Johannes Frasnelli, professeur au département d’anatomie de l’UQTR.

L’odorat pourrait prédire l’anxiété et la dépression

TROIS-RIVIÈRES — Le simple fait de dépister un trouble de l’odorat 24 heures ou moins après une commotion cérébrale pourrait révéler qu’une personne est à risque de développer un trouble d’anxiété ou de dépression plus tard. Ce simple test, qui se fait en respirant divers flacons d’odeurs facilement reconnaissables, pourrait en effet indiquer aux médecins qu’il faut suivre ces patients de plus près, voire amorcer plus rapidement des traitements pour prévenir le développement d’une dépression ou de troubles de l’anxiété.

C’est la conclusion étonnante de travaux de recherche menés par le professeur Johannes Frasnelli du département d’anatomie de l’Université du Québec à Trois-Rivières en collaboration avec l’Université de Montréal, l’Hôpital Sacré-Coeur de Montréal et une équipe de chercheurs suisses.

L’équipe s’est intéressée aux effets à long terme des commotions cérébrales. La grande majorité des études portant sur les traumatismes craniocérébraux jusqu’à présent ont été faites sur ceux qui sont classés dans la catégorie modérés ou graves et non sur les commotions légères, indique le professeur Frasnelli. «Or les traumatismes craniocérébraux légers ne sont pas si légers», fait-il valoir. Ils peuvent en effet avoir eux aussi des conséquences graves à long terme, dit-il.

Pendant longtemps, raconte le chercheur, on a pensé que ce type de commotion n’était pas vraiment grave et qu’un peu de repos pouvait suffire pour revenir à la normale. «Toutefois, nous savons maintenant, dans le contexte des joueurs et des athlètes que les commotions peuvent avoir des conséquences à long terme», rappelle-t-il.

Les conséquences les plus communes, dit-il, sont l’apparition de symptômes d’anxiété et de dépression pouvant apparaître immédiatement et même quelques mois après le traumatisme, «soit une dépression manifeste ou des symptômes dépressifs», précise-t-il.

Au cours d’études antérieures, les chercheurs ont également dénoté que «beaucoup de gens qui ont subi un traumatisme craniocérébral plus ou moins grave ont un trouble de l’odorat dès les premières semaines qui suivent le traumatisme, rappelle-t-il.

Quel est donc le lien mystérieux qui relie l’odorat et les états dépressifs? C’est que «le traitement des odeurs a lieu dans une partie du cerveau qui est également responsable des émotions», explique le professeur Frasnelli. «C’est le système limbique», dit-il.

«Nous avons fait le lien entre les deux et nous nous sommes posé la question suivante: ‘‘Est-il possible que les gens qui, à la suite d’une commotion, ont des troubles de l’odorat — parce que ce n’est pas tout le monde qui a un trouble de l’odorat— soient plus à risque d’avoir des problèmes d’anxiété et de dépression plus tard?’’», explique-t-il.

Or, il appert que la réponse à cette question est oui. En fait, le trouble de l’odorat serait, d’une certaine manière, le canari dans la mine, un signe précurseur d’un trouble encore plus grave à venir. «C’est un trouble aigu qui se manifeste. À long terme, quand c’est plus chronique, les symptômes de type dépression ou d’anxiété finissent par émerger», explique-t-il.

Les personnes qui ont subi une commotion ne développent pas toutes un problème d’odorat, nuance le chercheur. On parle de 20 à 75 %, selon diverses études, précise le professeur Frasnelli. «Ça dépend probablement de la sévérité», explique-t-il. L’hypothèse des chercheurs est aussi que pour présenter un trouble de l’odorat, «il faut vraiment avoir une atteinte de ces régions du cerveau responsables du traitement de l’odorat», précise-t-il.

«Dans l’étude que nous avons faite, plus de la moitié des patients atteints d’une commotion cérébrale avaient un trouble de l’odorat», illustre-t-il. La région responsable est située dans le lobe temporal, sous les yeux, précise-t-il. Les effets d’un contre coup, également, font en sorte que le cerveau va d’avant en arrière, lors de la commotion, et peuvent donc causer des impacts, nuance-t-il. «Toute la mécanique de la commotion cérébrale n’est pas tout à fait comprise», précise-t-il.

Au cours de leurs travaux, les chercheurs ont examiné des sportifs, en particulier des skieurs et des planchistes «et nous avons testé leur odorat à l’intérieur de 24 heures, donc tout de suite après l’accident et nous avons observé que plus de la moitié d’entre eux avaient un trouble de l’odorat», raconte-t-il.

C’est une autre nouveauté de cette étude, car dans les autres recherches, les patients avaient été testés plusieurs semaines après l’accident et non dans les heures suivantes, signale le chercheur de l’UQTR.

Afin d’objectiver sa recherche, l’équipe a pris soin d’avoir également un groupe contrôle. Cette fois-ci, il s’agissait de sportifs aux prises avec des fractures de jambe ou de bras. Eux aussi ont subi le test de l’odorat et aucun ne présentait de trouble de ce côté. Cela est venu confirmer le lien entre l’odorat et la commotion, résume le professeur Frasnelli.

Les chercheurs veulent raffiner leurs connaissances et sont en train de faire une deuxième étude sur ce thème. Les personnes intéressées à participer sont invitées à communiquer au 819-376-5011 poste 3360 en mentionnant qu’elles souhaitent prendre part à l’étude du professeur Frasnelli.