Dans les trois cas, ses interlocutrices ont mentionné avoir moins de 15 ans, ce qui n’a pas empêché l’accusé de leur demander des photos d’elles nues et de se livrer à des propositions explicites en des termes très crus. Dans certains cas, il a également fait parvenir des photos de ses organes génitaux.
Dans les trois cas, ses interlocutrices ont mentionné avoir moins de 15 ans, ce qui n’a pas empêché l’accusé de leur demander des photos d’elles nues et de se livrer à des propositions explicites en des termes très crus. Dans certains cas, il a également fait parvenir des photos de ses organes génitaux.

Leurre d’enfant: ses fautes d’orthographe le trahissent

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
Il aura beau avoir plaidé que son compte Facebook avait été piraté, un jeune homme originaire de Roxton Falls n’a pas réussi à convaincre le juge Bertrand St-Arnaud qu’il n’était pas l’auteur de messages à caractère sexuel destinés à des adolescentes. La répétition des mêmes fautes d’orthographe et l’usage du même vocabulaire ont plutôt contribué à incriminer Dave Pearson, lui valant un verdict de culpabilité sur six des neuf chefs d’accusations qui pesaient contre lui dans cette affaire de leurre d’enfant.

Si les audiences ont eu lieu l’an dernier, ce n’est que cet été que Dave Pearson a été trouvé coupable d’avoir tenu des échanges de nature sexuelle avec des personnes qu’il croyait mineures, dont deux policières sous couverture, entre septembre 2016 et janvier 2017.

Dans les trois cas, ses interlocutrices ont mentionné avoir moins de 15 ans, ce qui n’a pas empêché l’accusé de leur demander des photos d’elles nues et de se livrer à des propositions explicites en des termes très crus. Dans certains cas, il a également fait parvenir des photos de ses organes génitaux ou une vidéo de sa personne en train de se masturber.

Un compte piraté, prétend l’accusé

Lors de son procès, Dave Pearson, qui a livré un témoignage parfois contradictoire, «hésitant, décousu, déconcertant par moments, confus et bien difficile à suivre» aux oreilles du juge St-Arnaud, s’est défendu en affirmant qu’un individu avait usurpé son identité sur les réseaux sociaux et qu’il n’était pas l’auteur des messages à caractère sexuel.

Pour appuyer ses dires, il a prétendu avoir prêté son ordinateur portable à au moins dix amis, dont il a toutefois refusé de révéler les noms sous prétexte qu’ils n’avaient rien à voir avec cette affaire.

Une affirmation toutefois démentie par une «lecture attentive» de la page Facebook de l’accusé, qui alimentait lui-même son profil, notamment en y publiant des anecdotes ou des photos de lui en compagnie de ses proches au Centre d’interprétation de la nature du lac Boivin à Granby.

La poursuite a en effet mis en lumière «plusieurs similitudes entre les écrits» des auteurs présumés de chacune des trois conversations, ce qui permet de conclure qu’il s’agit d’une seule et même personne, bien que cela n’incrimine pas directement l’accusé. Or, de très nombreuses fautes d’orthographe relevées dans les trois conversations au coeur de l’affaire ont aussi été recensées dans les publications de l’accusé sur sa page Facebook, «un élément particulièrement important dans la preuve présentée».

Par exemple, l’accusé a écrit sur son mur le mot «ses» au lieu de «c’est» à 15 reprises, alors que cette même erreur s’est glissée huit fois dans les échanges avec l’adolescente et les policières; l’usage du mot «sa» plutôt que «ça» a été comptabilisé 12 fois sur le profil de Pearson et 13 fois dans les séances de clavardage; enfin, l’orthographe erronée «mes» en guise de «mais» est aperçue à 15 reprises en tout, sans oublier d’autres termes qui semblent faire partie du vocabulaire usuel du jeune homme.

De plus, tous les échanges ont lieu via un compte lié à l’accusé, lui-même lié à son numéro de téléphone et a des adresses IP liées à des lieux où Pearson a lui-même admis avoir utilisé Internet, a souligné la Couronne.

Le juge Bertrand St-Arnaud (sur la photo) n’a pas été convaincu par le jeune homme originaire de Roxton Falls qui plaidait que son compte Facebook avait été piraté et qu’il n’était pas l’auteur des messages à caractère sexuel destiné à des adolescentes.

Des photos «guère» concluantes

En défense, l’avocat de Dave Pearson a fait valoir qu’aucune photo ou vidéo compromettante ne se trouvait dans les appareils électroniques saisis chez lui le jour de son arrestation, pas plus que des traces des conversations que son client est prétendu avoir eu avec l’adolescente et deux policières. De plus, aucun téléphone ne correspondant aux modèles sur lesquels auraient été écrits les échanges explicites n’a été retrouvé chez l’accusé, a ajouté le procureur.

Le juge St-Arnaud a toutefois rejeté cet argument du revers de la main étant donné qu’entre six et dix mois s’étaient écoulés entre le tout premier et le dernier des échanges, ce qui a permis à Pearson de changer d’appareil, comme il l’a lui-même confirmé par une publication sur son compte Facebook.

En ultime tentative, la défense a déposé en preuve des photos des mains et du pénis de l’accusé pour démontrer qu’il ne s’agissait pas de lui dans une vidéo transmise sur Messenger. Cela n’a pas convaincu le magistrat St-Arnaud, qui a jugé «bien difficile de tirer quelque conclusion que ce soit de ces photos si ce n’est de constater que, dans tous les cas, il s’agit d’une personne particulièrement poilue. Pour le reste, le tout n’est guère concluant...»

L’accusé a tout de même obtenu une mince consolation. Malgré son verdict de culpabilité, Pearson s’est vu acquitté de chefs d’accusation laissant entendre qu’il avait posé des gestes en vue de faciliter la perpétration d’un enlèvement, faute de preuves que telle était son intention.