Le président de l’UMQ, Alexandre Cusson

Les villes ont besoin de 4 milliards $ pour affronter les changements climatiques d’ici cinq ans

EXCLUSIF / Adapter les infrastructures pour faire face à la réalité des changements climatiques pourrait coûter plus de quatre milliards de dollars d’ici cinq ans aux villes québécoises, d’après une étude réalisée par Ouranos qui sera dévoilée jeudi, à Gatineau, par l’Union des municipalités du Québec (UMQ).

L’étude dont Le Droit a obtenu copie en exclusivité est une première dans le monde municipal au Canada. Elle vise à chiffrer l’impact direct sur les dépenses et les besoins en investissements des municipalités pour adapter leurs infrastructures et leurs aménagements urbains. Ses conclusions seront au cœur des discussions lors du sommet sur la résilience des villes devant les changements climatiques qui se tient cette semaine à Gatineau. 

« On s’attendait à quelque chose comme ça, mais ça fait peur, lance le président de l’UMQ, Alexandre Cusson. Dans le contexte fiscal actuel et des programmes en place, on n’y arrivera pas. Il faut des programmes plus accessibles qui reconnaissent le rôle de première ligne que jouent les municipalités face aux changements climatiques. C’est préoccupant et ça donne mal au cœur de voir les investissements à faire, mais c’est à mon avis rassurant que le monde municipal souhaite exercer son leadership dans ce domaine-là. »

La firme Ouranos reconnaît qu’un « manque crucial » de données précises a compliqué l’exercice. 

Le président de l’UMQ, Alexandre Cusson

« La plupart des études ne traitent pas des coûts de l’adaptation aux changements climatiques », note l’auteur Alain Bourque. 

L’évaluation des coûts s’est concentrée sur quatre types de travaux d’infrastructures ; l’approvisionnement en eau potable, la capacité des systèmes d’égout et le traitement des eaux usées, le verdissement et l’aménagement d’infrastructures vertes et la réfection des chaussées et du bâti. 

La plus grande partie des dépenses municipales iraient à l’augmentation de la capacité des égouts. 

La multiplication des épisodes de fortes pluies requiert, selon Ouranos, un renouvellement accéléré des réseaux. Les dix grandes villes du Québec pourraient devoir investir jusqu’à 349 millions $ par année au cours des cinq prochaines années pour être en mesure de s’adapter. À l’échelle du Québec, ce sont près 3,8 milliards $ qui pourraient devoir être investis d’ici 2023.

Gel et dégel

La saison des nids de poule est déjà bien amorcée partout au Québec. « On ne parle que de ça chez nous [Drummondville] en ce moment, note le maire Cusson. La réaction des gens c’est de nous rappeler sans cesse qu’il y en a trop, mais ils ne se demandent pas pourquoi il y en a tant que ça. Ils pensent que c’est parce que la ville ne fait pas le travail, parce qu’elle est négligente, mais ce n’est pas du tout ça la réalité. »

Ouranos prévient que le déficit d’entretien des infrastructures déjà énorme dans les villes de la province sera exacerbé par les changements climatiques et les extrêmes météos de plus en plus grands. Dans les dernières années, les villes ont eu à affronter des périodes de gel et de dégel plus intenses et en plus grand nombre. Cela a un effet marqué sur l’état des rues si bien que pour voir la lumière au bout du tunnel, ce sont près de 700 millions $ qui devront être investis par les municipalités du Québec pour la réfection des chaussées d’ici cinq ans.

« Il faudra le faire intelligemment, insiste M. Cusson. La mission municipale va demeurer. Il faut continuer d’investir dans nos bibliothèques, dans nos infrastructures sportives et de soutenir l’innovation dans nos villes. On ne pourra pas arrêter de faire ça. Les gens qui pensent qu’on va fermer nos bibliothèques parce qu’il y a des nids de poule se trompent, ça n’arrivera pas. Il faut continuer d’investir dans autre chose. Il faut comprendre que 60 % des infrastructures publiques au Québec sont municipales, mais elles ne reçoivent que 8 % des budgets de la province qui vont aux infrastructures. Il faut travailler sur ce déséquilibre avec les gouvernements. Il y a aussi beaucoup de pédagogie à faire avec nos citoyens. Il faut expliquer et demeurer pragmatiques. Il faut que monsieur madame Tout-le-Monde comprenne la réalité. »