En 2015, un état de situation dressé par le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) évoquait des « lenteurs extrêmes », des connexions interrompues, des « serveurs instables » et des « donnes cliniques perdues ».

Les médecins inquiets pour leurs patients

EXCLUSIF / D’importants problèmes informatiques minent depuis trois ans le fonctionnement des services de radio-oncologie en Outaouais, au point où les médecins spécialistes en la matière affirment que cette situation a pu « compromettre les chances de survie des patients cancéreux ».

Des documents obtenus par Le Droit en vertu d’une demande d’accès à l’information font état de multiples problèmes informatiques décriés par les radio-oncologues du centre de cancérologie de l’Hôpital de Gatineau, où sont traités les patients de l’Outaouais et de l’Abitibi-Témiscamingue.

Déjà, en 2015, un état de situation dressé par le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) évoquait des « lenteurs extrêmes », des connexions interrompues, des « serveurs instables » et des « données cliniques perdues ».

À l’été 2016, une radio-oncologue indiquait que ces problèmes causaient des retards dans des traitements de radiothérapie. Une situation « devenue intolérable, car cela met en danger la survie de nos patients », écrivait-elle.

Le directeur des services professionnels, le Dr Guy Morissette, a confirmé dans une lettre datée de décembre 2016 que les problèmes avaient des « impacts significatifs sur l’accès aux services, les délais de traitements et l’intégralité des informations cliniques au dossier du patient ». Il ajoutait que malgré des « actions concrètes », les résultats n’ont été que « mitigés ».

Les mois ont passé. Dans une lettre datée du printemps dernier adressée aux membres du conseil d’administration du CISSSO, la présidente du Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens de l’organisation, la Dre Guylène Thériault, réclame une « intervention dans ce dossier urgent et important ».

Cette dernière ajoute que « pour les radio-oncologues, il est clair que cette situation peut compromettre les chances de survie des patients cancéreux ». « La situation ne peut plus durer », insiste la Dre Thériault.

À l’automne, une équipe du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) a effectué deux visites à Gatineau. 

Le rapport de cette équipe, dont les recommandations ont été caviardées dans le document obtenu par Le Droit, confirme que les problèmes « ont occasionné des retards a maintes reprises, voire même des annulations d’épisodes de traitement ».

Les experts du CUSM se disent « confiants [...] que la réalisation [du] plan remédiera aux problèmes soulevés ». 

Le président-directeur général adjoint du CISSSO, le Dr Daniel Tardif, a indiqué en entrevue qu’environ un demi-million de dollars avaient été investis « dans différents systèmes », et que la mise à jour de l’un des logiciels problématiques, en octobre, avait réglé bien des choses.

Des difficultés demeurent toutefois avec un autre logiciel. Le CISSSO affirme que la compagnie VARIAN, qui commercialise le logiciel en question, en prépare une « nouvelle version ». 

Même s’il reconnaît que parfois, le logiciel « gèle » ou que des lenteurs sont observées, le Dr Tardif « ne partage pas » l’avis des radio-oncologues sur la compromission des chances de survie des patients qu’ils évoquent.

« Ça n’empêche pas les traitements, affirme le Dr Tardif. […] Il n’y a pas d’impact, de ce qui m’est rapporté, sur l’offre de services. »

À cet égard, le président-directeur général adjoint du CISSSO a présenté au Droit les plus récentes statistiques ministérielles démontrant que 98 % des traitements de radio-oncologie sont offerts « dans les délais prescrits » dans la région.

Le CISSSO doit aussi travailler simultanément sur plusieurs axes en radio-oncologie, a par ailleurs souligné le Dr Tardif en faisant référence au « problème de climat de travail » qui règne dans ce département. 

« On ne peut pas penser résoudre une fois pour toutes la situation en radio-oncologie si on ne règle pas tout ça de façon globale », a-t-il insisté.

EXTRAIT DE LA LETTRE DE LA DRE GUYLÈNE THÉRIAULT (MAI 2017)

« Comme information, vous trouverez en annexe, une copie de la lettre envoyée le 25 août 2016 au Directeur des Ressources informationnelles, qui fait état de l’ensemble des problèmes vécus en informatique en radio-oncologie. Vous trouverez aussi en annexe la réponse de celui-ci datée du 31 août 2017. Neuf (9) mois après cette lettre, seul le point 10 a été réglé : une nouvelle imprimante a été installée. Tous les autres points, beaucoup plus importants pour le traitement et la survie des patients, n’ont aucunement été réglés. »

DES DOSSIERS URGENTS OUBLIÉS

Des patients atteints d’un cancer dont le dossier devait être traité en moins de 24 heures « n’ont pas obtenu le suivi nécessaire pendant plus d’un mois ».

Dans une lettre acheminée en juin 2016 au directeur des services professionnels du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO), le Dr Guy Morissette, les radio-oncologues de la région donnent un exemple des conséquences qu’ils estiment être générées par la gestion du rôle des adjointes administratives dans leur département.

« À cause de diverses circonstances, des cas de patients cancéreux, identifiés comme “à traiter à l’intérieur de 24 heures”, n’ont pas obtenu le suivi nécessaire pendant plus d’un mois et la requête est demeurée dans le panier de travail d’une adjointe administrative parce qu’il y a eu non-remplacement de cette adjointe en radio-oncologie, ont rapporté les médecins spécialistes. Aucun suivi de ses tâches cléricales n’a été effectué lors de son absence. »

En entrevue, le président-directeur général adjoint du CISSSO, le Dr Daniel Tardif, a fait savoir que dans ce cas particulier, l’adjointe administrative avait été remplacée, mais confirme que certains dossiers, dont les informations n’avaient pas été rentrées au bon endroit par le médecin dans le système informatique, n’ont pas été traités dans les délais demandés.