Solange Allen, qui a intenté le recours collectif avec Me Jean-Pierre Ménard, a de quoi sourire: les 200 victimes de l’éclosion de légionellose seront indemnisées.

Les victimes de la légionellose finalement indemnisées

Solange Allen a gagné son combat. Les 200 victimes de l’éclosion de légionellose seront indemnisées, au terme de la conclusion d’une entente entre les citoyens, la santé publique et la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), propriétaire de l’édifice à l’origine de l’éclosion.

Le projet de règlement a été signé par tous les procureurs au dossier, mais reste à être validé auprès des différentes parties défenderesses. Son contenu est confidentiel jusqu’au début octobre.

L’entente signée sera présentée officiellement devant le tribunal le 15 novembre.

Ce règlement à l’amiable survient à deux semaines du début du procès et après deux ans de procédures judiciaires.

Solange Allen a perdu son mari Claude Desjardins le 19 août 2012, foudroyé une semaine seulement après avoir été atteint par la légionellose, une grave infection bactérienne. Il était le quatrième à mourir cet été-là. Au total, 14 personnes vont décéder et 183 autres tomberont malades.

Le foyer de l’éclosion est vite identifié; il s’agit d’une tour de refroidissement servant à la climatisation du Complexe Jacques-Cartier, édifice qui abrite notamment la bibliothèque Gabrielle-Roy dans le quartier Saint-Roch.

Épaulée de l’avocat spécialisé en poursuites médicales Me Jean-Pierre Ménard, Solange Allen demande et obtient une enquête publique du coroner sur la façon dont la crise de la légionellose a été gérée par les autorités.

La coroner Catherine Rudel-Tessier conclura que la santé publique ne disposait pas des outils pour gérer cette crise et pointera le ministère de la Santé et la Régie du bâtiment qui n’avaient pas mis en place des mesures proposées lors d’éclosions précédentes.

Solange Allen voit son recours collectif autorisé par la Cour supérieure en novembre 2016. Elle poursuit la CSQ, la Direction de la santé publique et son directeur Dr François Desbiens, le ministère de la Santé et le CIUSS de la Capitale-Nationale. La CSQ réussira à faire ajouter en cours de route deux sous-traitants chargés de l’entretien des tours de refroidissement, Trane et State.

Les victimes de la légionellose et leurs proches réclament alors entre 4 et 6 millions $.


« Au-delà des questions d’argent, l’important, c’est de savoir que quelqu’un est imputable pour des fautes qu’il a commises »
Solange Allen, dont le mari est décédé de la légionellose

«Règlement difficile à obtenir»

Comme les termes de l’entente sont toujours confidentiels, Me Ménard n’a pas pu expliquer le montant qui sera versé aux victimes si le juge Clément Samson donne son aval. «C’est un bon règlement qui va faire l’affaire de beaucoup de gens, assure-t-il. C’est un règlement qui a été difficile à obtenir, car on est parti beaucoup, beaucoup plus bas que le montant auquel on est arrivé.»

Personne n’a été oublié, garantit l’avocat. Même les gens qui ont été malades sans être hospitalisés toucheront un montant. L’indemnisation sera modulée selon la gravité des séquelles.

Les membres du recours collectif seront rencontrés lundi soir par Me Ménard et son équipe. L’avocat évalue que le versement des sommes prendra environ six mois après l’approbation de l’entente.

négos après les expertises

Les négociations se sont amorcées après le dépôt en février des rapports des experts embauchés par les proches de victimes.

«On a pu établir que l’ensemble des défendeurs n’a pas agi de façon prudente et diligente de manière à prévenir ce qui est arrivé, affirme Me Jean-Pierre Ménard. Et aucun rapport d’expert n’a été déposé en défense pour nous contredire.»

À l’été 2012, la santé publique ne disposait pas d’un registre des tours de refroidissement susceptibles d’être contaminées et communiquait «à l’aveugle» avec les propriétaires, selon les demandeurs. «On a perdu un mois dans l’éclosion avant de faire les choses correctement», estime Me Ménard.

Alors qu’elle croyait ses équipements protégés, la CSQ a découvert qu’aucun produit utilisé par ses sous-traitants ne venait contrer la bactérie responsable de la légionellose.

Le sourire du soulagement

Après des années de stress et d’innombrables nuits blanches, Solange Allen avait du mal à cesser de sourire à sa sortie de la salle d’audience. 

«Au-delà des questions d’argent, l’important, c’est de savoir que quelqu’un est imputable pour des fautes qu’il a commises, insiste Solange Allen. C’est incroyable qu’autant de gens soient décédés et qu’ils n’auraient pas dû décéder.»