La fontaine de Tourny, avec au loin le château Frontenac, à Québec
La fontaine de Tourny, avec au loin le château Frontenac, à Québec

L’impatience gagne l’industrie du tourisme à Québec

L’Office du tourisme de Québec presse le gouvernement Legault «d’annoncer clairement son calendrier de déconfinement et des mesures financières» pour aider l’industrie qui compte 40 000 emplois et procure des retombées de 1,6 milliard de dollars dans la capitale nationale.

Le directeur de l’office (OTQ), Benoît Pigeon, dit faire cette demande au nom de ses 897 membres. Il réitère l’urgence pour 2 600 entreprises qui dépendent du tourisme d’obtenir une aide financière pour couvrir les frais fixes et savoir quand ils pourront rouvrir leurs portes. 

«On attend notre tour depuis longtemps. On est conscient des priorités. Il y a eu des annonces dans d’autres domaines. Maintenant, c’est à nous. On commence à être impatient. C’est crucial pour la survie de notre industrie», indique le directeur.

M. Pigeon rappelle que la saison estivale 2020 dépendra cette année du tourisme intra-Québec, voire même régional. Dans ce contexte, il juge essentiel d’obtenir rapidement un calendrier clair de déconfinement. Selon lui, il s’agit du seul scénario envisageable pour sécuriser les «emplois et préserver les emblèmes touristiques uniques à la région de Québec». 

«Les écoles finissent, la période des vacances commence et les gens veulent se changer les idées un peu. On veut savoir quand on va pouvoir accueillir les touristes de façon sécuritaire. Nous devons réengager et former le personnel et aménager les lieux. Nous voulons remplir la ville à la capacité maximale permise (selon les règles d’hygiène)», ajoute le directeur, précisant qu’il s’attendait à des annonces beaucoup plus tôt.

Un sondage réalisé par l’OTQ rendu public lundi indique que le tiers des  500 répondants a l’intention de demeurer pour l’été uniquement dans la région de Québec. Cette proportion grimpe à 41 % parmi les 35-54 ans. Quelque 18% disaient ne pas savoir encore.

Comme elle avait confié dimanche au Soleil, la directrice générale de l’Association hôtelière de la région de Québec, Marjolaine de Sa, s’inquiète de la situation de ses membres et des travailleurs de l’hébergement. En avril, le taux d’occupation affichait un famélique 1,2% d’occupation.

«La grande région de Québec a besoin du tourisme. Il y a de nombreux emplois qui sont en jeu présentement, notamment dans le domaine hôtelier. À la fin du mois de mars, juste pour le secteur de l’hôtellerie, 97 % des 6 500 employés à temps plein se retrouvaient pris en charge par les programmes d’aide financière du gouvernement. Nous devons agir rapidement afin d’éviter qu’un nombre considérable d’hôtels ne ferment leurs portes définitivement.» 

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LE BAS-SAINT-LAURENT ET LA GASPÉSIE DEMANDENT DES MESURES FINANCIÈRES

MATANE – Les associations touristiques du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie unissent leur voix à celle des autres régions du Québec pour demander au gouvernement Legault une subvention non remboursable de 589 millions $. Ce soutien financier vise à couvrir les frais fixes des entreprises hôtelières et des attraits touristiques du Québec qui craignent de ne pas pouvoir survivre à la crise sanitaire. 

Le président de Tourisme Bas-Saint-Laurent, Hugues Massey, estime que si Terre-Neuve-et-Labrador a été capable de verser 25 millions $ pour 20 000 travailleurs du secteur touristique de la province, Québec peut accorder une aide financière pour sauver 400 000 emplois. 

«Notre taux habituel d’occupation est habituellement de 70 à 90 %, mentionne le propriétaire de l’Hôtel Universel de Rivière-du-Loup. Depuis le début de la crise, il est tombé à 6 %. Tous les congrès ont été annulés. On devait recevoir 161 autobus qui ont aussi annulé. Mais, les frais fixes demeurent.» 

Ces dépenses s’établissent, selon Gilles Lortie, à 1 million $ en frais d’électricité et autant en taxes foncières. Les frais d’intérêt liés aux investissements des dernières années doivent aussi être remboursés à la banque, ajoute M. Lortie, qui a rappelé le récent soutien financier de 400 millions $ au monde de la culture. «C’est bien correct, mais l’industrie touristique a aussi besoin d’aide», clame l’hôtelier. Le Bas-Saint-Laurent accueille annuellement 1,1 million de visiteurs. 

Hugues Massey estime que ce cri du coeur est un ultimatum. «Je dois gérer l’ingérable. On n’est plus à l’heure de l’écoute. On est rendus au 3 juin. Il y a encore des entreprises touristiques qui se demandent si elles vont ouvrir. On n’a pas lancé une entreprise touristique pour la fermer! Le gouvernement a aidé les autres secteurs. On demande la même chose.»

Même son de cloche du côté de Tourisme Gaspésie, pour qui l’industrie touristique génère annuellement 380 millions $ en retombées économiques, avec 785 000 visiteurs. Cette industrie procure 7000 emplois, dont la moitié d’entre eux sont permanents. C’est donc un Gaspésien sur cinq qui occupe un emploi lié au tourisme. En incluant les attraits, les restaurants, l’hébergement et les boutiques, le territoire compte 900 entreprises. Il s’agit donc d’un pan économique majeur pour la région.

«L’industrie attend avec impatience les prochaines étapes évoquées par la ministre [du Tourisme], soit le calendrier de la deuxième phase de déconfinement et le plan de soutien financier de l’industrie, fait savoir le président de Tourisme Gaspésie, David Dubreuil. Ces éléments sont cruciaux afin que les entreprises touristiques puissent faire des choix et maintenir des emplois. Nous travaillons avec les forces vives de notre région, de notre industrie et du gouvernement pour trouver un équilibre entre santé publique et survie économique.»  Johanne Fournier