Le Dr Benoit Lessard montre le capteur permettant de mesurer le ratio THC/CBD du cannabis mis au point avec ses collègues de l’Université d’Ottawa Adam Shuhendler (arrière-plan) et Cory Harris (absent de la photo).

Les secrets du cannabis en quelques secondes

Des chercheurs de l’Université d’Ottawa ont mis au point une technologie miniaturisée pour permettre aux producteurs de cannabis de détecter et d’analyser en quelques secondes les concentrations des deux principaux composants pharmacologiques du cannabis, soit le THC, qui produit l’état euphorique, et le cannabidiol (CBD), substance possédant des propriétés thérapeutiques.

L’équipe de scientifiques composée du Dr Adam Shuhendler (département de chimie et sciences biomoléculaires), du Dr Benoît Lessard (département de génie chimique et biologique) et du Dr Cory Harris (département de biologie) a inventé un dispositif constitué de transistors organiques à couche mince dans lesquels ont été intégrés des chimiocapteurs. Les analyses se font en extrayant des huiles de la plante ou avec l’état gazeux après avoir brûlé celle-ci. La machine servant à lire les données est de la taille d’un téléphone cellulaire.

L’analyse du cannabis est effectuée régulièrement par des producteurs autorisés afin de caractériser leurs cultures et déterminer le ratio THC:CBD, ce qui leur permet de savoir si leur plante est mieux adaptée à un usage récréatif ou médicinal, a expliqué le Dr Lessard.

«Toutefois, ces tests sont présentement effectués à l’aide de techniques analytiques complexes, lentes et coûteuses. L’accessibilité et la simplicité de notre appareil permettraient non seulement de réduire les coûts et d’accélérer les tests pour les producteurs autorisés, mais aussi de permettre aux consommateurs et aux producteurs à domicile de caractériser le cannabis», a-t-il continué.

«Notre capteur peut faciliter le contrôle de la qualité des plants de cannabis à l’échelle industrielle comme à l’échelle domestique», a fait valoir le Dr Shuhendler.

Un dispositif comme celui-ci permet de travailler sur le chantier et ainsi d’éviter les allers-retours au laboratoire. Cela pourrait permettre aux producteurs de procéder à deux ou trois fois plus d’échantillons par jour, quelque chose d’intéressant pour eux, a souligné le Dr Lessard.

«Si on a une machine qu’on peut tenir dans notre main en allant dans un champ pour prélever un échantillon et en faire l’analyse sur place, c’est très intéressant pour les producteurs. C’est beaucoup plus facile à utiliser et, parce qu’il est plus petit, il n’y a donc pas besoin d’avoir tout un laboratoire d’analyse», a-t-il expliqué.

Il faut préciser que les données de THC et de CBD sont importantes pour les producteurs de marijuana qui possèdent une licence de Santé Canada puisque l’étiquetage sur leur teneur est obligatoire.

La technologie pourrait être adoptée par les forces de l’ordre.

«Par exemple, les policiers peuvent activer le détecteur, ce qui permettrait d’obtenir une lecture objective du THC et/ou du CBD dans un véhicule où l’usage du cannabis est actuellement interdit par la loi canadienne», a indiqué le Dr Harris.

La recherche a débuté en 2018 et a été entièrement menée à l’Université d’Ottawa, incluant la fabrication des dispositifs.

La technologie a été brevetée. Les chercheurs ont d’ailleurs lancé une entreprise en démarrage nommée Echidna Sensing afin d’attirer des investisseurs et produire les capteurs à plus grande échelle.