La concentration de la psychiatrie au CHUL (photo) et à l’Hôpital de l’Enfant-Jésus est critiquée par plusieurs organismes.

Libéré de l’urgence psychiatrique, il s'en prend à ses parents

Maxime* a un trouble de la personnalité. La semaine dernière, son père a contacté les policiers pour le faire expulser de la résidence familiale. Le jeune homme dans la vingtaine était en crise, intoxiqué et complètement désorganisé. Il a été amené au CHUL, d’où il sera libéré quelques heures plus tard pour retourner auprès de ses parents… à qui il s’en prendra physiquement avant de s’enfuir et de déclencher une brève opération policière.

L’histoire se déroule le 19 août dans le secteur de Sainte-Foy. Depuis quelques mois, l’état mental de Maxime se détériore, au point où il aurait été hospitalisé à l’Institut universitaire de santé mentale de Québec (IUSMQ, anciennement l’Hôpital Robert-Giffard) pendant une semaine en juillet, selon ce qu’il a été possible d’apprendre.

Ce jour-là, donc, le jeune homme se désorganise, au point où les policiers doivent intervenir. Suivant la recommandation de l’organisme PECH (pour Programme d’encadrement clinique et d’hébergement), Maxime est conduit à l’urgence psychiatrique du CHUL en après-midi. On estime qu’il représente un danger pour lui-même ou pour autrui. Il obtiendra son congé de l’urgence moins de six heures plus tard, après avoir vu un psychiatre. 

De retour chez lui, la crise reprend de plus belle. Maxime est violent. Il s’en prend physiquement à son père et à sa mère, les menace notamment avec un couteau et un tisonnier. 

Voyant son père composer de nouveau le 9-1-1, le jeune homme prend la fuite, pour être finalement retrouvé rapidement par les policiers, nombreux à ses trousses. Maxime sera de nouveau conduit au CHUL, puis comparaîtra plus tard sous une accusation de voies de fait. Il est actuellement détenu en attendant la suite des procédures judiciaires.

De plus en plus de crises

Cette histoire, qui aurait pu connaître une issue plus dramatique, témoigne de la difficile réalité des personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale et des répercussions sur leurs proches, mais aussi du quotidien des policiers de Québec, qui interviennent de plus en plus en situation de crise. 

Dans son dernier rapport annuel, le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) souligne que les interventions auprès de personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale «représentent un enjeu autant par le nombre que par la complexité de la réponse à cet effet».

Le SPVQ se déplace en moyenne pour une quinzaine d’appels de ce type par jour, chaque intervention durant généralement entre une et deux heures et nécessitant l’expertise de partenaires communautaires spécialisées en santé mentale, note l’organisation dans son rapport 2018.

Début juillet, un policier de Québec, Yannick Campagna, a lancé un cri du cœur devant le Comité de déontologie policière, dénonçant le syndrome des «portes tournantes» et «l’abandon» des patients en psychiatrie. 

Le patrouilleur avait été cité en déontologie après avoir enguirlandé les infirmiers de l’urgence de l’Hôpital de l’Enfant-Jésus qui auraient refusé de voir un patient aux prises avec des problèmes de santé mentale. Il a écopé d’une journée de suspension.

Conditions difficiles

Plus tôt cet été, l’organisme PECH, le Centre de crise de Québec et le Regroupement pour l’aide aux itinérants et itinérantes de Québec ont tour à tour signalé dans nos pages une augmentation et un alourdissement des cas qui leur sont référés, notamment par les urgences psychiatriques. 

Jeudi, Le Soleil faisait état des conditions difficiles qui prévalent dans les urgences psychiatriques et les unités d’hospitalisation en psychiatrie, en surcapacité chronique depuis la fermeture de l’urgence psychiatrique de l’Hôpital du Saint-Sacrement en novembre, puis de ses lits d’hospitalisation en juin. 

Cette fermeture s’inscrivait dans le plan de réorganisation en santé mentale du CIUSSS de la Capitale-Nationale, qui vise à développer davantage de services dans la communauté et à concentrer la psychiatrie au CHUL, à l’Hôpital de l’Enfant-Jésus (ultimement à l’Hôpital de l’Enfant-Jésus) et à l’IUSMQ. 

Pour la région, on est passé de 26 à 23 civières à l’urgence psychiatrique (CHUL et Enfant-Jésus). Quant aux lits d’hospitalisation en psychiatrie, sur les 327 qu’il y avait à Québec au 1er avril 2017, il n’en restera plus que 257 au CHUL et à l’IUSMQ au 1er avril 2021.

*Prénom fictif