Le retour du train de passagers à Trois-Rivières, via le projet de TGF, n’est toujours pas assuré à court terme.

L'UMQ réclame le train grande fréquence

Trois-Rivières — Alors que le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, lance un appel à la patience dans le dossier d’un train à grande fréquence (TGF) à Trois-Rivières, le milieu municipal presse le gouvernement Trudeau de livrer la marchandise lors du dépôt de son prochain budget.

«On s’enligne dans une année pré-électorale. On a l’intention d’être de toutes les tribunes pour obtenir non seulement le fait qu’on va en parler, mais des réponses, des engagements, idéalement, des décisions. Il y a un budget fédéral ce printemps. On pense que la question du TGF ne doit pas devenir une promesse électorale de 2019, mais une réalisation du mandat 2015-2019», a clairement laissé entendre le président de l’Union des municipalités du Québec, Alexandre Cusson.

Les deux hommes ont partagé la même scène, vendredi, à Trois-Rivières, lors de la tenue du Forum municipal sur le transport ferroviaire organisé par l’UMQ.

«C’est clair que dans les projets qui sont sur la planche à dessin, celui du TGF, la desserte de la rive nord, le développement du service également sur la rive sud, c’est probablement le prochain projet qui devra faire l’objet d’une annonce», a ajouté le maire de Drummondville.

Prenant la parole devant les quelque 150 élus municipaux réunis au CECi, le ministre Garneau a indiqué que le projet de TGF faisait toujours l’objet d’une analyse et que les études n’étaient pas complétées.

«Certainement qu’on veut faire ça le plus tôt possible, mais on doit faire nos devoirs. Ça achève, mais il y a des questions. Il y a eu de l’argent dans le dernier budget pour compléter certaines études», a-t-il rappelé en entrevue.

Pour son gouvernement, il est important de connaître l’achalandage potentiel, d’évaluer une possible implication du secteur privé et de prendre en considération l’aspect environnemental des nouveaux tracés. «Tout ça se fait en parallèle. On achève, mais il faut faire notre travail parce qu’on parle ici d’une responsabilité importante vis-à-vis l’argent des contribuables», a-t-il expliqué.

«Quand on aura complété ces études-là, on va les rendre publiques. Je vous demande d’être patient dans cette situation parce qu’on veut que ce soit le produit d’une analyse très poussée quand on va rendre ces choses-là publiques. On a engagé beaucoup de personnes pour faire ces études et je ne veux pas dire des choses avant de voir les conclusions. On va attendre que ce soit fini», renchérit le ministre Garneau.

Le président et chef de la direction de Via Rail, Yves Desjardins-Siciliano.

Or, selon le député fédéral de Trois-Rivières, Robert Aubin, le conférencier invité «croule sous les études». «Ils veulent faire campagne sur le TGF», croit le représentant du NPD.

Participant également à ce Forum, le président et chef de la direction de Via Rail, Yves Desjardins-Siciliano, se dit très optimiste. «On devrait avoir des nouvelles d’une manière ou d’une autre en 2019. Les études sont en cours et on travaille avec les différents intervenants. Si le gouvernement du Canada nous donne l’aval d’aller de l’avant en 2019, les gens de Trois-Rivières ont raison de croire qu’en 2022-2023, ils auront un train», a-t-il déclaré.

Selon lui, un TGF redéfinirait l’offre de service dans le corridor Québec-Windsor de façon à totalement éliminer le déficit d’exploitation annuel actuel qui est de l’ordre de 150 millions de dollars. «Le surplus de profitabilité pourrait être réinvesti dans le réseau de Via Rail. C’est pour ça que c’est transformateur non seulement pour les passagers, mais l’opération du train et son financement à plus long terme», fait-il valoir.

Pour sa part, la mairesse suppléante de Trois-Rivières, Ginette Bellemare, a profité du passage du ministre Garneau pour envoyer un message clair: «oui, nous, à Trois-Rivières, nous voulons un train. C’est très important».

«On a bon espoir qu’on va y arriver prochainement. Mais le grand défi, c’est le financement. Ça va prendre de l’argent», a avoué le président-directeur général de la Fédération des chambres de commerce du Québec, Stéphane Forget, qui parle d’un projet de cinq milliards de dollars. «On va rester réaliste. On espère. C’est un projet qui doit être mis de l’avant», soutient le président de la Chambre de commerce et d’industries de Trois-Rivières, Marco Champagne.

Le Forum s’est conclu par la signature de la Déclaration de Trois-Rivières et l’adoption d’un plan d’action pour le nouveau Comité sur le transport ferroviaire de l’Union.

«Cette mobilisation sans précédent des élues et élus municipaux autour du transport ferroviaire démontre bien l’importance de l’enjeu pour la vitalité économique et la desserte de nos régions, alors que le réseau ferroviaire traverse plus de 500 communautés au Québec. Encore une fois, l’UMQ a pu démontrer son leadership et sa crédibilité dans un dossier stratégique et prioritaire pour le milieu municipal. J’entends personnellement porter les engagements contenus dans la Déclaration de Trois-Rivières auprès de nos partenaires à Ottawa et à Québec au cours des prochains mois», a annoncé Alexandre Cusson.

Le Forum a permis aux élus municipaux de dresser un état de la situation et des défis à relever au chapitre du transport ferroviaire. Un consensus a émergé quant aux obstacles que représente la culture de l’auto solo au Québec et au Canada pour le développement du train sur rail.

Le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau.

Ainsi, un sondage CROP, réalisé pour le compte de l’UMQ et dont les résultats ont été dévoilés lors du forum, révèle notamment que près de neuf Québécois sur dix (87 %) utilisent l’automobile pour se déplacer au Québec pour un trajet de 100 kilomètres et plus, comparativement à seulement 4 % pour le train, moins d’un Québécois sur quatre (22 %) utilise le train comme seconde alternative et plus d’un Québécois sur trois (37 %) estime que les gouvernements devraient investir dans le transport ferroviaire parce qu’il s’agit du meilleur transport de masse existant, et plus d’un sur quatre (28 %) parce qu’il contribue à réduire les émissions de gaz à effet de serre.