c’était de la retrouver, et c’est ce qui est arrivé. Le monde n’a pas su quand étaient les funérailles, parce que c’était des moments intimes, à nous autres», se souvient-il.

Cédrika Provencher

Alors, pourquoi accepter maintenant de parler de son histoire et de son cheminement, au lendemain de la découverte de Romy et Norah Carpentier? «J’en parle parce que ça peut aider, j’imagine. Le deuil qui s’en vient pour cette maman et pour la famille va être long. Il faut s’écouter et prendre conscience de chacun des moments. Souvent, on a tendance à s’isoler après un moment comme ça. On le vit chacun à sa manière, mais il faut prendre le temps», souligne celui qui dit avoir trouvé du réconfort à certains moments dans la solitude, sans pour autant tasser complètement son entourage. Le travail l’aura également aidé à garder le cap, en ayant l’esprit occupé et en s’accomplissant professionnellement.

«Dans le deuil, il faut que tu continues à vivre et à te faire plaisir. Il y a plein de choses qui nous accrochent à la vie, c’est au jour le jour. J’ai pris le temps, il faut le prendre, ne pas le repousser, ne pas l’ignorer, ne pas se penser plus fort», indique celui qui dit avoir pu compter sur ses amis et sur certaines passions, comme la moto par exemple, pour trouver des petits bonheurs au quotidien.

Justice

Mais comment arriver à faire un deuil complet quand on sait que l’assassin de sa fille est toujours au large? «Il faut se détacher de ça, des choses sur lesquelles on n’a pas de contrôle. Même si j’entretenais une haine, une colère, ça me détruirait au contraire. Cette partie-là, c’est le travail policier. S’ils ne le retrouvent jamais, je ne peux pas avoir cette colère-là pour toujours en dedans de moi, ça ne m’intéresse pas», mentionne-t-il.

L’appui du public à travers toutes ces années l’a tout de même aidé à cheminer dans son deuil, et Martin Provencher se doute bien que la maman de Norah et Romy pourra également compter sur ce soutien indéfectible de la communauté.

«On sent que les gens sont derrière nous. D’avoir le soutien de toute la population et les mots, oui ça aide. C’est comme de recevoir des tapes dans le dos, d’avoir du monde qui nous tient», croit-il.

Mais se remet-on un jour de la perte d’un enfant? Lorsque la question, aussi directe soit-elle, tombe, Martin Provencher ne peut retenir ses larmes. «La question est directe, alors l’émotion est directe... Ça reste la perte d’un enfant. Tu vis avec. Ça fait partie de notre vie. Tu poserais cette question-là à n’importe qui, personne ne va te répondre que oui. Mais la vie continue, on a du bonheur pareil, on ne reste pas dans le creux qu’on peut avoir au moment où on perd notre enfant. Mais c’est là, c’est toujours là et tu vis avec», confie-t-il.

Aujourd’hui, Cédrika serait sur le point de célébrer ses 23 ans. «Tu te places dans le temps et tu te demandes souvent où elle en serait rendue. Je passe encore toutes les semaines au cimetière. Ce moment-là, les minutes que je prends, ça amène à des idées comme ça. Où en serait-elle rendue? C’est normal de se poser ces questions», mentionne Martin Provencher.