La maison bâtie par les disciples de Moïse, entre le lac Sec et le mont de l'Éternel. Érigée lors de l'été 1978, la maison avait été améliorée entre ce moment et l'hiver 1982, époque de cette photo.

Les sectes: Responsabilité partagée entre leader et disciples

GASPÉ — «Le leader n’existe pas sans ses membres qui lui donnent ce pouvoir. C’est une rencontre», résume Marie-Andrée Pelland, professeure de criminologie à l’Université de Moncton.

Un méchant gourou et ses innocentes victimes? Le mécanisme à l’œuvre est plus compliqué que ça, estiment les spécialistes qui ont étudié des groupes de type sectaire depuis l’affaire Roch Thériault.

«De l’extérieur, on dit que ces gens ont été manipulés. Mais ils ont une part de responsabilité. On fait le parallèle avec la dépendance aux drogues: pour ne pas avoir à couper ce lien de dépendance, des gens sont prêts à commettre des crimes», explique le sociologue des religions Alain Bouchard, coordonnateur du Centre de ressources et d’observation de l’innovation religieuse, à l’Université Laval.

Le psychiatre Jean-Yves Roy (aujourd’hui décédé), qui a traité certains membres du groupe de Thériault, avait une expression pour décrire ce phénomène : le «syndrome du berger». Moïse appelait d’ailleurs la maison de son groupe la Bergerie.

«Il se développe une co-dépendance maladive entre des gens blessés intérieurement, à la recherche de quelque chose, explique Alain Bouchard. Tant le leader que les adhérents trouvent tout d’un coup une grande satisfaction. Ils pensent que la solution est là. Ils se coupent du reste de la société. Et quand quelque chose de malsain se développe, ceux à l’interne ne le voient pas. Ils pensent que les autres ne comprendront jamais.»

Certaines caractéristiques sont communes aux groupes de type sectaire, observe Mme Pelland : un «engagement intensif des membres» et une quête d’autosuffisance. On véhicule le message que «le monde extérieur transmet des mauvaises choses. Nous allons vous donner accès à des choses exceptionnelles : l’illumination personnelle ou le paradis.»

Le groupe marque sa séparation de diverses manières. «On s’installe dans la forêt en Gaspésie, on crée une école ou une ferme. Il y a des points distinctifs [aux membres] : des vêtements, des médailles, un vocabulaire», décrit la criminologue.

Il ne faut pas voir des sectes partout, avertissent les spécialistes, qui sont d’ailleurs mal à l’aise avec le mot «secte». «Personne ne veut faire partie d’une secte!», lance Mme Pelland. «Le mot secte est souvent utilisé pour étiqueter un groupe minoritaire qui s’éloigne de ce qu’on est habitués de voir», dit M. Bouchard.

Il n’existe pas non plus de critère universel pour affirmer qu’un groupe est dangereux, selon M. Bouchard. «Je peux dire: tout groupe qui se coupe de la société, c’est dangereux. Mais il y a des groupes catholiques cloîtrés. Est-ce dangereux? Non», illustre-t-il ?

Quoi faire?

«Il ne faut jamais dire à quelqu’un qu’on aime qu’il est dans une secte et que c’est dangereux. On renforce son idée du «eux» et du »nous», insiste Mme Pelland. «Il faut écouter, poser des questions sans jugement. Et surtout, il faut toujours avoir une porte ouverte, maintenir les liens.»

Roch «Moïse» Thériault