«Le Canada est en train de changer et cela commence à faire peur un peu. Que va-t-il nous arriver à tous si ce pays change?», se demande le vice-président du Ralliement national des Métis, David Chartrand.

Les Métis tendent la main aux communautés pour défendre les droits de la personne

OTTAWA — Les métisses tendent la main aux autres minorités du pays afin de défendre les droits de la personne au Canada.

Les minorités et les communautés autochtones pourraient être plus vulnérables en raison de la montée du sentiment indépendantiste dans l’Ouest et de l’adoption de la loi sur la laïcité au Québec, craint le vice-président du Ralliement national des Métis, David Chartrand.

Selon lui, les communautés métisses canadiennes cherchent avant tout des occasions de croissance et de prospérité, mais les menaces de tempête à l’horizon le préoccupent quant à l’avenir de son peuple, de l’ensemble des minorités et des réfugiés.

«Le Canada est en train de changer et cela commence à faire peur un peu. Que va-t-il nous arriver à tous si ce pays change?», se demande-t-il.

Le Ralliement national des Métis souhaite susciter des discussions à ce sujet. Il veut notamment encourager les communautés métisses, les groupes ethniques et les individus à unir leurs forces afin de défendre les droits de la personne.

M. Chartrand a prononcé un discours au cours d’une réunion nationale qui s’est déroulée cette semaine à Ottawa. Il a rappelé que le Canada avait plus que jamais besoin d’un plus grand nombre d’immigrants afin de soutenir sa croissance économique. Il a aussi dit craindre que le sentiment contre l’immigration aux États-Unis n’influence trop de Canadiens, menaçant du même coup le bien-être des minorités et des communautés raciales d’ici.

«Vous devez vous demander ce que vous pouvez faire pour la communauté noire, pour les Indo-Canadiens ou les Chinois? Que doit-on faire pour les Métis et les Premières Nations? Ce sont toutes des minorités, conséquemment, que faites-vous pour elles? Sommes-nous seuls? Doit-on se battre seuls?, a-t-il déclaré. Nous devons trouver un moyen de collaborer, en tant que minorités.»

Un système à revoir

Les peuples autochtones et les groupes raciaux doivent être mieux consultés au moment de l’élaboration et de l’entrée en vigueur des lois au Canada, soutient Jean Teillet, une avocate spécialisée dans les droits des peuples autochtones métis.

Selon elle, les Premières Nations devraient avoir plus d’autorité sur les lois qui régissent leurs terres, leurs ressources et leur vie quotidienne.

Pour démontrer les ratés du système judiciaires canadien, Me Teillet, qui est également une arrière-petite-fille de Louis Riel, mentionne certaines causes judiciaires comme l’acquittement de Gerald Stanley, un agriculteur accusé du meurtre au deuxième degré de l’autochtone Colten Boushie, par un jury composé exclusivement de Blancs.

Elle évoque aussi le procès de Bradley Barton, acquitté du meurtre au premier degré d’une Crie, Cindy Gladue. La Cour suprême a ordonné la tenue d’un nouveau procès, cette fois pour homicide involontaire, après avoir statué que la preuve sur les antécédents sexuels de la victime avait été mal gérée au premier procès. Cette affaire avait aussi soulevé des questions sur la manière dont les tribunaux parlent des femmes autochtones, en particulier des travailleuses du sexe.

«Il y a actuellement des histoires horribles à propos des injustices commises envers les peuples autochtones dans ce pays, déplore Jean Teillet. La justice ne fonctionne pas pour nous. La justice a besoin d’être grandement améliorée dans ce pays.»

L’avocate réclame que la Commission de réforme reprenne ses activités. L’organisme indépendant, dont le mandat était de conseiller le Parlement sur les moyens de moderniser et d’améliorer les lois canadiennes, avait perdu son financement en 2006, une décision de l’ancien gouvernement conservateur de Stephen Harper. Toutefois, la loi qui l’a créée est toujours en vigueur.

«On doit simplement la financer et la reconstituer. Il faut le faire, soutient Me Teillet. Nous avons désespérément besoin d’une réforme du système judiciaire dans ce pays.»

Un ministère pour les Afro-Canadiens

Anthony Morgan, un avocat spécialiste des droits de la personne établi à Toronto, croit que des discussions sont nécessaires pour réduire les écarts sociaux entre les communautés noires et la population canadienne en général.

Selon lui, les communautés noires et autochtones partagent certains problèmes sociaux: elles sont surreprésentées dans les prisons et dans le système de la protection de la jeunesse.

Me Morgan suggère la création d’un ministère fédéral pour les personnes d’ascendance africaine pour corriger ces déséquilibres.

«Les communautés noires souffrent depuis deux siècles et continuent de souffrir. Cette expérience n’a pas correctement été prise en compte, dit-il. La seule façon de vraiment régler le problème, de vraiment réfléchir à la façon de régler ce problème dans tout le pays, consiste à créer ce ministère.»

Mais une telle démarche ne se réalisera jamais sans le soutien des autres communautés minoritaires, y compris les Premières nations, ajoute Me Morgan.

Ce type d’idées novatrices constitue un bon premier pas, pense David Chartrand, mais le Conseil national des Métis espère qu’on pourra en explorer davantage et en débattre.

«On peut obtenir quelque chose de cela: des relations qui se nouent nous offrant la possibilité de parler de minorité à minorité, de culture à culture. Si nous pouvons le faire entre nous, [nous pourrons] nous amorcerons une course vers une deuxième conférence. Nous pouvons nous tenir les coudes avec d’autres peuples en leur disant que nous voulons collaborer avec tout le monde dans ce pays.»