Ce lutteur gonflé à bloc a fait une entrée remarquée à la fin de la conférence de presse de Robert Lepage pour signifier qu’il avait «oublié» de mentionner le Gala de lutte professionnelle de la NSPW, le 5 octobre.

Lutte, cirque et «Les sept branches de la rivière Ota» au Diamant

Les têtes pensantes du Diamant ont enfin dévoilé, mercredi. un aperçu de leur saison inaugurale: Robert Lepage reprend «Les sept branches de la rivière Ota», Flip Fabrique présente sa nouvelle création en première nord-américaine, la North Shore Pro Wrestling tient un gala de lutte professionnelle... Un amalgame de formes scéniques événementielles qui devrait continuer de s’enrichir dans la programmation à venir, promet le directeur général Bernard Gilbert.

Il semblait tout naturel d’ouvrir le bal avec une création d’Ex Machina, la compagnie de Robert Lepage, qui est l’initiateur du projet. Du 7 au 15 septembre, on pourra voir une nouvelle mouture de la création-fleuve de sept heures Les sept branches de la rivière Ota, créée il y a un quart de siècle. Près de 75 ans après le bombardement d’Hiroshima, le spectacle est un peu une manière de commémorer ce triste évènement. «Je voulais rappeler que les peuples avancent et perdent la mémoire», a souligné M. Lepage.

La première aura lieu à Moscou en juillet et après sa présentation à Québec, la pièce sera notamment jouée au Japon. Le comité organisateur des Jeux olympiques de Tokyo agit d’ailleurs comme coprésentateur de la production, spécifie le créateur. «Pour survivre, le théâtre doit être événementiel», souligne M.Lepage. Les formes se rencontreront et «les histoires ne se raconteront pas qu’avec les mots».

Le Diamant devrait diffuser trois ou quatre spectacles d’Ex Machina par an, annonce Bernard Gilbert. «On présentera à la fois les nouvelles créations et des spectacles de leur vaste répertoire. Je trouvais que Les sept branches alliait un peu les deux.»

La palme de l’évènement le plus surprenant de cette programmation revient au Gala de lutte professionnelle de la NSPW, le 5 octobre. Deux lutteurs gonflés à bloc ont fait une entrée remarquée à la fin de la conférence de presse pour signifier à Robert Lepage et à Bernard Gilbert qu’ils avaient «oublié» de le mentionner.

«Ça ajoute une facette à notre Diamant de programmation, a exposé plus sérieusement M. Gilbert. On a toujours voulu au Diamant que ce soit un lieu ouvert, accessible, qui permettrait la rencontre de différentes classes sociales et de différentes formes scéniques.»

Le spectacle Là où le sang se mêle de la compagnie Menuentakuan (8 au 12 octobre) invite les spectateurs à découvrir la dramaturgie contemporaine des Premières nations. «Ça avait été planifié bien avant la controverse de Kanata. Voilà, je l’ai dit» assure M. Gilbert, qui a beaucoup travaillé avec les artistes issus des Premières nations lorsqu’il assurait la direction générale de la Maison de la littérature.

«On va vous convier à un grand cercle de partage», indique pour sa part le metteur en scène Charles Bender, qui a traduit en français le texte de Kevin Loring, le directeur artistique du nouveau Théâtre autochtone du Centre national des arts d’Ottawa. La pièce sera d’ailleurs présentée dans la capitale canadienne en septembre.

«Passagers», des 7 doigts de la main

Place de choix au cirque

Comme annoncé, le cirque aura une place de choix au Diamant. Blizzard, la toute dernière création de la compagnie de cirque de Québec Flip Fabrique, sera présentée du 24 au 28 septembre. Ce sera une occasion de plonger au cœur de l’hiver, dans ce que la saison a de ludique et de poétique, a formulé le metteur en scène Olivier Normand. Les générales ont eu lieu ces derniers jours au Capitole. Le spectacle sera présenté en Europe cet été avant de revenir au bercail pour sa première nord-américaine.

Comme c’est le cas pour bien des compagnies de cirque québécoises, Flip Fabrique peinait à diffuser ses spectacles en salle à domicile. Une situation qu’a aussi vécue Ex Machina, avec ses spectacles atypiques, et à laquelle le Diamant vient remédier. «Ça va me permettre de travailler plus à Québec», assure Robert Lepage. «On faisait un peu de l’anti-comm quand on travaillait à la Caserne, […] on essayait de travailler en cachette, on essayait d’être discrets, mais là, ce sera tout le contraire, tout à coup, il va falloir faire du bruit, que les gens voient comment on travaille.»

«Les sept branches de la rivière Ota»

Toujours en cirque, Passagers, de la compagnie montréalaise Les 7 doigts de la main (18 au 20 octobre) nous entraînera dans l’univers des trains et des voyages.

Le premier spectacle étranger présenté au Diamant sera Per Te. (30 octobre et 1er novembre) de la compagnie Finzi Pasca, maintes fois venue au Carrefour international de théâtre depuis Icaro, en 1996. Depuis, Daniele Finzi Pasca a mis en scène Corteo, trois spectacles du cirque Éloïze ainsi que les cérémonies de clôture des Jeux olympiques de Turin et Sotchi. Louangeant son imagerie poétique et sa musicalité, Bernard Gilbert qualifie Per Te. d’«hommage à la vie, à la féminité et au courage».

Le spectacle de marionnettes The Daisy Theatre (6 au 9 novembre) du Torontois Ronnie Burkett est un grand cabaret burlesque (voire érotique) où le créateur pige parmi 52 marionnettes pour composer un spectacle différent chaque soir. Le spectacle sera donc présenté en anglais, non surtitré. «Si des artistes comme Paul McCartney peuvent venir présenter des spectacles entièrement en anglais en disant seulement “merci”, on s’est dit qu’on pourrait vous présenter des spectacles en langue originale au Diamant», a expliqué Bernard Gilbert. 

Billets et info : lediamant.ca

Illustration du projet du Diamant à Québec

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Activités inaugurales gratuites

La population pourra découvrir le nouveau lieu de création et de diffusion lors d’une fin de semaine d’activités inaugurales, le 31 août et le 1er septembre. Plus de détails sont à venir, mais on sait déjà que la coordination a été confiée à Geneviève Kérouac, directrice générale du théâtre A Tempo, qui offre une place privilégiée au jeu clownesque dans ses créations pluridisciplinaires. «Quatre compagnies de Québec seront impliquées», a noté Bernard Gilbert, directeur général du Diamant. Les visiteurs pourront suivre un parcours qui leur permettra de découvrir les différents espaces du nouvel édifice, dont un atrium et une terrasse donnant sur la place D’Youville. En guise de «prélude», l’inauguration de l’œuvre d’art public créée par Claudie Gagnon aura lieu le 19 août.

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Quatre saisons par an

À 87 jours de l’inauguration officielle, le dévoilement de la programmation d’automne a été l’occasion d’affirmer les lignes directrices du Diamant. Les «saisons», d’abord, ne couvriront pas toute l’année. Il y aura quatre périodes qui suivront les saisons (automne, hiver, printemps), dont une programmation prévue pour l’été, une période délaissée par les principaux théâtres de Québec. Il n’y aura pas d’abonnements ni de séries thématiques. Pour la plupart des spectacles, les 15 ans et moins paieront 15 $, mais il n’y aura pas d’autres tarifs établis selon l’âge. «Plusieurs dizaines de billets», «à l’arrière de la salle», seront mis en vente à moitié prix le jour même de la représentation, indique Bernard Gilbert. 

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Festivals partenaires

Le Diamant accueillera certaines activités du Festival de cinéma de la ville de Québec dès cet automne, du Carrefour international de théâtre dès le printemps prochain et du Festival d’opéra de Québec dès l’été 2020. Alors que le Diamant s’impose déjà comme «le deuxième plus important diffuseur des arts du cirque au Québec, après la Tohu», à Montréal, une alliance naturelle devrait s’établir entre les deux lieux de diffusion pour la venue de spectacles internationaux. Le directeur général Bernard Gilbert a aussi mentionné la présentation d’un «opéra de chambre» lors de la première année du Diamant.

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