La mairesse de Stewart, Gina McKay (à gauche), mentionne que la population de Hyder n’a même pas de station-service. Les résidents peuvent se rendre à Stewart une fois par semaine pour des produits essentiels comme l’épicerie.
La mairesse de Stewart, Gina McKay (à gauche), mentionne que la population de Hyder n’a même pas de station-service. Les résidents peuvent se rendre à Stewart une fois par semaine pour des produits essentiels comme l’épicerie.

Les villes-frontalières tentent de s’entraider pendant la pandémie

Amy Smart
La Presse canadienne
Lorsque la frontière canado-américaine a été fermée aux voyages non essentiels, Donna Peter a soudainement perdu l’accès à son épicerie en vrac la plus proche.

Mme Peter est l’une de la centaine d’habitants de Beaver Creek, au Yukon, qui devaient se rendre en voiture à Tok, en Alaska, un voyage de deux heures, pour une grande partie de leurs achats de base,

«Ils ont une épicerie là-bas, un restaurant, une quincaillerie, une cour à bois. Donc, c’est très pratique pour nous, dit-elle. Habituellement, c’était notre endroit pour nous évader. Quand on vit à la frontière, où veut-on aller? On va à Tok».

Beaver Creek est la localité la plus à l’ouest du Canada. L’endroit est une étape accueillante pour les voyageurs qui souhaitent faire une pause le long de la route de l’Alaska.

Comme d’autres villes frontalières contraintes de réagir à un monde en mutation rapide, les habitants se sont rassemblés avec générosité.

Au début de la pandémie, la Première Nation de White River a proposé d’acheter des produits d’épicerie pour toute la ville, même si l’individu n’est pas un Autochtone, mentionne Mme Peter.

En coordination avec le club communautaire de Beaver Creek, un voyage à Whitehorse a été planifié. Les membres de la Première Nation ont recueilli les listes de course des résidents. Seules restrictions: les cigarettes et l’alcool.

«Ils sont allés à Whitehorse, ils sont allés là-bas, ils portaient des masques et ont chargé camion après camion après camion de nourritures et d’articles de maison, ajoute Mme Peter. Nous les avons remerciés abondamment.»

Le directeur général de White River, Sid Vander Meer, a indiqué par courriel que les membres de la Première Nation se sont rendus six ou sept fois dans la capitale du Yukon.

Les entreprises de Beaver Creek ont souffert de la pandémie.

Carmen Hinson, propriétaire-exploitante du centre multiservice Buckshot Betty’s, dit que son activité était en baisse de 90 à 95 %.

«Nous avons un restaurant, une boutique de cadeaux, de l’alcool à emporter, des chalets, un terrain de camping, un peu de tout, dit-elle. La pandémie nous a affectés beaucoup, nous et les autres commerces sur l’autoroute.»

La ville de Stewart, en Colombie-Britannique, fait également ce qu’elle peut pour aider ses voisins de Hyder, en Alaska.

La mairesse de Stewart, Gina McKay, mentionne que la population de Hyder n’a même pas de station-service. Les résidents peuvent se rendre à Stewart une fois par semaine pour des produits essentiels comme l’épicerie.

«Nous nous considérons vraiment comme une seule grande communauté. Cette situation, avec la COVID-19, nous a rendus plus forts parce que nous faisons tout ce que nous pouvons pour les aider, que ce soit pour apporter du carburant à la frontière, les produits d’épicerie à la frontière, tous les produits essentiels dont ils ont besoin», relate Mme McKay.

Les résidents des deux côtés de la frontière ont formé un comité d’action afin de demander aux gouvernements des deux pays d’autoriser la population à se déplacer librement entre les deux villes.

Le conseil municipal de Stewart a adopté cette semaine une résolution pour demander à l’Agence des services frontaliers du Canada et au député local de faire une exception pour Hyder.

L’ASFC n’a pas répondu à temps aux questions de La Presse canadienne.

Mme McKay raconte que la gentillesse ne circule pas seulement à sens unique. Elle et son partenaire ont été dévastés après la perte de leur chien en mars. Le couple a rapidement commandé un chiot à un éleveur de l’extérieur de Seattle, mais l’animal n’a pu être livré à cause de la fermeture des frontières.

Mais la petite bête, un chow-chow nommé Harper, est arrivée à destination grâce à l’éleveur américain qui l’a placé sur un vol en hydravion, au pilote qui l’a gardé pendant trois jours à cause du mauvais temps, et un résident d’Hyder qui l’a amené à la frontière.

«Cela prouve que nous travaillons tous ensemble. Il a fallu beaucoup de temps pour amener ce chiot ici, mais nous l’avons eue», se réjouit Mme McKay.