Plus d’une centaine de souliers défraîchis ont été installés devant l’Assemblée nationale, jeudi matin.
Plus d’une centaine de souliers défraîchis ont été installés devant l’Assemblée nationale, jeudi matin.

Les techniciens et professionnels de la santé demandent à être entendus

Plus d’une centaine de souliers défraîchis ont été installés devant l’Assemblée nationale, jeudi matin, symbole des milliers de professionnels et techniciens de la santé et des services sociaux qui se disent usés par leurs conditions de travail difficiles. La Fédération des professionnèles de la CSN (FP-CSN) souhaite accélérer les négociations qui ont présentement lieu entre le gouvernement provincial et les salariés du secteur public.

«Mettez vous dans nos souliers», c’est le message qu’a lancé la FP-CSN au premier ministre Legault ainsi qu’au nouveau ministre de la Santé et des Services sociaux, M. Christian Dubé. Au nom des ergothérapeutes, physiothérapeutes, techniciens en imagerie médicale et de plusieurs autres corps de métier, la Fédération dénonce principalement la lourdeur administrative imposée au personnel ainsi que la diminution de son autonomie professionnelle. 

«Bien avant la COVID-19, on était déjà fatigué à cause des différentes réformes qui ont grossi et éloigné la machine. Les décisions d’en haut, elles viennent d’encore plus loin et on sait ce que ça donne le jeu du téléphone. Les gens sont démobilisés. On se sent comme dans Astérix et Obélix dans la maison des fous», témoigne Véronique Thibault, éducatrice spécialisée. La jeune femme se dit épuisée par toutes les tâches administratives, de plus en plus complexes, qui s’ajoutent à son travail auprès de sa clientèle.

Mme Thibault précise que, malgré tous les efforts faits par les professionnels et les techniciens, le retour du balancier ne leur revient jamais. «En bout de ligne, qu’est-ce qu’on a en retour? Ce sont des ‘‘Ah non. Je te refuse ton congé sans solde’’. C’est frustrant. On veut donner beaucoup à notre clientèle mais, quand nous on a besoin de congé, on se fait dire par en arrière ‘‘ah ben là va falloir que tu en donnes plus encore”», regrette Mme Thibault. 

«Mettez vous dans nos souliers», c’est le message qu’a lancé la FP-CSN au premier ministre Legault ainsi qu’au nouveau ministre de la Santé et des Services sociaux, M. Christian Dubé.

Pour le syndicat, cette pression sur les professionnels et les techniciens de la santé et des services sociaux ainsi que la lourdeur administrative mine non seulement leur travail, mais aussi leur santé psychologique. Ginette Langlois, présidente de la FP-CSN, pense notamment qu’en s’attaquant «à la pénurie de main d’œuvre, à la détresse psychologique liée à une trop grande charge de travail et à une gestion inhumaine des CIUSSS qui sont devenus immenses», les conditions de travail seront nettement meilleures.

Sur le plan clinique, la Fédération dénonce une certaine ingérence de la part de l’administration qui met énormément de pression sur le personnel afin que celui-ci réponde à davantage de patients. «On est confronté à des longues listes d’attente, à un manque de personnel et de ressources. On a eu beaucoup de pression pour terminer plus rapidement les thérapies avec les patients ou diminuer leur fréquence [de visite] par semaine pour voir plus de monde. On nous demande de diminuer ce que nous, en tant que professionnels, on considérait comme des services importants», raconte Cynthia Bergeron, représentante syndicale à l’IRDPQ et physiothérapeute. 

«Tout ça fait en sorte qu’on reste plus tard pour compléter nos dossiers, pour voir plus de monde. La pression de donner des services, ce n’est pas tant l’employeur qui l’a que nous directement. Les choix qu’on fait, c’est pour pouvoir continuer à donner nos services, mais on le paie de notre santé ou de notre vie personnelle», conclut Mme Bergeron. 

Les négociations entre le gouvernement et les fonctionnaires sont entamées depuis plusieurs mois. Le réseau de la santé rassemble, quant à lui, des syndicats de différents secteurs sur plusieurs tables de négociation. Les conditions de travail se négocient principalement entre les syndicats et le ministère de la Santé et des Services sociaux. En ce qui a trait aux négociations salariales, les syndicats débattent davantage de ce point avec le Conseil du Trésor et sa nouvelle présidente, Mme Sonia Lebel. En ce qui concerne les salaires, Mme Langlois n’a pas souhaité commenter davantage les dernières offres gouvernementales qui étaient une augmentation salariale de 5% sur 3 ans.